mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202791 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 mai 2022, 29 février et 26 avril 2024, la société Lavidemar, représentée par Me David, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le département de la Gironde à lui verser la somme de 48 625,64 euros en réparation des préjudices subis du fait des travaux de débroussaillement de la route départementale n° 3 à Carcans ;
2°) de mettre à la charge du département de la Gironde la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le département de la Gironde est allé au-delà des prérogatives qu'il possède dans le cadre des opérations de débroussaillement, en procédant à l'abattage d'arbres sains, sur une propriété privée, sans justifier de la nécessité et la proportionnalité de son intervention, et sans solliciter son autorisation pour pénétrer sur sa propriété ;
- ces travaux d'entretien de la voie publique, qui ont conduit à l'abattage et à l'élagage sauvage d'arbres et arbustes situés sur sa propriété, sont à l'origine de troubles qui engagent la responsabilité sans faute du département de la Gironde, maitre d'ouvrage, envers la société Lavidemar, en qualité de tiers et usager de la route départementale n° 3 ;
- ces travaux ont porté atteinte à son droit de propriété, privent le terrain de camping d'une insertion paysagère exigée par le code de l'urbanisme et de l'écran phonique et visuel que la haie végétalisée constituait ;
- ils sont à l'origine de préjudices matériel, commercial et moral évalués respectivement à hauteur de 18 625,64 euros, 20 000 et 10 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 juillet 2023, 20 mars et 7 mai 2024, le département de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'intervention du département sur le fond privatif de la société requérante s'est déroulée conformément au cadre juridique existant, aucune autorisation, ni sommation préalable n'étant requise ; il n'a commis aucune faute ;
- la société Lavidemar ne justifie pas par les pièces qu'elle verse au dossier de la matérialité des faits ;
- le débroussaillement ne peut être qualifié d'ouvrage public ;
- sa responsabilité ne saurait être engagée sur le fondement du défaut d'entretien normal dès lors que la société Lavidemar ne peut être regardée comme usagère ;
- la requérante n'est pas davantage fondée à demander l'engagement de la responsabilité sur le fondement de la rupture d'égalité devant les charges publiques ;
- elle ne justifie pas du caractère grave et spécial de son préjudice ;
- le préjudice matériel est surévalué et sans lien direct et certain avec l'intervention du département ;
- le préjudice commercial et le préjudice moral ne sont pas établis.
Par courrier du 25 septembre 2024, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de soulever d'office l'incompétence de la juridiction administrative, les contestations auxquelles peuvent donner lieu l'exercice de la servitude de débroussaillement en litige relevant des tribunaux judiciaires en application des dispositions combinées des articles L. 134-10 et L. 131-16 du code forestier.
Par un mémoire, enregistré le 4 octobre 2024, la société Lavidemar a fait valoir ses observations sur ce moyen d'ordre public.
Par un mémoire, enregistré le 7 octobre 2024, le département de la Gironde a fait valoir ses observations sur ce moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code forestier ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chauvin, présidente-rapporteure ;
- les conclusions de M. Roussel Cera, rapporteur public,
- les observations de Me Thibaud, représentant la société Lavidemar ;
- et les observations de M. A, représentant le département de la Gironde.
Considérant ce qui suit :
1. La société Lavidemar est propriétaire d'un ensemble immobilier servant à l'exploitation d'un camping classé 4 étoiles, dénommé " Le Medoc bleu ", situé 35 route de Lacanau, à Carcans (33121). Elle a été informée par courrier des 7 et 27 septembre 2021 que, dans le cadre du règlement interdépartemental de protection de la forêt contre les incendies, le département de la Gironde allait procéder, en tant que gestionnaire de voirie, à une opération de débroussaillement des abords de la route départementale n° 3 (RD3), sur une largeur comprise entre 4 et 20 mètres. Ces travaux que le département a confiés à la société Akka Forest, ont été réalisés en novembre 2021 et ont consisté notamment en un débroussaillement mécanique des dépendances vertes en ce compris les haies des parcelles privées bordant la route, sur une largeur de 4 mètres après le bord extérieur du fossé et en un abattage et arasement de souches de certains arbres.
2. Estimant que les travaux de débroussaillement menés par le département de la Gironde sur les abords de la RD3, qui longe son camping, avaient conduit à l'abattage d'arbres de gros diamètres situés sur sa propriété, sans autorisation, et dégradé le masque végétal protégeant notamment la piscine des vues extérieures, la société Lavidemar a sollicité, par lettre recommandée avec accusé de réception du 20 janvier 2022, puis le 2 mars 2022, l'indemnisation des préjudices subis en résultant au département de la Gironde. Cette demande a été rejetée par décision du 25 mai 2022. La société Lavidemar demande dans la présente instance la condamnation du département de la Gironde à lui verser la somme totale de 48 625,64 euros en réparation des dommages qu'elle impute à la réalisation de ces travaux.
3. Aux termes de l'article L. 131-10 du code forestier, dans sa version applicable au litige : " On entend par débroussaillement pour l'application du présent titre les opérations de réduction des combustibles végétaux de toute nature dans le but de diminuer l'intensité et de limiter la propagation des incendies. Ces opérations assurent une rupture suffisante de la continuité du couvert végétal. Elles peuvent comprendre l'élagage des sujets maintenus et l'élimination des rémanents de coupes. ". Aux termes de l'article L. 134-10 du même code : " L'Etat et les collectivités territoriales ou leurs groupements propriétaires de voies ouvertes à la circulation publique, () procèdent à leurs frais au débroussaillement et au maintien en l'état débroussaillé, sur une bande dont la largeur est fixée par l'autorité administrative compétente de l'Etat et qui ne peut excéder 20 mètres de part et d'autre de l'emprise de ces voies, dans la traversée des bois et forêts et dans les zones situées à moins de 200 mètres de bois et forêts. Les propriétaires des fonds ne peuvent s'opposer à ce débroussaillement dans la limite d'une bande de terrain d'une largeur maximale de 20 mètres de part et d'autre de l'emprise des voies. () En cas de débroussaillement, les dispositions des deuxième à quatrième alinéas de l'article L. 131-16 sont applicables. ". Selon cet article L. 131-16, les contestations auxquelles peuvent donner lieu l'exercice de cette servitude dite de débroussaillement sont portées devant le tribunal judiciaire.
4. L'action de la société Lavidemar dirigée contre le département de la Gironde tend à la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'intervention de ce dernier sur sa propriété pour mener des travaux de débroussaillement aux abords de la RD3 à Carcans. Il résulte des dispositions législatives précitées qu'il n'appartient qu'à l'autorité judiciaire de connaître d'un tel litige. La requête doit, par suite, être rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaitre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Lavidemar est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaitre.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Lavidemar et au département de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
Mme Ballanger, première conseillère,
Mme Lorrain Mabillon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La première assesseure,
M. BALLANGER La présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. LALITTE
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026