mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2203452 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | TANDONNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 juin 2022 et des mémoires complémentaires enregistrés les 9 février 2023 et 26 juin 2023, M. C D et Mme A E épouse D, représentés par Me Castera, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de la commune de Saint-Front-sur-Lémance sur leur recours formé le 22 février 2022 tendant à ce que des mesures de police soient prises face aux nuisances lumineuses subies par les riverains du nouveau système d'éclairage public ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Front-de-Lémance de modifier l'éclairage public au droit des propriétés riveraines dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Front-sur-Lémance une somme de 3 000 euros à leur verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le rapport d'expertise dont le maire de la commune de Saint-Front-sur-Lemance se prévaut n'a pas été établi dans le respect du principe du contradictoire ;
- l'expertise n'a pas été menée en période nocturne ;
- elle ne prend pas en compte les phénomènes de halo et de réverbération de la lumière ;
- l'éclairage méconnaît les dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2018 relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses, qui impose une valeur nominale de la proportion de lumière au-dessus de l'horizontale des luminaires strictement inférieure à 1% en agglomération et hors agglomération ;
- la commune utilise des éclairages de type B (mise en valeur), y compris hors saison touristique et soirées " évènement lumière ", alors qu'elle devrait alors utiliser des éclairages de type A (sécurité) ;
- leur maison n'étant pas un édifice classé, les éclairages de type B (mise en valeur) ne sont pas appropriés ;
- le maire de la commune aurait dû faire usage de ses pouvoirs de police administrative pour prescrire les mesures nécessaires à la tranquillité des riverains.
Par trois mémoires en défense enregistrés les 26 septembre 2022, 16 mars 2023 et 30 août 2023, la commune de Saint-Front-sur-Lémance, représentée par Me Tandonnet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code du patrimoine ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- l'arrêté du 27 décembre 2018 relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses, modifié par l'arrêté du 29 mai 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Brouard-Lucas, présidente-rapporteure ;
- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Duchadeau, représentant M. et Mme D et F, représentant la commune de Saint-Front-sur-Lémance.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D et Mme A E épouse D sont propriétaires d'une maison d'habitation située sentier de Bonaguil, à Saint-Front-sur-Lémance. Ils louent à titre gratuit cet immeuble à leur fille, Mme B D. Entre 2019 et 2021, la communauté de communes Fumel-Vallée-du-Lot a mené des travaux d'aménagement du sentier menant au château médiéval consistant, notamment, en l'installation d'éclairages publics. Par courrier du 10 février 2022, réceptionné le 22 février 2022, les époux D ont sollicité du maire de la commune de Saint-Front-sur-Lémance qu'il prenne des mesures pour mettre un terme aux nuisances lumineuses subies en raison de ces nouveaux éclairages. Ils demandent l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire sur cette demande.
2. En premier lieu, d'une part il ressort des pièces du dossier que Mme D était présente, assistée d'un expert mandaté par son assureur responsabilité civile, lors de la réunion d'expertise réalisée par l'assureur de la commune qui s'est tenue le 4 janvier 2021 et d'autre part, que les requérants ont été mis à même de discuter des résultats de cette expertise, qui peut dès lors être prise en compte dans la présente instance. En outre, s'ils font valoir que cette expertise réalisée en plein jour et qui ne prend pas en compte les effets de halos et de réverbération n'est pas pertinente, la commune produit un constat d'huissier réalisé de nuit le 8 août 2023 qui a été soumis au contradictoire.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, () ". Il résulte de ces dispositions que le maire, responsable de l'ordre public sur le territoire de sa commune, se doit de prendre les mesures de police générale nécessaires au bon ordre, à la sûreté, à la sécurité et à la salubrité publiques en application de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales.
4. D'autre part, l'article L. 583-1 du code de l'environnement prévoit que : " Pour prévenir ou limiter les dangers ou troubles excessif aux personnes et à l'environnement causés par les émissions de lumière artificielle et limiter les consommations d'énergie, des prescriptions peuvent être imposées, pour réduire ces émissions, aux exploitants ou utilisateurs de certaines installations lumineuses, sans compromettre les objectifs de sécurité publique et de défense nationale ainsi que de sûreté des installations et ouvrages sensibles. ". Cette police administrative spéciale donne lieu à des arrêtés pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 583-2 de code de l'environnement, dont le respect relève par principe de la compétence du maire en application des dispositions de l'article L. 583-3 de ce même code.
5. Enfin, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 27 décembre 2018 relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses : " Le présent arrêté s'applique aux installations d'éclairage : a) Extérieur destiné à favoriser la sécurité des déplacements, des personnes et des biens et le confort des usagers sur l'espace public ou privé, en particulier la voirie, à l'exclusion des dispositifs d'éclairage et de signalisation des véhicules, de l'éclairage des tunnels, aux installations d'éclairage établies pour assurer la sécurité aéronautique, la sécurité ferroviaire et la sécurité maritime et la sécurité fluviale ; b) De mise en lumière du patrimoine, tel que défini à l'article L. 1 du code du patrimoine, du cadre bâti, ainsi que des parcs et jardins privés et publics accessibles au public ou appartenant à des entreprises, des bailleurs sociaux ou des copropriétés () " . Aux termes de l'article 3 de cet arrêté " () II. - Les installations d'éclairage visées à l'article 1er du présent arrêté sont équipées de luminaires assurant les prescriptions suivantes : 1° Pour les éclairages extérieurs définis au a et les parcs de stationnement définis au e de l'article 1er, les gestionnaires s'assurent que la valeur nominale de la proportion de lumière émise par le luminaire dont ils font l'acquisition au-dessus de l'horizontale est strictement inférieure à 1 %, en agglomération et hors agglomération. Sur site, l'installation d'éclairage respecte les conditions de montage recommandées par le fabricant et en tout état de cause assure une proportion de lumière émise au-dessus de l'horizontale strictement inférieure à 4 %. () ". Aux termes de l'article L. 1 du code du patrimoine : " Le patrimoine s'entend, au sens du présent code, de l'ensemble des biens, immobiliers ou mobiliers, relevant de la propriété publique ou privée, qui présentent un intérêt historique, artistique, archéologique, esthétique, scientifique ou technique () ".
6. Il ressort des écritures des requérants et de la fiche descriptive librement consultable en ligne que le château de Bonaguil et son village constituent un site inscrit et que la maison des requérants est incluse dans ce site. Ainsi, les éclairages en litige, qui ont un objectif de mise en valeur du château de Bonaguil et de ses abords immédiats, ne sont pas soumis aux prescriptions du II de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2018 relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses qui ne s'appliquent pas à la mise en valeur du patrimoine définie au b) de l'article 1er de cet arrêté. Par suite, et quand bien même cet éclairage aurait également un objectif de sécurité publique, le moyen tiré de ce qu'il ne respecterait pas ces dispositions doit être écarté. Il en est de même du moyen tiré de ce que l'utilisation d'éclairages relevant de ce b) devrait être limitée à la saison touristique, ces dispositions ne prévoyant pas de modulation dans le temps, alors en outre qu'il ressort des éléments techniques communiqués par l'entreprise Quartiers Lumière qui a réalisé le projet d'éclairage, que " par souci de limitation des nuisances lumineuses, les encastrés sol présents sur le projet ne sont utilisés que lors des saisons touristiques et donc pour accompagner les soirées évènements lumière et sont coupés hors saison touristique ".
7. En troisième lieu, les époux D soutiennent qu'ils subissent une pollution lumineuse nocturne depuis les travaux de mise en valeur du site réalisés en 2020 et 2021 du fait de la présence de deux spots dirigés vers le haut, trois carrés lumineux sans casquette qui éclaireraient directement leur maison et deux candélabres avec six éclairages sans abat-jour situés sur la place du village qui créeraient un phénomène d'éblouissement et de halo. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'expertise réalisée le 4 janvier 2021 et du constat d'huissier réalisé de nuit le 8 août 2023 qu'aucun des luminaires installés sur le chemin de Bonaguil n'éclaire directement la façade ou les fenêtres de la maison des requérants et que les candélabres publics, situés en contre-bas et à plus de trente mètres de distance ne peuvent provoquer un éclairage direct de la maison. Ce constat conclut globalement à un éclairage " tout juste suffisant ". Par ailleurs, il ressort des pièces produites que cet éclairage est interrompu de 1 heure à 6 heures du matin, et que " par souci de limitation des nuisances lumineuses, les encastrés sol présents sur le projet ne sont utilisés que lors des saisons touristiques ". Il a également été constaté par l'expert que les chambres situées au premier étage de la maison des requérants disposent de volets occultants en bon état d'usage. Par ailleurs, alors que plusieurs riverains indiquent que les niveaux de luminosité ne sont pas très élevés et ne génèrent aucune gêne dans leurs logements, les clichés produits par les requérants ne permettent pas, en l'absence de précisions techniques sur la présence de flash ou de correcteurs de luminosité, de justifier du niveau de luminosité excessif qu'ils invoquent, ni d'ailleurs du positionnement exact des luminaires en cause. Enfin, ils ne produisent aucun élément de nature à établir la situation existant à l'intérieur de leur maison. Par suite, en l'absence de nuisance excessive résultant de cet aménagement, le maire de la commune de Saint-Front-sur-Lemance n'a pas fait une inexacte application de ces dispositions en rejetant la demande des requérants.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de la commune de Saint-Front-sur-Lemance sur la demande formée le 22 février 2022 par M. et Mme D doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Front-de-Lémance qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. et Mme D demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme D le versement à la commune de Saint-Front-de-Lémance d'une somme de 1 500 euros au titre de ces mêmes dispositions. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. La demande formée par la commune de Saint-Front-de-Lémance au titre de l'indemnisation des dépens doit donc être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.
Article 2 : M. et Mme D verseront une somme de 1 500 euros à la commune de Saint-Front-de-Lémance au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Saint-Front-sur-Lemance est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Mme A E épouse D et au maire de la commune de Saint-Front-sur-Lemance.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Brouard-Lucas, présidente-rapporteure,
M. Bourdarie, premier conseiller,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
Le premier assesseur,
H. BOURDARIE La présidente-rapporteure,
C. BROUARD-LUCAS
La greffière,
A . JAMEAU
La République mande et ordonne au préfet Lot-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°220345
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026