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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203839

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203839

vendredi 24 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203839
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantTANDONNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2022, la commune d'Auradou, représentée par Me François Tandonnet, demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de décrire l'ensemble des désordres affectant le revêtement de sol du terrain de sport de l'école publique de la commune, de déterminer les causes de ces désordres, de déterminer et chiffrer les travaux nécessaires pour remédier aux désordres constatés et d'évaluer les préjudices de toute nature qu'elle a subis.

Elle soutient que :

- elle a confié, par contrat du 15 avril 2021, la rénovation du revêtement de sol du terrain de sport de son école publique à la société SPIE Batignolles Malet, assurée auprès de la SMABTP ;

- les travaux ont consisté en la réalisation d'un revêtement bicouche mis en œuvre sur le terrain existant (ancien bicouche d'environ 30 ans) d'une dimension de 700 m2, la fourniture et pose de bordures béton préfabriquées de type piéton sur le pourtour de l'ouvrage et réalisation d'un chemin d'accès entre le terrain et la cantine ;

- la société SPIE Batignolles Malet a émis le 22 juillet 2021 une facture d'un montant de 21 267,25 euros ;

- cependant des désordres sont apparus début août, suite à des pluies : une stagnation d'eau sur l'enrobé ainsi que des épaufrures sur des bordures béton ont été constatées ;

- malgré une expertise réalisée par le cabinet d'expertise Sedgwick, diligentée par la compagnie Juridica, assureur protection juridique de la commune qui confirme la réalité des désordres, la société SPIE Batignolles Malet n'est toujours pas intervenue pour réparer ces désordres. La commune ne peut réceptionner l'ouvrage en l'état ni régler les postes litigieux à savoir 15 453, 48 euros ;

- s'agissant de difficultés d'exécution d'une commande publique, l'expertise est utile dans le cadre d'un litige ultérieur devant le juge du fond dans le cadre d'une action liée à l'exécution ou dans le cadre d'une action indemnitaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2022, la société SPIE Batignolles Malet, représentée par Me François-Xavier Dufour, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise mais formule les plus expresses protestations et réserves d'usage, notamment quant à la recevabilité, au bien-fondé des demandes de la commune d'Auradou et à sa responsabilité. Elle demande au juge des référés que l'expert ait également pour mission de dire si les travaux peuvent être réceptionnés en l'état, avec ou sans réserve, de dire, le cas échéant, si les éventuels travaux de reprise entraînent une plus-value ou une amélioration de l'ouvrage, et la chiffrer. Elle demande en outre que l'expert qui sera désigné soit spécialisé en matière de travaux publics et réserver les dépens.

Elle soutient que les travaux qui lui ont été confiés ont consisté en la mise en œuvre d'un enrobé sur un revêtement existant du terrain de sport, et les zones à faible pente relevées ne sont pas de nature à justifier une quelconque reprise, aucune impropriété du terrain à son usage n'étant démontrée. Les travaux apparaissent pouvoir être réceptionnés en l'état et le refus de règlement de la commune apparaît contestable.

La requête a été communiquée à la SMABTP qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la mesure d'expertise sollicitée :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. Par contrat du 15 avril 2021, la commune d'Auradou a confié la rénovation du revêtement de sol du terrain de sport de son école publique à la société SPIE Batignolles Malet, assurée auprès de la SMABTP. Les travaux ont consisté en la réalisation d'un revêtement bicouche mis en œuvre sur le terrain existant (ancien bicouche d'environ 30 ans) d'une dimension de 700 m2, la fourniture et pose de bordures béton préfabriquées de type piéton sur le pourtour de l'ouvrage et réalisation d'un chemin d'accès entre le terrain et la cantine. La société SPIE Batignolles Malet a émis le 22 juillet 2021 une facture d'un montant de 21 267,25 euros. Cependant des désordres sont apparus début août, suite à des pluies : une stagnation d'eau sur l'enrobé ainsi que des épaufrures sur des bordures béton ont été constatées par la commune. Malgré une expertise réalisée par le cabinet d'expertise Sedgwick, diligentée par la compagnie Juridica, assureur protection juridique de la commune qui confirme la réalité des désordres, la société SPIE Batignolles Malet n'est toujours pas intervenue pour réparer ces désordres. La commune estime qu'elle ne peut réceptionner l'ouvrage en l'état ni régler les postes litigieux à savoir 15 453, 48 euros.

3. La commune d'Auradou sollicite, par la présente requête, l'organisation d'une expertise aux fins de décrire l'ensemble des désordres affectant le revêtement de sol du terrain de sport de l'école publique de la commune, de déterminer les causes de ces désordres, de déterminer et chiffrer les travaux nécessaires pour remédier aux désordres constatés et d'évaluer les préjudices de toute nature qu'elle a subis. Si la société SPIE Batignolles Malet soutient que les travaux qu'elle a effectués ne sont pas de nature à justifier une quelconque reprise, aucune impropriété du terrain à son usage n'étant démontrée et que les travaux apparaissent pouvoir être réceptionnés en l'état, cette circonstance ne prive pas d'utilité la désignation d'un expert dans le cadre d'une procédure contradictoire au regard de l'absence d'accord du maître de l'ouvrage et de la nécessité de dresser un constat des travaux déjà réalisés et d'apprécier les conditions de leur réalisation dans la perspective d'un litige futur d'exécution d'une commande publique ou d'un litige en responsabilité. Ainsi, la mesure d'expertise sollicitée, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, est utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par contre, s'il appartient à l'expert d'indiquer la date à laquelle la réception des travaux a eu lieu, en l'absence de réception, il ne lui appartient pas de déterminer la date à laquelle les travaux pourront être réceptionnés et s'ils pourront l'être avec ou sans réserves. Dans cette limite, il y a lieu, dès lors, de faire droit aux demandes des parties et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

O R D O N N E

Article 1er : M. B A, est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :

1°) de se rendre sur les lieux ; d'entendre les parties et tous sachants ; de prendre connaissance de tous documents utiles, notamment les pièces contractuelles, à la bonne fin de l'expertise ;

2°) de dresser un état descriptif technique et qualitatif précis des travaux réalisés ; de dire si ces travaux présentent des dégradations, vices ou désordres ;

3°) de décrire l'ensemble de désordres affectant cet ouvrage, de déterminer leur date d'apparition ; de dire s'ils compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination ; préciser si ces désordres sont évolutifs ; dire si des désordres actuellement non apparents sont susceptibles de survenir, en indiquant le degré de probabilité et les délais vraisemblables d'une telle éventualité ;

4°) de déterminer les causes de ces désordres, en précisant si et, le cas échéant, dans quelle mesure, ils sont imputables à des erreurs de conception, à des déficiences dans l'exécution ou le contrôle des travaux ou à toute autre cause ; de dire si les travaux ont été conduits conformément aux documents contractuels et aux règles de l'art ; En cas de pluralité de causes, déterminer la part imputable à chacune d'entre elles (pourcentage) ;

5°) de déterminer et chiffrer les travaux nécessaires pour remédier aux désordres constatés, en précisant la plus-value éventuelle apportée par ces travaux ;

6°) d'évaluer les préjudices de toute nature, directs ou indirects, matériels ou immatériels subis par la commune d'Auradou, en conséquence directe et certaine des désordres relevés ou pouvant résulter des travaux de remise en état ;

7°) dire si des travaux urgents sont nécessaires soit pour empêcher l'aggravation des désordres et du préjudice qui en résulte, soit pour prévenir les dommages aux biens ; dans l'affirmative, de décrire ces travaux de sauvegarde nécessaires et d'en faire une estimation sommaire ; de dire, le cas échéant, si les éventuels travaux de reprise entraînent une plus-value ou une amélioration de l'ouvrage, et la chiffrer ;

8°) d'une façon générale, recueillir tout élément et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis ;

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre la commune d'Auradou, la société SPIE Batignolles Malet et la SMABTP.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert qui communiquera aux parties un pré-rapport, s'il l'estime utile, avec un délai leur permettant de faire valoir leurs dires avant d'analyser leurs observations dans un rapport définitif, déposera le rapport définitif au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune d'Auradou, à la société SPIE Batignolles Malet, à la SMABTP et à M. B A, expert.

Fait à Bordeaux, le 24 mars 2023.

La présidente du tribunal,

Juge des référés,

Cécile MARILLER

La République mande et ordonne au préfet de Lot-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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