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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203317

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203317

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203317
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDUPHIL-PRUVOST AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 16 juin 2022, le 21 février 2023 et le 10 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Pruvost, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction de sa cotisation d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2020 correspondant à la prise en compte du revenu net imposable de 12 564 euros figurant sur sa fiche de paie de décembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est fondé à rectifier la somme correspondant à son revenu sur sa déclaration de revenus 2020 dès lors que la somme portée initialement ne correspond pas au cumul net imposable de son bulletin de salaire de décembre 2020, ni à la déclaration de l'employeur à l'URSSAF de la déclaration sociale nominative ;

- la part salariale des cotisations sociales qu'il a payées sur ses indemnités de licenciement est déductible de son revenu brut global sur le fondement des articles 156 et 83 du code général des impôts ;

- la jurisprudence sur laquelle s'appuie l'administration fiscale n'est pas transposable car il ne s'agit pas de revenus catégoriels différents, les indemnités font partie des traitements et salaires, la somme de -29 733 euros n'est pas un déficit catégoriel mais un résultat négatif au titre d'un mois donné, aucun déficit catégoriel n'apparaît dans sa déclaration de revenus ;

- les éléments de la doctrine fiscale publiés aux bulletins référencés BOI-RSA-BASE-30-10-10 n°10, BOI-RSA-BASE 30-10-20 n°125 et BOI-RSA-BASE 30-30 n°50 et 60 confirment son interprétation ;

- pour ceux de ses collègues qui ont eu le versement de leurs indemnités de licenciement avant juin 2020 le caractère déductible des cotisations sociales a été pris en compte dans leur déclaration de revenus, il est inéquitable que cela n'ait pas été appliqué dans son cas alors même que le décalage de paiement résulte de difficultés de trésorerie de l'entreprise et alors que l'imposition fiscale doit être égalitaire.

Par des mémoires en défense enregistrés le 14 décembre 2022, le 23 mars 2023 et le 29 août 2023, ce dernier non communiqué, le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement accordé d'un montant de 4 185 euros et au rejet du surplus de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère,

- les conclusions de M. Willem, rapporteur public,

- et les observations de Me Pruvost, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né en 1952, a exercé les fonctions de directeur clientèle de l'entreprise Solocal. Le 30 juin 2020, il a été licencié dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi. A son départ de l'entreprise, le montant du revenu net fiscal figurant sur sa dernière fiche de paie de juin 2020 était de 42 298 euros. M. A a ensuite touché les indemnités de licenciement consistant en une indemnité conventionnelle de 156 153,66 euros et une indemnité supra-légale de 173 426,87 euros qui ont été exclues de l'impôt sur le revenu mais soumises aux cotisations sociales et, sur son bulletin de salaire de décembre 2020, le revenu fiscal net à déclarer s'élève à 12 564 euros. M. A avait initialement porté sur sa déclaration de revenus 2020 la somme de 42 298 euros, correspondant au revenu net fiscal figurant sur sa fiche de paie de fin juin 2020, au moment où il a quitté l'entreprise. Le 25 mars 2022, M. A, a demandé aux services fiscaux à être imposé sur la somme de 12 564 euros apparaissant sur son bulletin de salaire de décembre 2020 au titre du revenu fiscal net et non sur la somme de 42 298 euros qu'il avait initialement indiquée, l'écart résultant essentiellement de la part salariale des cotisations sociales appliquées aux indemnités de licenciement versées sur le mois de septembre 2020. A la suite du rejet par l'administration fiscale, de sa réclamation contentieuse, M. A demande au tribunal la réduction de sa cotisation d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2020 correspondant à la déduction de ses revenus de la part correspondant à la part salariale des cotisations sociales payées sur ses indemnités de licenciement en 2020, et à ce que son impôt sur le revenu soit calculé sur le revenu fiscal net de décembre 2020 et non celui de juin 2020.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 23 mars 2023, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde a fait droit aux conclusions relatives à la déduction des cotisations sociales pour les cotisations obligatoires de Sécurité sociale d'un montant de 13 950,88 euros et a prononcé le dégrèvement de l'imposition litigieuse à concurrence d'un montant, en droits et en pénalités, de 4 185 euros. Par suite, les conclusions de M. A relatives à la déduction de cette part des cotisations sociales sont sans objet. Compte tenu du dégrèvement accordé, le litige se limite à une demande de réduction de la base imposable de 15 485,84 euros et du montant de la cotisation d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2020 de 4 646 euros.

Sur les conclusions à fin de réduction de la cotisation d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2020 :

En ce qui concerne le caractère déductible de la part salariale des cotisations sociales du revenu annuel global :

S'agissant de la loi fiscale :

3. Aux termes de l'article 79 du code général des impôts : " Les traitements, indemnités, émoluments, salaires, pensions et rentes viagères concourent à la formation du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu. Il en est de même des prestations de retraite servies sous forme de capital ". Aux termes de l'article 80 duodecies du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " 1. Toute indemnité versée à l'occasion de la rupture du contrat de travail constitue une rémunération imposable, sous réserve des dispositions suivantes / Ne constituent pas une rémunération imposable : / () / 2° Les indemnités de licenciement ou de départ volontaire versées dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi au sens des articles L. 1233-32 et L. 1233-61 à L. 1233-64 du code du travail / () ".

4. Aux termes de l'article 136-1-1 du code de la sécurité sociale : " III.- Par dérogation au I, sont exclus de l'assiette de la contribution mentionnée à l'article L. 136-1 les revenus suivants : () 5° a) Indépendamment de leur assujettissement à l'impôt sur le revenu, les indemnités versées à l'occasion de la rupture du contrat de travail, dans la limite du plus petit des montants suivants : -le montant prévu par la convention collective de branche, l'accord professionnel ou interprofessionnel ou la loi si ce dernier est le plus élevé, ou, en l'absence de montant légal ou conventionnel pour le motif concerné, le montant de l'indemnité légale ou conventionnelle de licenciement ; -le montant fixé en application du 7° du II de l'article L. 242-1 du présent code. ".

5. Aux termes de l'article 156 du code général des impôts : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé eu égard aux propriétés et aux capitaux que possèdent les membres du foyer fiscal désignés aux 1 et 3 de l'article 6, aux professions qu'ils exercent, aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères dont ils jouissent ainsi qu'aux bénéfices de toutes opérations lucratives auxquelles ils se livrent, sous déduction : (..) II. - Des charges ci-après lorsqu'elles n'entrent pas en compte pour l'évaluation des revenus des différentes catégories : () 4° Versements effectués à titre de cotisations de sécurité sociale, à l'exception de ceux effectués pour les gens de maison ; (). ". Aux termes de l'article 83 du code général des impôts : " Le montant net du revenu imposable est déterminé en déduisant du montant brut des sommes payées et des avantages en argent ou en nature accordés : 1° Les cotisations de sécurité sociale () ".

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les sommes dont M. A demande la déduction constituent des prélèvements. Or, il résulte des dispositions de l'article 80 duodéciès du code général des impôts précitées, qu'en reconnaissant non imposable les indemnités versées dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi, le législateur a exclu la prise en compte de ces indemnités dans la catégorie des traitement et salaires comme n'étant pas, au sens de l'article 79 du code général des impôts, une indemnité concourant à la formation du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu. Par suite, les prélèvements en litige ne sauraient être déduits du revenu global sur le fondement des dispositions de l'article 83 du code général des impôts.

7. En second lieu, les prélèvements en litige qui ne relèvent d'aucune catégorie d'imposition puisqu'ils sont exonérés, sont déductibles sur le fondement des dispositions de l'article 156 du code général des impôts dès lors que, d'une part, ils ne sont pas susceptibles d'être pris en compte pour l'évaluation des revenus des différentes catégories et, d'autre part, qu'aucune disposition spéciale ne s'oppose à leur déductibilité du revenu net global. En outre, contrairement à la distinction opérée par l'administration fiscale entre les cotisations obligatoires et celles qui ne le sont pas en prononçant un dégrèvement partiel au titre d'une partie seulement des cotisations sociales, et alors qu'une telle distinction ne ressort ni des dispositions de l'article 156 du code général des impôts, ni d'aucune autre disposition, les cotisations supplémentaires des tranches B et C constituent des cotisations sociales qui doivent aussi être déduites du revenu global net sur le même fondement. Enfin, en revanche, n'entrent pas dans cette qualification, d'une part, la cotisation à l'Apec qui est recouvrée par les caisses de retraite complémentaires Agirc et Arrco pour les besoins de sa mission de service public d'accompagnement des cadres, et, d'autre part, la CSG, dès lors que les cotisation sociales, au sens de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale sont celles qui ont pour objet de financer les dépenses des couvertures visées aux articles L. 241-2 à 20 du code précité, or, la CSG comme la CRDS, classées dans le code général des impôts dans le chapitre " impôt directs et taxes assimilées est une " contribution " constituant une imposition de toute nature et non une cotisation de sécurité sociale au sens des dispositions constitutionnelles et législatives nationales. Par suite, c'est à tort que l'administration fiscale n'a pas accepté la déduction des cotisations des tranches B et C des cotisations sociales du revenu net global du requérant et, en revanche, c'est à bon droit qu'elle n'a pas accepté la déduction de la cotisation à l'Apec et la CSG appliquée à ses indemnités de licenciement.

S'agissant de la doctrine fiscale :

8. M. A ne saurait se prévaloir des principes de la doctrine fiscale référencés BOI-RSA-BASE-30-10-10 n° 10, BOI RSA-BASE-30-10- 20 n°125 et BOI-RSA-BASE-30-30 n°50 qui ne comportent pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application au point précédent. En effet, ces principes concernent les règles applicables aux revenus imposables dans la catégorie des traitements et salaires alors qu'ainsi qu'il a été dit, les indemnités de licenciement versées dans le cadre d'un plan social d'entreprise ne font pas partie des rémunérations imposables en vertu de l'article 80 duodéciès du code général des impôts.

En ce qui concerne l'inégalité de traitement des contribuables devant l'impôt :

9. Aux termes de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal () ".

10. M. A soutient que ceux de ses collègues qui ont quitté l'entreprise au mois d'avril 2020 ont perçu avant leur départ leur indemnité de licenciement et que la part salariale des cotisations sociales appliquées à ces indemnités a été déduite de leur revenu annuel. Toutefois, à supposer que M. A entende invoquer, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, le bénéfice d'une prise de position formelle de l'administration fiscale, d'une part, il se borne à des allégations et ne verse pas de pièce à l'instance de nature à établir ses dires, et, d'autre part, à supposer établie la déduction de la part salariale de telles cotisations, celle-ci ne peut être regardée comme une prise de position formelle par l'administration sur l'appréciation d'une situation de fait au sens de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à solliciter la déduction dans son revenu annuel imposable des cotisations supplémentaires des tranches B et C, soit une somme de 2 497,26 euros.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante pour l'essentiel, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A à concurrence du dégrèvement de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu d'un montant de 4 185 euros prononcé par le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde, au titre de l'année 2020.

Article 2 : La base de l'impôt sur le revenu fixée à M. A au titre de l'année 2020 est réduite à concurrence de la somme correspondant à la déduction des cotisations supplémentaires des tranches B et C soit une somme de 2 497,26 euros.

Article 3 : M. A est déchargé de la part de sa cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2020 correspondant à la réduction de la base d'imposition définie à l'article 2.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme C et Mme Fazi-Leblanc, premières conseillères,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

La rapporteure,

S. FAZI-LEBLANC

Le président,

D. FERRARILe greffier,

Y. JAMEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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