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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202458

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202458

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202458
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationJU-3ème chambre
Avocat requérantSELAS DE GAULLE FLEURANCE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 mai 2022 et le 19 juillet 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Sodalis 2, représentée par Me Schmitt, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge partielle des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie à raison de l'immeuble sis au 154 avenue de la Roque à Creysse (Dordogne) dont elle est propriétaire, au titre des années 2020 et 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la surface pondérée de l'immeuble à retenir pour le calcul de sa valeur locative 1970 et de la taxe foncière au titre des années 2020 et 2021 est de 8 238 m², prendre la même valeur au titre de la surface pondérée 1970 et de la surface pondérée rectifiée la prive de l'application du planchonnement et du lissage qui sont prévus par la loi ;

- si l'administration fiscale corrige la surface pondérée retenue pour la valeur locative 1970 en ajoutant aux 8 238 m², 1657 m² pour les parties secondaires non couvertes et 174 m² de surfaces couvertes supplémentaires, avant pondération, elle doit retenir les pondérations respectivement de 0,10 et 0,33 ainsi que le prévoit la doctrine référencée BOI - IF - TFB - 20-10-30-30 n°300, et non de 0,33 et 0,5 comme elle l'a fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, le directeur régional des finances publiques de la Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde conclut au non-lieu à statuer à hauteur des dégrèvements prononcés et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- l'administration fiscale a prononcé un dégrèvement à hauteur de 2 193 euros au titre de la cotisation de taxe foncière 2020 et 2 074 euros au titre de la cotisation de taxe foncière 2021 ;

- les moyens soulevés par la société Sodalis 2 ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Fazi-Leblanc en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère,

- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée Sodalis 2 est spécialisée dans la location de terrains et d'autres biens immobiliers. Elle est propriétaire d'un immeuble sis au 154 avenue de la Roque à Creysse (Dordogne) qui regroupe un hypermarché et une station essence. La société Sodalis 2 a été assujettie pour cet immeuble à la taxe foncière sur les propriétés bâties, à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères et aux taxes associées pour des montants de 219 056 euros au titre de 2020 et 222 811 euros au titre de 2021. Par une réclamation du 1er décembre 2021, la société a sollicité, pour la partie hypermarché (invariant 0288770 H), que le calcul de la valeur locative soit effectué avec des valeurs locatives différentes tant pour la valeur locative de 1970 entrant dans le calcul du planchonnement et du lissage que pour la valeur locative des années 2020 et 2021. Par courrier daté du 25 février 2022, l'administration fiscale a accédé partiellement à sa demande et lui a accordé un dégrèvement à hauteur de 26 517 euros au titre de 2020 et 25 528 euros au titre de 2021. Par sa requête introduite au tribunal, la société a demandé un dégrèvement complémentaire en sus de celui déjà accordé à hauteur de 14 079 euros pour l'année 2020 et 13 625 euros pour l'année 2021. Par une décision datée du 7 novembre 2022, postérieure à l'enregistrement de la requête, le directeur des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde a accordé un dégrèvement à la société à hauteur de 2 193 euros au titre de 2020 et 2 074 au titre de 2021. Prenant acte du dégrèvement accordé par l'administration fiscale, dans le dernier état de ses écritures, la société Sodalis 2 demande au tribunal une décharge partielle des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties à hauteur de 11 826 euros au titre de 2020 et 11 551 euros au titre de 2021.

Sur les conclusions à fin de décharge partielle des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2020 et 2021 :

En ce qui concerne la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 1494 du code général des impôts : " La valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties, de la taxe d'habitation ou d'une taxe annexe établie sur les mêmes bases est déterminée, conformément aux règles définies par les articles 1495 à 1508, pour chaque propriété ou fraction de propriété normalement destinée à une utilisation distincte ".

3. L'article 1498 du CGI, dans sa rédaction issue de l'article 30 (V) de la loi 2017-1775 du 28 décembre 2017 dispose : " I. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues aux II ou III du présent article. Les propriétés mentionnées au premier alinéa sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, elles sont classées par catégories, en fonction de leur utilisation, de leurs caractéristiques physiques, de leur situation et de leur consistance. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat. II. - A. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie mentionnée au I est déterminée en fonction de l'état du marché locatif à la date de référence du 1er janvier 2013, sous réserve de la mise à jour prévue au III de l'article 1518 ter. Elle est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au 2 du B du présent II à la surface pondérée du local définie au C du présent II./ B. - 1. () 2. Les tarifs par mètre carré sont déterminés sur la base des loyers moyens constatés dans chaque secteur d'évaluation par catégorie de propriétés. ()./ C. - La surface pondérée d'un local est obtenue à partir de la superficie de ses différentes parties, réduite, le cas échéant, au moyen de coefficients fixés par décret, pour tenir compte de leur utilisation et de leurs caractéristiques physiques respectives./ III. - A. - () B. - ()."

4. Aux termes de l'article 324 Z de l'annexe III du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " Pour l'application du C du II de l'article 1498 du code général des impôts, la surface pondérée d'un local est la somme, le cas échéant arrondie au mètre carré inférieur, des superficies de ses différentes parties, affectées, le cas échéant, du coefficient mentionné au troisième alinéa./ La superficie des différentes parties d'un local, y compris celle des dégagements et sanitaires, est la superficie réelle, mesurée au sol, entre murs ou séparations et arrondie au mètre carré inférieur./ Lorsque l'une de ces parties a une valeur d'utilisation réduite par rapport à l'affectation principale du local, la superficie de cette partie est réduite par application d'un coefficient fixé à 0,5 lorsque cette partie est couverte et à 0,2 dans le cas contraire. ".

5. Il résulte de ces dispositions que le juge de l'impôt, saisi d'une contestation portant sur la méthode d'évaluation, a l'obligation, lorsqu'il estime irrégulière la méthode d'évaluation initialement retenue par l'administration, de lui substituer la méthode d'évaluation qu'il juge régulière. Dans le cas où il retient une évaluation par comparaison, il doit, pour l'application des dispositions du 2° de l'article 1498 du code général des impôts, statuer d'office sur le terme de comparaison qu'il estime, par une appréciation souveraine, pertinent et dont il a vérifié la régularité, au vu des éléments dont il dispose ou qu'il a sollicités par un supplément d'instruction. Il ne lui appartient pas, en l'absence de contestation sur les éléments au dossier portant sur le terme de comparaison qu'il envisage de retenir, de vérifier d'office si ce local-type remplit l'ensemble des conditions de régularité posées par le 2° de l'article 1498

6. Il résulte de l'instruction qu'après avoir reçu les avis d'imposition relatifs à la taxe foncière sur les propriétés bâties pour l'année 2020 et pour l'année 2021, la société Sodalis 2 a sollicité, pour l'hypermarché, une modification de la valeur locative révisée ainsi que de la valeur locative 1970 utilisée dans le calcul du planchonnement et du lissage et que l'administration fiscale a partiellement accédé à sa demande en retenant comme terme de comparaison le local-type n°915 du procès-verbal de la commune de Périgueux, qui avait été proposé par la société. Cependant, il résulte aussi de l'instruction que l'administration a également, à cette occasion, modifié la surface pondérée utilisée pour le calcul de la taxe foncière et a retenu la valeur de 8 986 m², à la fois au titre de la valeur locative rectifiée et au titre de la valeur locative 1970. Cette surface résultait de la déclaration déposée par la société Sodalis 2 le 2 août 2019 par formulaire n°6660-REV et remplaçait la déclaration précédente déposée le 17 juin 2009, à la date d'achèvement des travaux de construction par l'ancien propriétaire et indiquant une surface pondérée de 8 238 m².

7. La société requérante conteste qu'à l'occasion de la validation du local-type, l'administration fiscale ait substitué la surface pondérée déclarée de 8 986 m² à la surface de 8 238 m² et elle soutient que le fait de retenir une surface pondérée 1970 identique à la surface révisée la prive mécaniquement des mécanismes de lissage et de planchonnement prévus par la loi dès lors qu'à surface globale identique, les coefficients de pondération retenus pour le calcul de la valeur locative 1970 et issus de la réforme de 2017 sont différents, les surfaces pondérées ne peuvent être les mêmes. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que le formulaire n°6660-REV qu'elle a elle-même déposé le 2 août 2019 porte la mention " annule et remplace les déclarations précédentes " et qu'elle ne donne pas d'éléments susceptibles d'expliquer une différence significative de surface globale entre les deux périodes. D'autre part, dans son mémoire en défense, l'administration fiscale propose un nouveau calcul de la surface pondérée pour le calcul de la valeur locative 1970 en retenant la surface de 8238 m² initialement retenue à laquelle elle ajoute 547 m² résultant de 1657 m² de surfaces non couvertes pondérées à 0,33 et 87 m² résultant de 174 m² de surfaces couvertes supplémentaires pondérée à 0,5 pour aboutir à une surface pondérée totale de 8 872 m² pour le calcul de la valeur locative 1970. Elle accepte ainsi une diminution de la surface pondérée dans la limite de 124 m². La société requérante conteste les coefficients de pondération appliqués, elle considère que la pondération de la cour à 0,33 équivaut à placer cette partie au même niveau qu'une réserve intérieure et propose de retenir le coefficient de 0,1 et elle conteste également l'application du coefficient de 0,5 à la surface couverte déclarée en 2019, sans préciser quel usage serait fait de cette surface, et propose de retenir un coefficient de 0,33. Cependant, il ne résulte pas de l'instruction au vu des différents échanges et sans précisions supplémentaires apportées par la société requérante, que l'appréciation de la valeur locative 1970 dans son dernier état par l'administration fiscale, serait erronée. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale n'a pas accordé à la société de décharge partielle supplémentaire de cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties par rapport à celles déjà accordées.

En ce qui concerne la doctrine fiscale :

8. A supposer que la société Sodalis 2 se prévale du bulletin BOI - IF-TFB-20-10-30-30 n°300 pour justifier de l'application des coefficients de pondération de 0,1 pour les surfaces non couvertes et 0,33 pour les surfaces couvertes, il résulte des termes mêmes de ce bulletin au n°310, une application de coefficients de pondération de 0,5 pour " les annexes diverses, réserves, débarras ", au n° 330, un exemple de calcul avec l'utilisation de coefficients de pondération différents selon les différents en fonction de la nature du local et enfin au n° 340 que " Le système par comparaison devant présenter toute la souplesse désirable, il peut être proposé des taux de pondération différents de ceux qui sont fournis, à titre indicatif, dans les tableaux ci-dessus. ". Dès lors, le bulletin précité ne donne pas une interprétation différente de la loi fiscale de celle dont il a été fait application au point 7.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusion à fin de décharge partielle des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2020 et 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société par actions simplifiée (SAS) Sodalis 2 doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée (SAS) Sodalis 2 et au directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La magistrate désignée,

S. FAZI-LEBLANCLa greffière,

É. SOURIS

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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