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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202483

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202483

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202483
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMOGA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2022, M. B A, représenté par Me Moga, demande au tribunal :

1°) de le décharger des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et des cotisations sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 et de la cotisation sur les hauts revenus au titre de l'année 2014, en droits et majorations, pour une somme totale de 444 117 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure d'imposition est viciée dès lors que l'administration fiscale lui a adressé les propositions de rectification et les avis de recouvrement à son adresse bordelaise alors qu'il avait expressément désigné son représentant fiscal en France ;

- sa résidence fiscale se trouve à Hong-Kong, il possède une carte de résident hongkongais, il travaille à Hong-Kong, le centre de ses intérêts économiques se situe à Hong-Kong, les circonstances que ses deux enfants mineurs vivent en France avec leur mère et qu'il possède une résidence secondaire en France sont sans incidence ;

- la doctrine fiscale référencée BOI-IR-CHAMP 10 et plus particulièrement son paragraphe 180 confirme son interprétation ;

- les prétendus revenus hongkongais imposés par l'administration fiscale correspondent en réalité à une avance de la société Pôle Luxe Limited qu'il a d'ailleurs partiellement remboursée en 2020.

Par un mémoire en défense enregistré 25 octobre 2022, l'administrateur général des finances publiques, chef de la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le tribunal a adressé le 5 mars 2024 à la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest une demande de pièces pour compléter l'instruction. Ces pièces, réceptionnées le 5 mars 2024 ont été communiquées à M. A le même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord signé le 21 octobre 2010 entre la France et le gouvernement de la région administrative spéciale de Hong-Kong de la République populaire de Chine en vue d'éviter les doubles impositions et prévenir l'évasion et la fraude fiscales en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune et le décret n° 2011-1766 du 5 décembre 2011 portant publication de cet accord ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère,

- les conclusions de M. Willem, rapporteur public,

- et les observations de Me Jany, représentant M. A, présent à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, qui possède des intérêts à Hong-Kong, a fait l'objet d'un examen de situation fiscale personnelle portant sur les années 2014 et 2015. A l'issue de cette vérification, l'administration fiscale, par deux propositions de rectification datées du 7 décembre 2017 et du 18 avril 2018 portant respectivement sur les années 2014 et 2015, a regardé M. A comme étant fiscalement domicilié en France et a entendu l'imposer, selon la procédure de taxation d'office, à raison des sommes qualifiées de revenus d'origine indéterminée qui avaient été transférées des comptes de la société hongkongaise Pôle Luxe Limited dont il était actionnaire vers un compte bancaire qu'il détenait en France. Elle a également imposé des revenus fonciers issus de la location d'un appartement à Paris dont il était propriétaire. A l'issue de la phase contradictoire au cours de laquelle M. A a fait part de ses observations par deux courriers des 15 février 2018 (relatif à l'année 2014) et du 17 mai 2018 (relatif à l'année 2015) tenant à ce qu'il était résident fiscal à Hong-Kong, l'administration fiscale a maintenu ses rectifications. A la suite du rejet, le 31 décembre 2021, par l'administration fiscale de sa réclamation contentieuse datée du 25 juillet 2019, M. A demande au tribunal de le décharger des cotisations primitives d'impôt sur le revenu, des cotisations sociales et cotisations sur les hauts revenus pour une somme totale de 444 117 euros au titre des deux années 2014 et 2015.

Sur la domiciliation fiscale du requérant :

En ce qui concerne la loi fiscale interne :

2. Aux termes de l'article 4B du code général des impôts : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ;/ b. Celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ;/ c. Celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques. () ". Les conditions posées au a, b et c du 1 précité de l'article 4 B du code général des impôts sont alternatives et permettent chacune de déterminer la domiciliation fiscale en France. Pour l'application des dispositions précitées du a du 1 de l'article 4 B du code général des impôts, le foyer s'entend du lieu où le contribuable habite normalement et a le centre de ses intérêts familiaux, sans qu'il soit tenu compte des séjours effectués temporairement ailleurs en raison des nécessités de la profession ou de circonstances exceptionnelles. Le lieu du séjour principal du contribuable ne peut déterminer son domicile fiscal que dans l'hypothèse où celui-ci ne dispose pas de foyer.

3. Pour imposer M. A à l'impôt sur le revenu, l'administration fiscale a déterminé sa domiciliation fiscale au regard du critère du foyer. M. A soutient que sa domiciliation fiscale se situe à Hong-Kong où il travaille et possède le centre de ses intérêts économiques sans que n'aient d'incidence les circonstances que ses deux enfants mineurs vivent avec leur mère en France, ni qu'il y possède une résidence secondaire.

4. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que M. A est propriétaire d'une maison rue Malbec à Bordeaux enregistrant des consommations d'eau, de gaz et d'électricité pour des abonnements qu'il a souscrits et dont il règle les factures, ainsi que des distributions de courrier. Interrogée dans le cadre du droit de communication exercé par l'administration fiscale, La Poste a indiqué que cette maison possédait une boîte aux lettres au nom de M. A, que le volume du courrier était d'environ une lettre par jour, qu'il n'y avait pas de procuration pour le retrait du courrier, ni d'adresse de réexpédition. Si M. A soutient qu'il prête cette maison à sa mère qui vient régulièrement à Bordeaux où vivent ses enfants et à son fils majeur, il ne fournit aucun document au soutien de ces dires alors qu'en outre les présences ponctuelles qu'il allègue ne sauraient totalement justifier les dépenses d'énergies versées à l'instance. Il résulte également de l'instruction et plus particulièrement des relevés de comptes bancaires et carte bleue, qu'ainsi que le fait valoir l'administration fiscale, M. A effectue des paiements réguliers en France et que ces documents attestent précisément d'une présence régulière en France en 2014 et de 183 jours de présence en France en 2015. De plus, les pièces que produit M. A, à savoir une carte d'identité, des relevés d'eau et d'électricité ne sont pas suffisantes pour établir que sa résidence principale serait à Hong-Kong. Enfin, il résulte de l'instruction que M. A n'a ni déclaré ni payé aucun impôt à Hong-Kong en 2014 et 2015, qu'il y détient une société et une adresse mais n'y possède aucun bien immobilier, véhicule ou autre actif.

5. D'autre part, M. A n'est pas fondé à contester sa domiciliation fiscale en cherchant à établir que le centre de ses intérêts professionnels et économiques se situe à Hong-Kong dès lors que les critères de l'article 4B cités au point 2 sont alternatifs et que l'administration fiscale s'est fondée sur le critère du foyer.

6. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que M. A avait conservé son foyer en France et qu'ainsi il y était domicilié fiscalement en application du a du 1 de l'article 4B du code général des impôts au titre des années 2014 et 2015.

En ce qui concerne la convention bilatérale :

7. Aux termes du 1 de l'article 4 de la convention entre la France et Hong-Kong signée le 21 octobre 2010 : " Au sens de la présente Convention, l'expression "résident d'un Etat contractant" désigne toute personne qui, en vertu de la législation de cet Etat, y est assujettie à l'impôt en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction ou de tout autre critère de nature analogue. Toutefois, cette expression ne comprend pas les personnes qui ne sont assujetties à l'impôt dans cet Etat que pour les revenus de sources situées dans cet Etat. () "

8. Ainsi qu'il a été dit, il résulte de l'instruction que M. A est passible de l'impôt sur le revenu en France. En outre, dès lors qu'il n'établit pas qu'il aurait été assujetti à l'impôt à Hong-Kong en raison de son domicile ou de sa résidence au titre de la période correspondant aux années en litige, il doit être regardé comme " résident de France " au sens des stipulations de la convention dès lors qu'il a son domicile fiscal dans ce pays au sens du droit interne français.

En ce qui concerne la doctrine fiscale :

9. M. A se prévaut sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine fiscale référencée BOI-IR-CHAMP-10 et notamment de son paragraphe 220. Cependant, celui-ci porte sur la détermination de la domiciliation au regard de l'activité principale exercée et non sur le critère du foyer qui seul lui a été opposé et, partant ne comporte aucune interprétation différente de celle qui résulte de la loi fiscale dont il a été fait application.

10. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration fiscale a imposé M. A en France au titre des années 2014 et 2015.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

11. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, applicable à la procédure de rectification contradictoire : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". L'article L. 56 du même livre dispose que : " La procédure de rectification contradictoire n'est pas applicable : () 4° Dans les cas de taxation ou évaluation d'office des bases d'imposition ". Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / () 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ". Selon l'article L. 76 du livre des procédures fiscales, applicable en cas de procédure de taxation d'office : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. Cette notification est interruptive de prescription () ".

12. Aux termes de l'article 164 D du code général des impôts : " Les personnes physiques exerçant des activités en France ou y possédant des biens, sans y avoir leur domicile fiscal, ainsi que les personnes mentionnées au 2 de l'article 4 B, peuvent être invitées, par le service des impôts, à désigner dans un délai de quatre-vingt-dix jours à compter de la réception de cette demande, un représentant en France autorisé à recevoir les communications relatives à l'assiette, au recouvrement et au contentieux de l'impôt. () ".

13. M. A soutient que la procédure d'imposition est entachée d'irrégularité dès lors que l'administration a adressé les propositions de rectification et les actes de recouvrement à son adresse bordelaise alors même qu'il avait désigné un représentant fiscal en France. Toutefois, s'agissant, d'une part, des propositions de rectification, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 7 décembre 2017 concernant l'année 2014 a été envoyée à M. A à la fois à son adresse à Bordeaux (79, rue Malbec) et à son adresse à Hong-Kong (8 Deep Waterbay road flat 2), celle-ci ayant été reçue le 23 décembre 2017, qu'en outre, suite à la demande de l'administration fiscale effectuée en vertu de l'article 164 D du code général des impôts, M. A a élu domicile au cabinet de son avocate le 10 avril 2018, ce dont il a informé l'administration fiscale par courriel du 11 avril 2018 et que la seconde proposition de rectification, concernant l'année 2015, lui a été adressée le 18 avril 2018 à Bordeaux, ainsi qu'à son avocate le même jour. Il résulte également de l'instruction que M. A a formé des observations en réponse à ces deux courriers qui ont donné lieu à deux courriers de réponse aux observations du contribuable, datés du 25 avril 2018 et du 21 juin 2018, tous les deux envoyés à son avocate. S'agissant, d'autre part, des avis d'imposition qui sont versés au dossier et qui ont été adressés à son adresse rue Malbec à Bordeaux, les irrégularités qui entacheraient les avis relatifs aux impositions recouvrées par voie de rôle sont sans influence sur le bien-fondé de ces impositions. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir, au soutien de ses conclusions aux fins de décharge de l'impôt sur le revenu qui lui a été réclamé, de ce que l'avis d'imposition lui aurait été envoyé à son adresse à Bordeaux alors même qu'il avait désigné un représentant fiscal en France. Dans ces conditions, le moyen tenant à l'irrégularité de la procédure d'imposition ne peut qu'être écarté.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

14. Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : 1° à l'impôt sur le revenu, les contribuables qui n'ont pas déposé dans le délai légal la déclaration d'ensemble de leurs revenus ou qui n'ont pas déclaré, en application des articles 150-0 E et 150 VG du code général des impôts, les gains nets et les plus-values imposables qu'ils ont réalisés, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 67 ; () ".

15. Il résulte de l'instruction que dès le début de la procédure contradictoire, l'administration fiscale a interrogé M. A sur l'origine des virements internationaux sur son compte Crédit Lyonnais et il ressort de la proposition de rectification du 7 décembre 2017 au titre des revenus 2014 que, en réponse à la lettre de l'administration fiscale datée du 24 octobre 2017, demandant à M. A l'origine de vingt-deux virements internationaux sur son compte Crédit Lyonnais pour un montant total de 368 000 euros, celui-ci a indiqué qu'il s'agissait des dividendes perçus au titre de la société Pôle Luxe Invested en tant que président directeur général et associé unique. Si M. A a ensuite réfuté auprès de l'administration fiscale qu'il s'agirait de dividendes de cette société, il ne conteste pas que l'argent reçu provient de la société Pôle Luxe Limited et soutient dans sa requête qu'il correspond à une avance qu'il aurait d'ailleurs partiellement remboursée en 2020, ce qu'il entend démontrer en produisant un relevé de banque attestant d'un virement de 500 000 euros vers la société Pôle Luxe Limited. Cependant, les documents qu'il fournit, notamment un rapport " Reports and financial statement for the year ended the 31th march 2014 " ne permettent ni d'établir que cette société lui aurait consenti un prêt, ni d'identifier précisément le rôle de M. A dans la société ni l'organisation de celle-ci. Dans ces conditions, et alors que les éléments versés à l'instance par M. A, à qui incombe la charge de la preuve, ne permettent pas d'établir la nature des sommes versées sur son compte bancaire en 2014 et 2015, c'est à bon droit que l'administration fiscale les a imposés en tant que revenus d'origine indéterminée.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à contester le bien-fondé de l'imposition de ses revenus 2014 et 2015.

Sur les frais du litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'administrateur général des finances publiques, chef de la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme C et Mme Fazi-Leblanc, premières conseillères,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La rapporteure,

S. FAZI-LEBLANC

Le président,

D. FERRARILe greffier,

Y. JAMEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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