mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2203346 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge social |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 juin 2022, et deux mémoires en production de pièces, enregistrés le 29 juin et le 4 juillet 2022, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 12 mai 2022 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de Lot-et-Garonne lui a accordé une remise gracieuse partielle à hauteur de 417 euros de sa dette concernant un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 834 euros pour la période du 1er janvier au 31 mars 2022, en tant qu'il ne lui a pas été accordé une remise totale de sa dette.
Elle soutient que :
* elle est de bonne foi ;
* sa situation financière ne lui permet pas de rembourser sa dette.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2022, la caisse d'allocations familiales de Lot-et-Garonne, représentée par sa directrice, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
* le dossier de la requête doit être de nouveau présenté à la commission de recours amiable, avec l'indication d'une erreur commise par la caisse d'allocations familiales ; la requérante a ainsi été invitée à se désister de son recours ;
* les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
* le code de la construction et de l'habitation ;
* le code de la sécurité sociale ;
* le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Naud, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née en 1994, était bénéficiaire de l'allocation de logement familiale. Le 23 avril 2022, un indu d'un montant de 834 euros lui a été réclamé pour la période du 1er janvier au 31 mars 2022. Le 26 avril 2022, elle a sollicité la remise gracieuse de sa dette. Le 12 mai 2022, la directrice de la caisse d'allocations familiales de Lot-et-Garonne lui a accordé une remise gracieuse partielle de sa dette à hauteur de 417 euros. Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision en tant qu'il ne lui a pas été accordé une remise totale de sa dette.
2. Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, auquel renvoie l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " () / Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. / () ".
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
4. D'une part, il résulte de l'instruction que l'indu réclamé à Mme B a pour origine le changement de sa situation professionnelle à compter du 1er janvier 2022, à savoir en chômage indemnisé. S'il ressort de la décision attaquée que la responsabilité de l'allocataire a été retenue en raison d'une " déclaration tardive entre 3 et 6 mois ", la caisse d'allocations familiales reconnaît en défense que la requérante l'avait en réalité informée de son changement de situation dès le 3 janvier 2022. Dès lors, aucune manœuvre frauduleuse ou fausse déclaration ne saurait être retenue à l'encontre de la requérante, qui s'avère de bonne foi.
5. D'autre part, il ressort de la décision attaquée que le quotient familial de Mme B s'élève à 618 euros. Au titre de ses charges, elle justifie notamment d'un loyer de 550 euros hors charges. Son compagnon, M. D C, fait l'objet d'un dossier auprès de la commission de surendettement de Lot-et-Garonne. Au titre de leurs ressources, la requérante produit des attestations de Pôle emploi faisant état pour elle du versement de la somme de 4 063,85 euros du 11 février au 1er juin 2022 et pour son compagnon du versement de la somme de 5 285,15 euros du 3 janvier au 1er juin 2022. Mme B est ainsi dans l'incapacité de rembourser sa dette sans que cela ne compromette durablement l'équilibre de son budget et ne menace la satisfaction des besoins élémentaires de son foyer. Dans ces conditions, sa situation de précarité justifie que lui soit accordée la remise gracieuse totale de sa dette.
6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision de la directrice de la caisse d'allocations familiales de Lot-et-Garonne en date du 12 mai 2022 en tant qu'il ne lui a pas été accordé une remise totale de sa dette.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision de la caisse d'allocations familiales de Lot-et-Garonne en date du 12 mai 2022 est annulée, en tant qu'il ne lui a pas été accordé une remise totale de sa dette.
Article 2 : Il est accordé à Mme B une remise totale de sa dette d'un montant de 834 euros au titre d'un indu d'allocation de logement familiale pour la période du 1er janvier au 31 mars 2022.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement. Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de Lot-et-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
G. NAUD
La greffière,
C. AHIN
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026