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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203133

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203133

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203133
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCONTIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 juin 2022 et le 21 mai 2024, le groupement de coopération sanitaire (GCS) Pôle santé d'Arcachon, représenté par Me Dioque, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recette n° H0500026 du 23 février 2021 émis par le centre hospitalier d'Arcachon d'un montant de 326 915,68 euros ayant pour objet le remboursement de la taxe foncière au titre de l'année 2019 ;

2°) d'annuler le titre de recette n° H0500027 du 23 février 2021 émis par le centre hospitalier d'Arcachon d'un montant de 10,21 euros ayant pour objet le remboursement de la taxe foncière au titre de l'année 2019 ;

3°) d'annuler l'avis n° 31271030615 du 8 avril 2022 portant mise en demeure de payer ces titres de recette ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Arcachon une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'il a contesté ces titres dans un délai de deux mois suivants la notification du premier acte de poursuite ;

- les titres de recette sont irréguliers dès lors qu'ils ne mentionnent pas les nom, prénom et qualité de la personne qui les a émis, ainsi que les voies et délais de recours, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- ils sont dépourvus de fondement dès lors qu'il a obtenu un dégrèvement de la taxe foncière, lequel bénéficie au GCS, et est sans incidence sur les règles de répartition des charges au sein du GCS ;

- l'annulation des titres de recette prive de base légale l'avis de sommes à payer, qui doit dès lors être annulé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, le centre hospitalier d'Arcachon, représenté par Me Contis, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du GCS Pôle santé d'Arcachon une somme de 3 000 euros au titre des frais liés à l'instance.

Il soutient que :

- le bordereau récapitulatif des recettes, émis sous forme dématérialisé, comporte les mentions obligatoires prévues par l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la taxe foncière ne saurait être mise à sa charge, ce qui justifie le remboursement sollicité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme de Gélas,

- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,

- les observations de Me Cesso, représentant le GCS Pôle santé d'Arcachon,

- et les observations de Me Contis, représentant le centre hospitalier d'Arcachon.

Une note en délibéré présentée pour le centre hospitalier d'Arcachon a été enregistrée le 1er juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Le centre hospitalier d'Arcachon, établissement public de santé, et la clinique d'Arcachon, établissement privé de santé, ont créé, par convention cadre signée le 22 janvier 2013, un groupement de coopération sanitaire (GCS) dénommé " Pôle santé d'Arcachon " afin de regrouper leurs activités sur un même site. Le fonctionnement de ce groupement de coopération sanitaire a été déterminé par cette convention cadre. Par titres de perception n° H0500026 et n° H0500027, émis le 23 février 2021, le centre hospitalier d'Arcachon a demandé au GCS " Pôle santé d'Arcachon " de lui rembourser les sommes respectives de 326 915,68 euros et 10,21 euros au titre du remboursement de la taxe foncière pour l'année 2019. Le 8 avril 2022, le centre hospitalier d'Arcachon a émis une mise en demeure de payer ces sommes. Dans le cadre de la présente instance, le GCS " Pôle santé d'Arcachon " demande au tribunal d'annuler les titres de perception du 23 février 2021 et la mise en demeure de payer du 8 avril 2022.

2. Aux termes de l'article L. 6133-1 du code de la santé publique, dans sa version applicable au litige : " Le groupement de coopération sanitaire de moyens a pour objet de faciliter, de développer ou d'améliorer l'activité de ses membres. / Un groupement de coopération sanitaire de moyens peut être constitué pour : / 1° Organiser ou gérer des activités administratives, logistiques, techniques, médico-techniques, d'enseignement ou de recherche ; / 2° Réaliser ou gérer des équipements d'intérêt commun ; il peut, le cas échéant, être titulaire à ce titre de l'autorisation d'installation d'équipements matériels lourds mentionnée à l'article L. 6122-1 ; / 3° Permettre les interventions communes de professionnels médicaux et non médicaux exerçant dans les établissements ou centres de santé membres du groupement ainsi que des professionnels libéraux membres du groupement. / Ce groupement poursuit un but non lucratif. ".

3. Aux termes du 1° de l'article 1382 du code général des impôts, dans sa rédaction issue de la loi du 28 décembre 2018, applicable aux années d'imposition en litige, sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties les " () immeubles des groupements de coopération sanitaire dotés de la personnalité morale de droit public mentionnés au I de l'article L. 6133-3 du code de la santé publique, lorsqu'ils sont occupés par les établissements publics de santé mentionnés à l'article L. 6141-1 du même code, affectés à un service public ou d'utilité générale et non productifs de revenus au regard de ces groupements. ".

4. Dans le cadre des dispositions de l'article L. 6133-1 du code de la santé publique, un groupement de coopération sanitaire dénommé " Pôle de santé d'Arcachon " a été créé entre le centre hospitalier d'Arcachon et la clinique d'Arcachon. Ce groupement est propriétaire d'un ensemble immobilier hébergeant ces deux établissements de santé. Selon l'article 1er de la convention cadre signée le 22 janvier 2013, il " assure la gestion immobilière du pôle de santé abritant le centre hospitalier et la clinique d'Arcachon qui l'occupent chacun dans le cadre de leurs activités respectives () ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention constitutive du GCS " Pôle santé d'Arcachon ", signée le 6 mars 2014 entre le centre hospitalier d'Arcachon et la clinique d'Arcachon : " Le groupement jouit de la personnalité morale () Le groupement est une personne morale de droit public ". Aux termes de l'article 16 de ce contrat : " Les charges de fonctionnement sont couvertes par les participations des membres ainsi que par les ressources propres du groupement. / Les participations des membres aux charges de fonctionnement du groupement consistent en une contribution financière. / La contribution des membres aux charges de fonctionnement du groupement est fixée en considération de la part leur incombant exactement dans les dépenses communes. () ".

5. Aux termes des stipulations de l'article 10 du règlement intérieur du GCS " Pôle santé d'Arcachon ", signé le 6 mars 2014 : " Les charges de fonctionnement sont définies dans la convention cadre du 22 janvier 2013. / La répartition des coûts entre le centre hospitalier d'Arcachon et la clinique d'Arcachon correspond à la part respective de chaque établissement dans le pôle de santé. / Les principes de répartition des charges de fonctionnement sont les suivants : / - chaque membre qui se voit confier l'achat d'un équipement commun, refacture à l'autre membre la part lui incombant. / - Les prestations dépendantes des surfaces construites et identifiables sont ventilées selon les clés de répartition des locaux vitrés. La charge est assurée par le GCS et répercutée intégralement par la suite aux deux établissements () ". Les annexes de la convention cadre du 22 janvier 2013 prévoient une liste de prestations et achats communs et leur répartition entre les deux établissements de santé.

6. Il est constant que le GCS est assujetti depuis sa création à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des immeubles dont il est propriétaire, et dont une partie est occupée par la clinique d'Arcachon. Pour la partie des immeubles occupée par le centre hospitalier d'Arcachon, établissement public de santé affecté à un service public, l'article 1382 du code général des impôts, tel que modifié par la loi du 28 décembre 2018, a prévu à compter de l'année 2019 une exonération de cette taxe, sur le fondement de laquelle l'administration fiscale a prononcé un dégrèvement partiel des cotisations de taxe foncière à laquelle le GCS est assujetti, au titre des années 2019 et 2020 d'un montant respectif de 332 887 et 337 555 euros.

7. D'une part, il résulte de l'instruction que la taxe foncière constitue pour le GCS une charge dont il est seul redevable, et à qui le dégrèvement de cette taxe, obtenu le 21 octobre 2020, a seul bénéficié. Le centre hospitalier d'Arcachon n'étant pas directement bénéficiaire de ce dégrèvement, il ne peut prétendre au remboursement de la somme correspondante, quand bien même son statut d'établissement public de santé a permis au groupement dont il est membre de bénéficier de l'exonération prévue au 1° de l'article 1382 du code général des impôts.

8. D'autre part, il est constant que ni la convention cadre du 22 janvier 2013, ni la convention constitutive du 6 mars 2014, ni le règlement intérieur du GCS ne comportent de stipulations relatives à cette taxe et, contrairement à ce que soutient le centre hospitalier en défense, les parties à la convention constitutive de ce groupement ne peuvent être regardées comme ayant eu la commune intention de régler de manière spécifique la répartition entre elles des charges inhérentes à cette taxe foncière. Il appartenait dès lors au GCS, en l'état des stipulations contractuelles, de la répercuter à ses membres selon la répartition prévue au contrat, sans que le centre hospitalier d'Arcachon ne puisse revendiquer en raison de son statut une contribution réduite. Par suite, le GCS est fondé à soutenir que le centre hospitalier d'Arcachon ne pouvait se fonder sur les stipulations de sa convention constitutive et de son règlement intérieur pour émettre les titres de perception contestés, lui réclamant le remboursement de la somme totale de 326 925,89 euros.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que le GCS Pole santé d'Arcachon est fondé à demander l'annulation des titres de perception n° H0500026 et n° H0500027, émis à son encontre le 23 février 2021 par le centre hospitalier d'Arcachon.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le GCS " Pôle santé d'Arcachon ", qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au centre hospitalier d'Arcachon la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du GCS " Pôle santé d'Arcachon " présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les titres de perception n° H0500026 et n° H0500027, émis le 23 février 2021 à l'encontre du GCS " Pole santé d'Arcachon " par le centre hospitalier d'Arcachon sont annulés.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au groupement de coopération sanitaire Pôle santé d'Arcachon et au centre hospitalier d'Arcachon.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

Mme Jaouën, première conseillère,

Mme de Gélas, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

La rapporteure,

C. DE GÉLASLa présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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