jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202507 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | MAROUBY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 mai 2022 et le 24 novembre 2022, la société Soltechnic Group, représentée par Me Marouby, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la taxe sur les salaires à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018 pour un montant de 160 989 euros en droits et pénalités ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la totalité de son chiffre d'affaires entrant dans le champ de la taxe sur la valeur ajoutée et ayant été assujettie à cette taxe sur la période correspondant à l'année 2018, elle n'est pas redevable de la taxe sur les salaires au titre de cette même année conformément aux dispositions de l'article L. 231-1 du code général des impôts ;
- les dividendes distribués au titre des années 2017 et 2018 ne constituent pas une recette à intégrer dans le calcul du coefficient d'assujettissement à la taxe sur les salaires ;
- la rémunération de MM. Jean-François Lefevere et Christophe Lefevere, respectivement président et directeur général du groupe, ne doit pas être prise en compte dans la base imposable à la taxe sur les salaires en l'absence d'exercice par ces derniers de responsabilités dans le secteur financier.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2022, l'administrateur général, chef de la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de commerce ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée Soltechnic Group est une société holding qui a pour activité la conduite de la politique du groupe Soltechnic et le contrôle de ses filiales, auxquelles elle fournit des services spécifiques, administratifs, juridiques, comptables, financiers et immobiliers. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur la période comprise entre le 1er janvier 2017 et le 3 décembre 2019, à l'issue de laquelle elle a été assujettie à la taxe sur les salaires au titre des années 2017 et 2018 pour un montant total de 160 989 euros en droits et pénalités. Elle demande au tribunal de prononcer la décharge de la totalité de ces impositions.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
2. En premier lieu, il résulte des dispositions du 1 de l'article L. 231 du code général des impôts que sont redevables de la taxe sur les salaires au titre des rémunérations payées au cours d'une année civile, dans la limite du rapport qu'il mentionne, d'une part, les personnes ou organismes dont le chiffre d'affaires de cette année n'est pas soumis à la taxe sur la valeur ajoutée, d'autre part, les personnes ou organismes dont le chiffre d'affaires de l'année précédente n'a été soumis à la taxe sur la valeur ajoutée qu'à hauteur d'une fraction n'excédant pas 10 %. Il en résulte inversement que, pour ne pas être redevable de la taxe sur les salaires au titre des rémunérations payées au cours d'une année civile, une personne ou un organisme doit non seulement être assujetti (e) cette année-là à la taxe sur la valeur ajoutée sur une partie au moins de son chiffre d'affaires, mais aussi l'avoir été l'année précédente à hauteur d'au moins 90 % de son chiffre d'affaires.
3. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que moins de 90% du chiffre d'affaires de l'année 2017 de la société requérante a été assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, le moyen tiré de ce qu'elle n'était pas passible, en application de la loi fiscale, de la taxe sur les salaires au titre de l'année 2018 au seul motif que l'intégralité de son chiffre d'affaires a été soumis à la taxe sur la valeur ajoutée au titre de cette même année doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales. ".
5. A supposer les dispositions précitées invocables, la société Soltechnic Group n'est pas fondée à se prévaloir des énonciations du paragraphe n°180 de l'instruction référencée BOI-TPS-TS-10-10, selon lesquelles " A contrario, les employeurs soumis à la TVA [taxe sur la valeur ajoutée] sur 90% au-moins de leur chiffre d'affaires échappent totalement à la taxe sur les salaires ", qui ne donnent pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.
6. En deuxième lieu, n'étant pas la contrepartie d'une activité économique, la perception de dividendes n'entre pas, elle-même, dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée, même dans l'hypothèse où la société holding qui perçoit les dividendes s'immisce dans la gestion de ses filiales en leur fournissant des prestations de services soumises à cette taxe. Il suit de là, contrairement à ce que soutient la société requérante, que les dividendes qui lui ont été distribués par ses filiales au titre des années 2017 et 2018 constituent une recette à intégrer dans le calcul du coefficient d'assujettissement à la taxe sur les salaires.
7. En troisième lieu, il résulte des travaux parlementaires de l'article 13 de la loi n° 2012-1404 du 17 décembre 2012 de financement de la sécurité sociale pour 2013, dont est issu l'article 231 du code général des impôts, que le législateur a entendu rendre l'assiette de la taxe sur les salaires identique à celle de la contribution sociale généralisée, sous réserve des seules exceptions mentionnées à la première phrase du 1 de cet article 231. En vertu des dispositions combinées de cet article et de l'article L. 131-2 du code de la sécurité sociale, sont inclus dans l'assiette de la taxe sur les salaires les revenus d'activité des personnes mentionnées à l'article L. 311-3 du code de la sécurité sociale. Ce dernier article mentionne notamment, à ses 11°, 12° et 23°, les gérants minoritaires des sociétés à responsabilité limitée, les présidents du conseil d'administration, directeurs généraux et directeurs généraux délégués des sociétés anonymes et les présidents et dirigeants des sociétés par actions simplifiées. Ces dirigeants, sans avoir la qualité de salarié au sens du droit du travail, sont au nombre des personnes dont les rémunérations sont soumises à la taxe sur les salaires en vertu de l'article 231 du code général des impôts.
8. Les fonctions de directeur général d'une société anonyme ou d'une société par actions simplifiée confèrent à leurs titulaires, en vertu de l'article L. 225-56 du code de commerce, les pouvoirs les plus étendus dans la direction de la société et le président du conseil d'administration est investi, aux termes de l'article L. 225-51 du même code, d'une responsabilité générale. S'agissant d'une société holding, ces pouvoirs s'étendent en principe au secteur financier, même si le suivi des activités est sous-traité à des tiers ou confié à des salariés spécialement affectés à ce secteur et si le nombre des opérations relevant de ce secteur est très faible. Toutefois, s'il résulte des éléments produits par l'entreprise que certains de ses dirigeants n'ont pas d'attribution dans le secteur financier, notamment lorsque, compte tenu de l'organisation adoptée, l'un d'entre eux est dépourvu de tout contrôle et responsabilité en la matière, la rémunération de ce dirigeant doit être regardée comme relevant entièrement des secteurs passibles de la taxe sur la valeur ajoutée et, par suite, comme placée hors du champ de la taxe sur les salaires.
9. En l'espèce, en se bornant à soutenir que son établissement bancaire bénéficie d'un mandat de gestion aux fins de gérer les placements de trésorerie et les intérêts, que la nécessité d'opérer des distributions de dividendes et la détermination de leurs montants sont effectuées par le cabinet Alta, et qu'en tout état de cause, la décision de distribuer des dividendes relève de la compétence de l'associé unique des filiales et non des fonctions de dirigeant exercées par MM. Jean-François Lefevere et Christophe Lefevere, respectivement président et directeur général du groupe, alors qu'il résulte de l'instruction que ces derniers sont ses seuls actionnaires et qu'elle-même détient, de manière directe ou indirecte, 99,9% ou 100% des titres des sociétés qui lui versent des dividendes, la société requérante n'établit pas que ces deux dirigeants seraient dépourvus de tout contrôle et responsabilité en matière financière et que la rémunération de ces deux dirigeants devait être exclue de l'assiette de la taxe sur les salaires.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la Société Soltechnic Group aux fins de décharge des cotisations de taxe sur les salaires auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 et 2018 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la Société Soltechnic Group est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Société Soltechnic Group et à l'administrateur général, chef de la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme B et Mme A, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
La rapporteure,
E. B
Le président,
D. FERRARI La greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026