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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202515

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202515

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202515
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP LE GALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 mai 2022 et 30 janvier 2023, M. C D G, représenté par Me Le Gall, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Bergerac a prononcé à titre de sanction disciplinaire, sa révocation à compter du 1er avril 2022 ;

2°) de condamner la commune de Bergerac à lui verser la somme de 20 000 euros au titre des dommages et intérêts ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bergerac une somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la procédure a été viciée dès lors que le conseil de discipline était notamment composé de Mme B, qui est la mère de M. F, signataire de l'arrêté contesté ;

- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ; le conseil de discipline et le maire de la commune se sont contentés de la version de Mme E, sans en vérifier l'exactitude alors que ses déclarations ne sont corroborées par aucun témoignage et qu'il en conteste les termes ; la plainte déposée par Mme E a été classée sans suite ; il produit trois témoignages, de personnes présentes lors de l'altercation, qui contredisent la déclaration de Mme E ; si l'arrêté est également fondé sur le caractère " réitéré et délibéré " de son comportement, cela n'est étayé par aucune élément et il en conteste les faits ;

- il a subi un préjudice dès lors qu'il a été révoqué, se trouve sans ressource et a été choqué par la révocation motivée exclusivement par de simples affirmations ; il sollicite le versement de 20 000 euros à titre de dommages et intérêts.

Par des mémoires en défense enregistrés les 25 octobre 2022 et 6 février 2023, la commune de Bergerac, représentée par le cabinet HMS Atlantiques avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Par ordonnance du 30 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 13 février 2023.

Par courrier du 27 mars 2023, les parties ont été invitées, en application de l'article R.613-1-1 du code de justice administrative, à produire des pièces pour compléter l'instruction.

La commune de Bergerac a répondu à cette demande par courrier du 31 mars 2023.

M. D G a répondu à cette demande par courrier du 31 mars 2023.

Les parties ont été informées, par courrier du 27 avril 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires, en l'absence de liaison du contentieux exigée par les dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Les parties n'ont pas répondu à ce moyen relevé d'office.

Un mémoire a été enregistré pour M. D G le 9 mai 2023 mais n'a pas été communiqué.

Une pièce a été enregistrée pour la commune de Bergerac le 15 mai 2023 mais n'a pas été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahitte ,

- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,

- les observations de Me Le Gall, représentant M. D G, présent,

- et celles de Me Safar, représentant la commune de Bergerac.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D G, adjoint territorial d'animation au sein de la commune de Bergerac, exerce ses missions au sein du centre social Germaine-Tilion. Le directeur général des services a rédigé un rapport disciplinaire le 21 décembre 2021, en raison d'une altercation qui aurait eu lieu le 17 décembre 2021, entre M. D G et une élue de la commune. Par un courrier du 31 décembre 2021, M. D G a été informé de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre. Le conseil de discipline s'est réuni le 4 février 2022 et a émis un avis favorable à la sanction de la révocation. Par un arrêté du 7 mars 2022, le maire de la commune de Bergerac a prononcé la révocation de M. D G, à titre de sanction disciplinaire, à compter du 1er avril 2022. Par un courrier du 16 mars 2022, M. D G a sollicité la transmission de documents, lesquels lui ont été communiqués par la commune de Bergerac le 24 mars 2022. Par un nouveau courrier du 21 mars 2022 adressé à la commune de Bergerac, l'intéressé a contesté l'arrêté du 7 mars 2022 portant révocation. M. D G demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 prononçant sa révocation et de condamner la commune de Bergerac à l'indemniser de ses préjudices à hauteur de 20 000 euros.

Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

3. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que M. D G a adressé une demande préalable indemnitaire à la commune de Bergerac. Par suite, faute de présentation d'une telle demande, et en l'absence de liaison du contentieux, ses conclusions indemnitaires sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 relative aux droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors applicable : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : Quatrième groupe : () la révocation.

5. Aux termes de l'arrêté contesté, il est reproché à M. D G " l'agression verbal " d'une élue de la collectivité, par " des propos vindicatifs et par une attitude visant à l'intimider ", le 17 décembre 2021 vers 19 heures au marché couvert de Bergerac. La commune de Bergerac estime, au regard du caractère " réitéré et délibéré " du comportement de l'intéressé et de " l'absence de prise de conscience de ses agissements ", que cette altercation caractérise " un manquement aux obligations statutaires et déontologiques, notamment aux devoirs d'obéissance hiérarchique et de respect de la hiérarchie ".

6. M. D G conteste la matérialité des faits qui lui sont reprochés dès lors qu'il soutient ne pas avoir menacé, ni agressé Mme E le 17 décembre 2021 au marché couvert de Bergerac. Il est constant qu'un échange verbal est intervenu entre le requérant et Mme E ce jour-là. Pour attester des faits, la commune de Bergerac se prévaut de la plainte déposée par Mme E à l'encontre du requérant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. D G a porté plainte pour " diffamation non publique " à l'encontre de Mme E et que dans ce cadre, cette dernière a été auditionnée par les services de police le 18 décembre suivant. S'il ressort du procès-verbal d'audition qu'elle a indiqué vouloir " déposer plainte contre M. D pour les mêmes faits ", il ressort des pièces du dossier, et notamment des écritures de la commune de Bergerac en défense, qu'elle n'a en réalité " pas porté plainte contre le requérant ". Par ailleurs, le requérant produit deux attestations de témoins présents au moment de l'échange du 17 décembre 2021, qui font état d'une discussion entre les deux protagonistes, sans pour autant mentionner l'existence de propos vindicatifs ou d'une attitude intimidante. Au surplus, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal du conseil de discipline du 4 février 2022 relatant les propos tenus par M. D G, corroborés par une attestation de son ex-épouse du 28 décembre 2022, que Mme E a sollicité une entrevue avec le requérant afin de s'expliquer au sujet de son implication dans la procédure engagée à son encontre. Au cours de cette rencontre entre les deux protagonistes, qui a eu lieu début janvier 2022 au domicile de l'ex-épouse de l'intéressé en sa présence ainsi que celle de Mme A, Mme E aurait indiqué, notamment, avoir été " manipulée " et ne pas souhaiter que l'intéressé " soit sanctionné sur un malentendu entre eux, utilisé par d'autres, afin de régler leurs comptes ". Dans ces conditions, et alors que la commune de Bergerac ne produit aucun élément de nature à attester de l'existence d'une altercation, M. D G est fondé à soutenir que la matérialité des faits qui lui sont reprochés et qui fondent la sanction de la révocation, n'est pas établie.

7. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Bergerac a prononcé à titre de sanction disciplinaire, sa révocation à compter du 1er avril 2022, est annulé.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Bergerac la somme de 1500 euros au titre des frais exposés par M. D G et non compris dans les dépens. L'instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. D G tendant à la condamnation de la commune de Bergerac aux entiers dépens, doivent être rejetées.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Bergerac présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Bergerac du 7 mars 2022 est annulé.

Article 2 : La commune de Bergerac versera à M. D G une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Bergerac au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D G et à la commune de Bergerac.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

La rapporteure,

A. LAHITTE

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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