jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2203494 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL LEGIGARONNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juin 2022, M. B, représenté par Me Girardeau, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2019 ;
2°) de rectifier ses déficits fonciers au titre des années 2017 et 2018 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les transformations effectuées dans l'immeuble 5 sont similaires à celles effectuées dans l'immeuble 2, la nature des travaux est par conséquent la même, le montant des travaux de l'immeuble 5 doit donc être déduit selon la même méthode de répartition retenue par le service vérificateur pour l'immeuble 2 en 2017, la surface agrandie n'ayant pas fait l'objet de travaux de reconstruction, ces travaux sont ainsi estimés à 130 440 euros ;
- selon la même logique que celle admise pour les travaux de l'immeuble 2 en 2017, les travaux de l'immeuble 1 effectués en 2017 et des immeubles 4 et 5 effectués en 2018 doivent être acceptés en dépenses déductibles du revenu foncier, soit respectivement 25 093 euros, 80 009 euros et 79 229 euros et le revenu foncier doit être corrigé en conséquence ;
Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2023, le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le tribunal a adressé le 11 avril 2024 à la direction régionale des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde une demande de pièces pour compléter l'instruction. Ces pièces, réceptionnées le 12 avril 2024 ont été communiquées le même jour à M. B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, domicilié à Agen (Lot-et-Garonne) a acquis entre 2016 et 2018 cinq immeubles sis à Agen dans lesquels il a fait réaliser des travaux qu'il a portés en déduction de ses revenus fonciers au titre des années 2017, 2018 et 2019. A la suite d'un contrôle sur pièces, l'administration fiscale a remis en cause le caractère déductible de certaines dépenses de travaux considérant qu'il s'agissait de travaux de construction, reconstruction et aménagement et non de travaux d'amélioration, ainsi que, par suite, les déficits fonciers déclarés. Le 24 mars 2021, elle a adressé à M. B une proposition de rectification par laquelle elle a corrigé ses revenus nets fonciers déclarés au titre des années 2017, 2018 et 2019 et elle a calculé les incidences en matière d'impôt sur le revenu et cotisations sociales. A l'issue de la procédure contradictoire, par un avis daté du 31 janvier 2022, l'administration fiscale a mis en recouvrement une somme de 76 179 euros au titre de l'année 2019. A la suite du rejet de sa réclamation contentieuse, M. B demande au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales qui ont été mises à sa charge au titre des revenus 2019 et la correction de ses déficits fonciers pour les années 2017 et 2018.
Sur les conclusions à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2019 :
2. Aux termes de l'article 31 du code général des impôts : " I. Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : / a) Les dépenses de réparation et d'entretien effectivement supportées par le propriétaire () / b) Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux d'habitation, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement () / 2° Pour les propriétés rurales : / a) Les dépenses énumérées aux a à e du 1°()". Au sens de ces dispositions, doivent être regardés comme des travaux de reconstruction ceux qui comportent la création de nouveaux locaux d'habitation, ou qui ont pour effet d'apporter une modification importante au gros œuvre, ainsi que les travaux d'aménagement interne qui, par leur importance, équivalent à des travaux de reconstruction, et, comme des travaux d'agrandissement, ceux qui ont pour effet d'accroître le volume ou la surface habitable des locaux existants.
3. Les dépenses mentionnées au I de l'article 31 du code général des impôts précité ne peuvent être déduites du revenu foncier brut que dans la mesure où, notamment, les charges alléguées sont dûment justifiées, se rapportent à des immeubles dont les revenus sont imposables dans la catégorie des revenus fonciers, sont effectivement supportées par le propriétaire et sont engagées en vue de l'acquisition ou de la conservation du revenu.
4. Les dépenses de réparation, d'entretien ou d'amélioration doivent notamment, pour être admises en déduction, avoir été effectuées par le propriétaire, réellement payées au cours de l'année d'imposition, et il appartient au contribuable de justifier de la réalité, de la consistance et, par suite, du caractère déductible de ces charges en produisant des pièces justificatives, qui sont constituées de factures, de plans, de photographies et de tous autres éléments permettant d'établir avec précision la nature, le montant et la réalité de la charge supportée.
5. Il résulte de l'instruction que M. B a acquis le 28 mai 2018 un immeuble sis au 205 rue Lamennais à Agen, dit " immeuble 5 ", correspondant à une maison d'habitation avec sous-sol, rez-de-chaussée, un premier étage et un second étage consistant en un grenier et des combles non aménagés et qu'il a fait effectuer des travaux de transformation de cette maison en douze appartements, quatre au rez-de-chaussée et quatre par étages. M. B a déduit de ses revenus fonciers au titre de l'année 2019, la part des dépenses de travaux correspondant aux travaux effectués dans la partie non agrandie de l'immeuble, le rez-de-chaussée et le premier étage. Pour calculer les dépenses afférentes à cette part de travaux, il a appliqué au total des dépenses de travaux dont il indique avoir justifié des factures auprès de l'administration fiscale, le prorata de la surface de l'immeuble qui n'a pas fait l'objet d'un agrandissement.
6. D'une part, il est constant que lesdits travaux ont consisté en un réaménagement total de l'intérieur de l'immeuble, avec modification des cloisons intérieures, installation de sanitaires et salle de bains au sein de chaque appartement. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que M. B n'a pas déduit les dépenses de travaux de deux appartements et deux chambres situés au deuxième étage dans les anciens combles précédemment non habitables. L'administration fiscale, qui ne conteste ni le montant des travaux réalisés, ni qu'ils n'ont pas modifié le gros œuvre, a considéré que leur ampleur caractérisait des travaux de reconstruction et elle a refusé la déduction des charges correspondant aux travaux afférents à cet immeuble, y compris ceux déductibles par nature mais estimés indissociables de l'opération d'ensemble. Toutefois, s'agissant de travaux dont il n'est pas contesté qu'ils n'ont ni modifié le gros œuvre, ni permis l'agrandissement de la surface habitable, alors que l'administration fiscale ne fait pas valoir que les travaux en litige ne seraient pas déductibles par nature, étant relevé que l'affectation des locaux n'a pas été modifiée, et nonobstant le coût des travaux au regard du prix d'acquisition de l'immeuble, les travaux effectués par M. B sur ces deux étages constituent des travaux de rénovation et d'aménagement.
7. D'autre part, M. B soutient qu'il est fondé à déduire les travaux réalisés dans l'immeuble 5 de ses revenus fonciers, au prorata de la surface qui n'a pas fait l'objet d'un agrandissement. Toutefois, tout d'abord, M. B ne saurait se prévaloir de ce que l'administration fiscale aurait accepté cette même méthode de calcul pour l'immeuble 2 dès lors que le calcul au prorata des surfaces a été utilisé dans un cas qui n'est pas similaire, pour distinguer la surface des locaux commerciaux de la surface des locaux à usage d'habitation. En outre, il résulte des principes rappelés aux points 3 et 4 qu'il appartient à M. B de produire les justificatifs permettant d'identifier les dépenses de travaux inhérentes aux travaux réalisés pour les appartements aménagés au rez-de-chaussée et premier étage. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait produit un récapitulatif de ces seules dépenses et il ne contredit pas l'administration fiscale qui fait valoir des incohérences dans les montants de travaux déclarés. Dans ces conditions, compte tenu de l'impossibilité, en l'état actuel du dossier, d'identifier les dépenses inhérentes aux travaux des appartements du rez-de-chaussée et du premier étage, c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé à M. B de déduire des dépenses de travaux et qu'elle l'a assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et prestations sociales au titre de l'année 2019.
8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à contester les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2019.
Sur les conclusions tendant à la correction des déficits fonciers au titre des années 2017 et 2018 :
En ce qui concerne le revenu foncier net de l'année 2017 :
9. Il résulte de l'instruction que M. B a acquis un immeuble au 92 cours Victor Hugo à Agen le 16 mars 2016, dit " immeuble 1 ", immeuble d'habitation composé initialement de chambres, cuisine, salle-de-bain, dans lequel il a effectué des travaux pour aménager cinq appartements destinés à la location et qu'il a déduit ces travaux de ses revenus fonciers pour une somme de 25 093 euros au titre de l'année 2017. D'une part, s'agissant de travaux dont il n'est pas contesté par l'administration fiscale qu'ils n'ont pas touché le gros œuvre mais ont consisté dans le réaménagement des cloisons intérieures, et l'installation de sanitaires pour chaque appartement, et nonobstant le coût de ces travaux au regard du prix d'acquisition de l'immeuble, ils doivent être qualifiés de travaux de rénovation et d'aménagement. D'autre part, il résulte de l'instruction que la surface initiale de la maison était de 160 m² et que la surface habitable de l'immeuble, après travaux est de 272 m². L'administration fiscale ne fait pas valoir que les travaux en litige réalisés pour les appartements localisés sur la surface déjà habitable de l'immeuble ne sont pas dissociables de l'ensemble. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait produit les factures propres à ces travaux, ni même un tableau récapitulatif. Il ne saurait se prévaloir d'une méthode consistant à définir ce coût au prorata des mètres carrés habitables appliqué au montant total des dépenses de travaux dès lors qu'elle a été acceptée par l'administration fiscale pour l'immeuble 2 pour des besoins différents et qu'elle ne répond pas aux principes rappelés aux points 3 et 4. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé de déduire le montant de 25 093 euros de travaux réalisés pour l'immeuble sis au 92 cours Victor Hugo des revenus fonciers bruts de M. B au titre de l'année 2017.
En ce qui concerne le revenu foncier net de l'année 2018 :
10. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B a acquis un immeuble au 97, avenue du Général de Gaulle à Agen le 11 décembre 2017, dit " immeuble 4 ", immeuble d'habitation sur quatre niveaux, cave, rez-de-chaussée et deux étages composé initialement de chambres, cuisine, salle-de-bain, dans lequel il a effectué des travaux pour aménager six appartements destinés à la location, qu'il a déduit de ses revenus fonciers pour une somme de 80 009 euros au titre de l'année 2018. D'une part, s'agissant de travaux dont il n'est pas contesté par l'administration fiscale qu'ils n'ont pas touché le gros œuvre mais ont consisté dans le réaménagement des cloisons intérieures, et l'installation de sanitaires pour chaque appartement, et nonobstant le coût de ces travaux au regard du prix d'acquisition de l'immeuble, ils doivent être qualifiés de travaux de rénovation et d'aménagement. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'habitation initiale comportait des combles et il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait produit les factures propres aux travaux relatifs à la surface déjà habitable de la maison initiale, ni même un tableau récapitulatif. Il ne saurait se prévaloir d'une méthode consistant à définir ce coût au prorata des mètres carrés habitables appliqué au montant total des dépenses de travaux dès lors qu'elle a été acceptée par l'administration fiscale pour l'immeuble 2 pour des besoins différents et qu'elle ne répond pas aux principes rappelés aux points 3 et 4. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé de déduire le montant de 80 009 euros de travaux réalisés pour l'immeuble sis au 97, avenue du Général de Gaulle des revenus fonciers bruts de M. B au titre de l'année 2018.
11. En second lieu, s'agissant de l'immeuble 5 sis au 205, rue Lamennais à Agen, M. B a déduit 79 229 euros de ses revenus fonciers bruts au titre des travaux effectués en 2018. Toutefois, s'il s'agit de travaux d'aménagement pour la partie de l'immeuble qui n'a pas fait l'objet d'un agrandissement, en revanche, M. B ne produit pas les justificatifs propres aux travaux relatifs à cette partie de l'immeuble. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé de déduire ce montant du revenu foncier brut de M. B au titre de l'année 2018.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B, en l'état des pièces du dossier, n'est pas fondé à solliciter la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales auxquelles il a été assujetti pour l'année 2019, ni à solliciter la déduction de ses revenus fonciers bruts au titre de 2017 et 2018 des dépenses de travaux effectués pour les sommes, respectivement, de 25 093 euros et de 159 238 euros.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme C et Mme Fazi-Leblanc, premières conseillères,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
La rapporteure,
S. FAZI-LEBLANC
Le président,
D. FERRARILa greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026