jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2203374 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 juin 2022 et le 31 janvier 2023, M. et Mme A, représentés par Me Prest, demandent au tribunal :
1°) d'annuler les deux mises en demeure du 11 février 2022 par lesquelles le directeur départemental des finances publiques de Lot-et-Garonne leur a réclamé le paiement de la somme de 123 941,18 euros correspondant à des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2006, 2007 et 2008 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que ces créances sont prescrites.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2022, le directeur départemental des finances publiques de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête n'est pas fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2006, 2007 et 2008, à l'issue duquel l'administration a mis à leur charge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales ainsi que l'amende fiscale prévue par le IV de l'article 1736 du code général des impôts en raison de plusieurs comptes bancaires non déclarés détenus en Norvège. Par jugement du 17 février 2015, le tribunal a réduit la base d'imposition de M. et Mme A à hauteur de 48 000 euros au titre de l'année 2007, a prononcé la décharge de l'amende fiscale et a rejeté le surplus de leur demande. Ce jugement a été confirmé par un arrêt du 14 mars 2017 de la cour administrative d'appel de Bordeaux. M. et Mme A doivent être regardés comme demandant au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme totale de 123 941,18 euros procédant de deux mises en demeure valant commandement de payer émises le 11 février 2022 par le comptable public en vue du recouvrement des impositions laissées à leur charge au motif de la prescription de l'action en recouvrement.
2. Aux termes de l'article L. 274 du livre de procédures fiscales : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. () ". Aux termes de son article L. 277 : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. () ". Aux termes de l'article 2241 du code civil : " La demande en justice, même en référé, interrompt le délai de prescription ainsi que le délai de forclusion. ". En vertu de l'article 2244 de ce code civil, le délai de prescription est également interrompu par un acte d'exécution forcée.
3. D'une part, il résulte de l'instruction que le délai de prescription prévu par l'article L. 274 du livre des procédures fiscales a commencé à courir à compter de la mise en recouvrement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux intervenue les 30 septembre 2011 et 31 décembre 2011. En application de l'article L. 277 de ce livre, ce délai a été interrompu par la présentation d'une réclamation préalable le 12 mai 2012 assortie d'une demande de sursis de paiement. Conformément aux dispositions de l'article 2241 du code civil, il a été interrompu pendant l'instance introduite devant le tribunal et la cour administrative d'appel, et a recommencé à courir à la date de notification de l'arrêt rendu par la cour le 14 mars 2017. Par suite, la circonstance, à la supposer même établie, que la mise en demeure valant commandement de payer émise le 21 octobre 2015, soit antérieurement à la notification de cet arrêt, n'aurait pas été régulièrement notifiée aux requérants est sans incidence sur le délai de prescription.
4. D'autre part, si les requérants contestent la régularité de la notification de la mise en demeure émise le 13 août 2019, il résulte également de l'instruction que celle-ci leur a été expédiée à leur adresse en Suède, obtenue après demande d'assistance des autorités norvégiennes, dont ils n'établissent pas le caractère erroné, et que le pli contenant cette mise en demeure a été retourné à l'administration le 26 septembre 2019 revêtu de la mention " unclaimed ", la circonstance que la date à laquelle le pli a été présenté au domicile des requérants n'ait pas été mentionnée par les services postaux suédois, auxquels les dispositions de l'article R. 256-7 du livre des procédures fiscales ne sont pas applicables, étant sans incidence.
5. Il s'ensuit que les créances litigieuses étaient toujours exigibles lorsque deux mises en demeure valant commandement de payer leur ont de nouveau été notifiées le 23 février 2022, et que le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement doit être écarté, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité.
6. Les conclusions par lesquelles M. et Mme A sollicitent la décharge de l'obligation de payer les impositions dont ils sont redevables, de même que celles tendant à la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 761-1 du CJA doivent en conséquence être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et au directeur départemental des finances publiques de Lot-et-Garonne.
Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme C et Mme B, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
La rapporteure,
E. C
Le président,
D. FERRARI La greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026