jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2203469 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | RECALDE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 juin 2022 et le 28 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Recalde, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 13 janvier 2021, du 30 avril 2021, du 18 novembre 2021, du 27 avril 2022 et du 12 juin 2022 par lesquelles le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde a refusé de lui accorder le bénéfice d'une aide au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 ;
2°) d'enjoindre au directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde de lui verser cette aide pour les mois d'octobre 2020 à mars 2021 ou, à défaut, de réexaminer sa situation, l'ensemble dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les décisions des 13 janvier 2021, 30 avril 2021 et 18 novembre 2021 :
- la compétence de l'auteur de ces décisions n'est pas établie ;
- ces décisions ne sont pas motivées ;
- ces décisions sont entachées d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision du 27 avril 2022 :
- la compétence de l'auteur de cette décision n'est pas établie ;
- cette décision est entachée d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision du 12 juin 2022 :
- cette décision n'est pas motivée ;
- cette décision est entachée d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 août 2022, le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête n'est pas fondée.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office, tirés de l'irrecevabilité des conclusions d'annulation dirigées contre la décision implicite de refus du 12 juin 2022, qui n'existe pas car la demande a fait l'objet d'une décision explicite de refus le 27 avril 2022 et de l'irrecevabilité des conclusions d'annulation dirigées contre les décisions des 13 janvier 2021, 30 avril 2021 et 18 novembre 2021 présentées au-delà du délai raisonnable d'un an après leur notification.
Mme A a présenté des observations en réponse à ces informations, qui ont été enregistrées le 5 juin 2024.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 6 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n°2020-317 du 25 mars 2020 ;
- le décret n°2020-371 du 30 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public,
- et les observations de Me Recalde, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A demande au tribunal d'annuler les décisions du 13 janvier 2021, du 30 avril 2021, du 18 novembre 2021, du 27 avril 2022 et du 12 juin 2022 par lesquelles le directeur régional des finances publiques de Nouvelle Aquitaine et du département de la Gironde a rejeté ses demandes d'aide au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 présentées au titre des mois d'octobre, novembre et décembre 2020, et de janvier à mars 2021.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ". Il résulte de ces dispositions que lorsque la notification ne comporte pas les mentions requises, ce délai n'est pas opposable ;
3. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
4. S'il est exact que les décisions des 13 janvier 2021, 30 avril 2021 et 18 novembre 2021 ne comportent pas la mention des voies et délais de recours, il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante en a reçu notification par l'intermédiaire de son espace personnel sur le site internet impots.gouv.fr et qu'elle les produit ou en fait état à l'appui de sa requête, de sorte qu'elle a eu connaissance de la naissance de ces trois décisions au plus tard à la date d'enregistrement de cette requête le 26 juin 2022. Il s'ensuit que ses conclusions tendant à en obtenir l'annulation, qui n'ont été explicitement présentées au tribunal que le 28 mai 2024, à l'occasion de la production d'un mémoire en réplique, sont tardives et doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 27 avril 2022 et de la décision implicite du 12 juin 2022 restant en litige :
5. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " Il est institué, jusqu'au 31 décembre 2021, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation () ". L'article 3 de la même ordonnance précise que : " Un décret fixe le champ d'application du dispositif, les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant ainsi que les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds. () ".
6. Les dispositions du décret n°2020-371 du 30 mars 2020 modifié subordonnent notamment l'octroi de l'aide financière prévue par l'ordonnance précitée à " l'absence de dette fiscale ou sociale impayée au 31 décembre 2019, à l'exception de celles qui, à la date de dépôt de la demande d'aide prévue par le présent décret, ont été réglées ou sont couvertes par un plan de règlement. " et au dépôt de la demande d'aide au plus tard le 31 décembre 2020 pour le mois d'octobre 2020, le 31 janvier 2021 pour le mois de novembre 2020, le 28 février 2021 pour le mois de décembre 2020, le 31 mars 2021 pour le mois de janvier 2021, le 30 avril 2021 pour le mois de février 2021 et le 31 mai 2021 pour le mois de mars 2021.
7. Il est constant que la société requérante était redevable au 31 décembre 2019 d'une dette de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 2 103 euros sans que cette dette ait fait l'objet d'un plan de règlement approuvé par l'administration aux dates limites de dépôt des demandes d'aide présentées au titre des mois d'octobre, novembre et décembre 2020. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a rejeté, par sa décision explicite du 27 avril 2022 et par sa décision implicite du 12 juin 2022, les demandes d'aide présentées par la requérante au titre des mois concernés.
8. Il ressort toutefois des pièces produites par Mme A, non contredites par l'administration, que celle-ci a procédé le 8 janvier 2020 à un règlement de 567 euros, et le 30 mars 2021 à un règlement de 410,70 euros et de 756 euros, ramenant sa dette de taxe sur la valeur ajoutée à un montant inférieur à 1 500 euros aux dates limites de dépôt des demandes d'aide présentées au titre des mois de janvier, février et mars 2021. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que l'administration a commis une erreur d'appréciation en lui refusant le bénéfice de l'aide en cause au titre des mois de janvier, février et mars 2021 et que sa décision du 27 avril 2022 doit, dans cette mesure seulement, être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'Etat verse à Mme A l'aide du fonds de solidarité au titre des mois de janvier, février et mars 2021 dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Recalde, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me Recalde de la somme de 1 500 euros.
DECIDE :
Article 1er : La décision du 27 avril 2022 est annulée en tant qu'elle refuse à Mme A le versement de l'aide du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 au titre des mois de janvier à mars 2021.
Article 2 : Il est enjoint à l'Etat de verser à Mme A l'aide du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 au titre des mois de janvier à mars 2021 dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à Me Recalde, avocate de Mme A, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me recalde renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde et à Me Recalde.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme D et Mme C, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
E. D
Le président,
D.FERRARI La greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026