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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203625

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203625

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203625
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP GRAVELLIER - LIEF - DE LAGAUSIE - RODRIGUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 juillet 2022 et le 1er octobre 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Gironde, représentée par Me Bénédicte de Boussac-Di Pace, avocate, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux à lui verser la somme totale de 11 643,54 euros en remboursement des prestations versées pour le compte de son assuré M. B A ;

2°) de condamner le CHU de Bordeaux à lui verser la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion en application des dispositions des articles 9 et 10 de l'ordonnance n° 96-51 du 24 janvier 1996 ;

3°) de mettre à la charge du CHU de Bordeaux la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et la somme de 13 euros au titre des droits de plaidoirie.

Elle soutient que :

- la responsabilité du CHU de Bordeaux doit être engagée du fait de l'infection nosocomiale contractée par M. A au décours de l'intervention d'ostéosynthèse par plaque réalisée le 16 mars 2011 ;

- sa créance définitive s'élève à la somme totale de 11 643 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 septembre 2022 et 29 juillet 2024, le CHU de Bordeaux, représenté par Me de Lagausie, avocate, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) au rejet de la requête de la CPAM de la Gironde ;

2°) au rejet des conclusions présentées par M. A ;

3°) et à ce qu'il soit mis à la charge de la CPAM de la Gironde la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions indemnitaires de M. A sont irrecevables en l'absence de liaison du contentieux ;

- l'action de la CPAM de la Gironde est prescrite en application des dispositions de l'article L. 1142-28 du code de la santé publique dès lors que la consolidation de l'état de santé de M. A est intervenue le 1er mai 2012 ;

- l'action de M. A est prescrite dès lors qu'il avait jusqu'au 20 mars 2024 pour saisir la juridiction ;

- l'infection subie par M. A, survenue plus de dix mois après l'intervention chirurgicale, qui résulte d'une cause étrangère à sa prise en charge, ne présente pas le caractère d'une infection nosocomiale ;

- les experts n'ont retenu aucun préjudice esthétique temporaire et sa demande tendant à l'indemnisation des souffrances endurées est surévaluée.

Par un mémoire, enregistré le 18 juillet 2024, M. A demande au tribunal de condamner le CHU de Bordeaux à lui verser la somme globale de 7 753 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.

Il soutient que :

- il a été victime d'une infection nosocomiale à la suite de l'intervention chirurgicale du 16 mars 2011 pratiquée au CHU de Bordeaux ;

- le CHU de Bordeaux doit être condamné à lui verser les sommes de 161 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total, 161 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel, 1 000 euros au titre du préjudice esthétique, 4 000 euros au titre des souffrances endurées et 2 431 euros au titre de l'assistance par une tierce personne.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ballanger,

- les conclusions de M. Roussel Cera, rapporteur public,

- et les observations de Me de Lagausie, représentant le CHU de Bordeaux.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 16 janvier 1962, a présenté un traumatisme de la cheville par écrasement le 4 mars 2011, caractérisé par une fracture de la malléole externe déplacée avec pied œdématié, nécessitant que soit réalisée le 16 mars suivant une ostéosynthèse par plaque au centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux. Le 6 décembre 2011, la fracture de M. A est consolidée mais sa cicatrice présente une adhérence cutanée. Le 31 janvier 2012, le patient est hospitalisé aux urgences du CHU de Bordeaux où, en raison d'une collection inflammatoire de la cheville en partie basse de la cicatrice, une mise à plat d'un abcès sous rachianesthésie avec ablation du matériel d'ostéosynthèse est réalisée le 1er février 2012. Les prélèvements biologiques effectués mettent en évidence la présence de staphylococcus aureus métis S. Face à la persistance d'un écoulement, M. A est hospitalisé le 16 mars 2012 dans le service de maladies infectieuses du CHU de Bordeaux où une bi-antibiothérapie lui est prescrite, puis de nouveau le 24 avril 2012, où il est constaté que la cicatrisation de M. A est acquise et que son état est apyrétique. La poursuite d'une antibiothérapie pour une semaine supplémentaire est alors prescrite.

2. Saisie par M. A le 7 novembre 2012, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) d'Aquitaine, après avoir désigné un collège d'experts qui a remis son rapport le 29 novembre 2013, s'est déclarée incompétente, par un avis du 20 mars 2014, pour se prononcer sur l'indemnisation de ses préjudices en lien avec l'infection contractée au décours de l'intervention chirurgicale du 16 mars 2011, compte tenu des seuils de gravité évalués. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) s'est rapprochée de la SHAM, assureur du CHU de Bordeaux, laquelle a refusé par courrier du 3 mars 2017 de prendre en charge les conséquences de l'infection contractée par M. B A. Par un courrier du 22 juin 2022, la CPAM de la Gironde a sollicité le remboursement des frais qu'elle a engagés au profit de son assuré par le CHU de Bordeaux qui a implicitement rejeté sa demande. Par sa requête, la CPAM de la Gironde demande au tribunal de condamner le CHU de Bordeaux à lui rembourser les débours qu'elle a exposés au profit de son affilié, M. A, à hauteur de 11 643,54 euros. M. A demande au tribunal de condamner le CHU de Bordeaux à lui verser la somme globale de 7 753 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en lien avec l'infection nosocomiale contractée au décours de l'intervention chirurgicale du 16 mars 2011.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

3. Il résulte des dispositions des articles R. 421-1 et R. 421-2 du code de justice administrative, d'une part, et des articles L. 1142-7, R. 1142-13 et R. 1142-19 et suivants du code de la santé publique, d'autre part, que la saisine de la commission de conciliation et d'indemnisation, dans le cadre de la procédure d'indemnisation amiable ou de la procédure de conciliation, par une personne s'estimant victime d'un dommage imputable à un établissement de santé identifié dans cette demande, laquelle doit donner lieu dès sa réception à une information de l'établissement mis en cause, doit être regardée, au sens et pour l'application du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, comme une demande préalable formée devant l'établissement de santé.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la CCI d'Aquitaine s'est prononcée le 20 mars 2014 sur la demande présentée le 7 novembre 2012 par M. A dirigée contre le CHU de Bordeaux, qui en a été informé, comme le révèle le tampon de la SHAM daté du 18 avril 2014. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de l'absence de demande préalable de M. A, doit être écartée.

Sur les exceptions de prescription opposées en défense :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 1142-28 du code de la santé publique : " Les actions tendant à mettre en cause la responsabilité des professionnels de santé ou des établissements de santé publics ou privés à l'occasion d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins et les demandes d'indemnisation formées devant l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales en application du II de l'article L. 1142-1 et des articles L. 1142-24-9, L. 1221-14, L. 3111-9, L. 3122-1 et L. 3131-4 se prescrivent par dix ans à compter de la consolidation du dommage. / Le titre XX du livre III du code civil est applicable, à l'exclusion de son chapitre II ". Par ailleurs, le quatrième alinéa de l'article L. 1142-7 du même code dispose que : " La saisine de la commission suspend les délais de prescription et de recours contentieux jusqu'au terme de la procédure prévue par le présent chapitre ". Lorsque, en application de ces dernières dispositions, la saisine de la CCI, soit par une demande au titre de la procédure de règlement amiable, soit par une demande au titre de la procédure de conciliation, a suspendu le délai de prescription applicable à l'action indemnitaire, il résulte des dispositions de l'article 2238 du code civil, qui est applicable ainsi qu'il a été précédemment dit, que ce délai recommence à courir pour la durée restant à courir ou, si celle-ci est inférieure à six mois, pour une durée de six mois.

6. D'autre part, en vertu de la subrogation régie par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, les effets susceptibles de s'attacher quant au cours de la prescription décennale à un acte accompli par l'assuré victime d'un accident peuvent être valablement invoqués par la caisse de sécurité sociale lui ayant versé des prestations à raison du dommage et, à l'inverse, la caisse peut se voir opposer par le tiers responsable du dommage tous les moyens d'exception ou de défense dont il dispose à l'égard de la victime ainsi que les actes qu'il lui a valablement opposés.

7. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le 24 avril 2012, la cicatrisation de M. A était acquise, qu'il présentait un état apyrétique et que l'antibiothérapie qui lui avait été prescrite devait être poursuivie pour une semaine supplémentaire. Si la rémission complète sur le plan infectieux de M. A a été confirmée lors de son hospitalisation de jour le 12 juillet 2012, date retenue par les experts comme étant la date de consolidation de son état de santé, il résulte de l'instruction que son état peut être regardé comme étant stabilisé dès le 1er mai 2012, à l'issue de l'antibiothérapie. Dans ces conditions, il y a lieu de retenir cette date comme date de consolidation et comme point de départ du délai de prescription décennale prévu par les dispositions de l'article L. 1142-28 du code de la santé publique précitées.

8. Ainsi qu'il a été exposé, M. A a saisi la CCI d'Aquitaine d'une demande d'indemnisation le 7 novembre 2012. Cette saisine, en application des dispositions précitées, a suspendu le délai de prescription décennale prévue par les dispositions de l'article L. 1142-28 du code de la santé publique jusqu'à la notification de la décision d'incompétence de la commission du 20 mars 2014. En l'absence de preuve de la notification de cet avis à M. A, le délai de prescription n'a pas recommencé à courir. Dans ces conditions, à la date d'introduction de sa requête le 18 juillet 2024, l'action de M. A n'était pas prescrite. Il en va de même de l'action de la CPAM de la Gironde, subrogée dans les droits de M. A, qui n'était pas prescrite le 22 juin 2022 à la date de sa demande indemnitaire préalable. Par suite, les exceptions de prescription opposées en défense par le CHU de Bordeaux doivent être écartées.

Sur le principe de responsabilité :

9. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Selon l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ; / () ".

10. Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens de ces dispositions, une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge, sans qu'il y ait lieu de tenir compte de ce que la cause directe de cette infection avait le caractère d'un accident médical non fautif ou avait un lien avec une pathologie préexistante.

11. Il résulte de l'instruction que M. A a subi une ostéosynthèse par plaque le 16 mars 2011 au CHU de Bordeaux du fait d'une fracture de la malléole externe déplacée avec pied œdématié. Si la fracture du patient était décrite comme consolidée le 6 décembre 2011, M. A conservait une adhérence cutanée à la partie basse de la cicatrice. Or, le 31 décembre 2011, une collection inflammatoire de la cheville à la partie basse de la cicatrice a été relevée, nécessitant une mise à plat de l'abcès sous rachianesthésie avec ablation du matériel d'ostéosynthèse et soins infirmiers à domicile, et les prélèvements biologiques effectués sont revenus positifs à staphylococcus aureus métis S. Du fait d'une désunion de la cicatrice puis de la persistance d'un écoulement, il a été prescrit à M. A une bi-antibiothérapie. Dans leur rapport les experts, qui notent que la prise en charge de l'intéressé a été conforme aux règles de l'art, considèrent que l'ostéosynthèse réalisée le 16 mars 2011 est à l'origine de l'infection de M. A, qui correspond à une contamination à partir de sa flore cutanée sous une cicatrice sur peau fine au niveau de son adhérence. Si, en défense, le CHU de Bordeaux relève que l'infection est intervenue près de dix mois après l'ostéosynthèse et fait valoir que l'infection est due à un irritation cutanée au niveau de l'adhérence de la cicatrice du patient permettant une porte d'entrée au germe incriminé, il résulte de l'instruction que l'infection présentée par M. A n'était ni présente ni en incubation avant sa prise en charge au CHU de Bordeaux et les experts relèvent qu'elle n'aurait pu intervenir sans cette opération. Aucune cause étrangère à la prise en charge de M. A n'étant rapportée par le centre hospitalier, l'infection subie par le requérant à la suite de celle-ci présente le caractère d'une infection nosocomiale, sans qu'il y ait lieu de tenir compte de ce que la cause directe de cette infection, à savoir la désunion cutanée, aurait le caractère d'un aléa thérapeutique.

12. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que M. A ne présente aucun déficit fonctionnel permanent en lien avec l'infection nosocomiale qu'il a contractée au décours de sa prise en charge au CHU de Bordeaux. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le CHU de Bordeaux est tenu de réparer l'intégralité des préjudices résultant de cette infection nosocomiale en application des dispositions précitées du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.

Sur l'évaluation des préjudices :

13. Il résulte de l'instruction et de ce qui a été dit au point 7 du jugement que la consolidation de l'état de santé de M. A doit être fixée au 1er mai 2012.

14. En premier lieu, lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel du préjudice résultant pour elle de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

15. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que l'état de santé de M. A a nécessité l'assistance par une tierce personne en lien avec l'infection nosocomiale, avant consolidation de son état de santé, à hauteur de deux heures par semaine du 2 février au 30 avril 2012. Pour déterminer le montant de ce préjudice, il y a lieu de tenir compte du nombre de semaines concernées rapporté à une année de 412 jours comprenant les congés payés et jours fériés et du montant du salaire minimum de croissance (SMIC) horaire brut augmenté des charges sociales de l'époque, soit un montant de 12,91 euros. Dès lors, il y a lieu de faire une juste appréciation de ce préjudice et de mettre à la charge du CHU de Bordeaux la somme de 370 euros.

16. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que M. A a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de classe 1 de 10% du 15 février au 24 avril 2012. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi, sur la base de 21 euros par jour, à hauteur de 147 euros.

17. En troisième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que M. A a subi, en lien avec l'infection nosocomiale, des souffrances endurées évaluées à 2 sur une échelle de 7 compte tenu de la toxidermie qu'il a présentée. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 1 600 euros.

18. En dernier lieu, si M. A fait valoir qu'il a subi une réaction cutanée importante, il n'établit pas la réalité de son préjudice alors que les experts n'ont retenu aucun préjudice esthétique temporaire. Par suite, sa demande présentée à ce titre doit être rejetée.

19. Il résulte de tout ce qui précède que le CHU de Bordeaux est condamné à verser à M. A la somme globale de 2 117 euros au titre de ses préjudices.

Sur les demandes de la CPAM de la Gironde :

20. D'une part, la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde produit à l'appui de ses prétentions, une attestation d'imputabilité établie par son médecin conseil le 12 mars 2021, ainsi qu'une notification définitive de ses débours, établie le 22 juin 2022, justifiant qu'elle a exposé pour son assuré, en lien avec la prise en charge de l'infection nosocomiale survenue dans les suites de l'intervention du 16 mars 2011, des frais hospitaliers, des frais médicaux, des frais pharmaceutiques et des frais de transport pour un montant total de 11 643,54 euros. Le CHU de Bordeaux doit être condamné au remboursement de cette somme.

21. D'autre part, aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". L'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 fixe les montants minimum et maximum de cette indemnité forfaitaire de gestion à respectivement 118 euros et 1 191 euros.

22. Eu égard à la somme accordée à la caisse primaire d'assurance maladie telle que mentionnée ci-dessus, celle-ci a droit à l'indemnité forfaitaire régie par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, pour son montant maximum de 1 191 euros. Il y a lieu de condamner le CHU de Bordeaux à lui verser cette somme.

Sur les frais liés à l'instance :

23. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CHU de Bordeaux une somme de 1 000 euros à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La CPAM de la Gironde n'ayant pas été représentée à l'audience, ses conclusions présentées au titre du droit de plaidoirie doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux est condamné à verser à M. A la somme de 2 117 euros.

Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde la somme de 11 643,54 euros au titre de ses débours.

Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux versera à la CPAM de la Gironde une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde, au centre hospitalier universitaire de Bordeaux et à M. A.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

Mme Ballanger, première conseillère,

Mme Lorrain Mabillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure

M. BALLANGER La présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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