jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2203870 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABINET COUDRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 15 juillet 2022, le 1er septembre 2023 et le 29 avril 2024, Mme C A, représentée par Me Daguerre-Guillen, demande au tribunal :
1°) de condamner la communauté de communes Médoc Estuaire à lui verser la somme de 30 650 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison de plusieurs fautes qu'elle impute à cet établissement et d'un harcèlement moral ;
2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Médoc Estuaire la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la communauté de communes Médoc Estuaire a commis une faute en ayant recours à plusieurs contrats à durée déterminée successifs ;
- elle a commis une faute en décidant de ne pas renouveler son contrat sans procéder à l'entretien préalable prévu par les dispositions de l'article 38-1 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- la responsabilité sans faute de la communauté de communes est engagée en raison du harcèlement moral dont elle a été victime ;
- elle a subi un préjudice de perte de chance, un préjudice moral, un trouble dans ses conditions d'existence et un préjudice économique.
Par deux mémoires enregistrés le 27 janvier 2023 et le 8 avril 2024, la communauté de communes Médoc Estuaire, représentée par la SELAS Cazamajour et Urbanlaw, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme A de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 7 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- décret n° 88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Clément Boutet-Hervez ;
- les conclusions de M. Xavier Bilate rapporteur public ;
- les observations de Me Daguerre, représentant Mme A, et de Me Lapprand, représentant la communauté de communes Médoc Estuaire.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée en qualité de conseillère en séjour touristique à compter du 1er avril 2015 en contrat à durée déterminée pour une période de six mois par la communauté de communes Médoc Estuaire. Elle a bénéficié de quatre autres contrats à durée déterminée d'une durée de six mois jusqu'au 31 octobre 2020 avant d'être recrutée en qualité de conseillère en séjour chargée de la promotion touristique au sein du service tourisme de la communauté de communes dans le cadre d'un contrat à durée déterminée d'un an, du 1er novembre 2020 au 31 octobre 2021. Par un courrier du 20 juillet 2021, le président de la communauté de communes Médoc Estuaire l'a informée de son intention de ne pas renouveler son contrat. Par un courrier du 29 mars 2022, Mme A a demandé à ce dernier de l'indemniser des préjudices résultants, d'une part, de la succession de contrats à durée déterminée dont elle a bénéficié et, d'autre part, du non-renouvellement de son dernier contrat. Par la présente requête, elle demande au tribunal la condamnation de cette même autorité à réparer les préjudices dont elle s'estime victime à raison de plusieurs fautes qu'elle impute à son employeur et d'un harcèlement moral.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne le recours à des contrats à durée déterminée et la non-reconduction du dernier d'entre eux :
2. Aux termes de l'article 3 de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au moment de la conclusion des contrats de Mme A : " I. - Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : / 1° Un accroissement temporaire d'activité, pour une durée maximale de douze mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de dix-huit mois consécutifs ; / 2° Un accroissement saisonnier d'activité, pour une durée maximale de six mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de douze mois consécutifs. () ".
3. Il incombe au juge, pour apprécier si le recours à des contrats à durée déterminée successifs présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.
4. Il résulte de l'instruction que la requérante a conclu avec son employeur six contrats à durée déterminée entre le 1er avril 2015 et le 31 octobre 2020 pour des durées n'excédant pas six mois, et un contrat à durée déterminée d'un an pour la période du 1er novembre 2020 au 31 octobre 2021.
5. Les six premiers contrats sont fondés sur la délibération du conseil communautaire en date du 20 février 2014 créant l'emploi de conseillère en séjour touristique occupé par la requérante. Trois de ces contrats, à savoir ceux du 1er avril au 31 octobre 2015, du 1er avril 2016 au 31 octobre 2016 et du 1er mars 2019 au 31 octobre 2019, sont motivés par la nécessité de recruter un conseiller de séjour pour assurer l'accueil, l'animation et l'information du public au point Info Tourisme Médoc Estuaire situé au port de Lamarque. Deux de ces contrats, conclus du 13 mars au 31 octobre 2017 et 1er mars au 31 octobre 2018, visent la nécessité de palier un accroissement temporaire d'activité au sein d'un accueil collectif de mineurs de la collectivité. Enfin, le dernier contrat à durée déterminée de 6 mois couvrant la période du 1er mars au 31 octobre 2020 mentionne la nécessité de pallier les absences du conseiller en séjour en poste pour assurer l'accueil, l'animation et l'information du public au même point Info Tourisme. Les missions que Mme A a assuré au cours de ces contrats à durée déterminée de six mois consistaient à assurer des missions d'accueil et de gestion du séjour des touristes durant la saison estivale. En outre, ces contrats à durée déterminée n'ont jamais été conclus pour des durées supérieures à six mois par an et ont toujours été suivis d'une période de six mois d'inactivité. L'emploi sur lequel la requérante a été recrutée par ces contrats ne présente donc pas de caractère permanent.
6. Par ailleurs, la requérante a été chargée, dans le cadre du dernier contrat à durée déterminée d'un an dont elle a bénéficié, d'assurer, en plus de ses missions de conseillère en séjour, de valoriser le tourisme sur le territoire de la collectivité en amont de la saison. Ce dernier contrat était fondé sur une autre délibération du conseil communautaire en date du 24 septembre 2020 autorisant le recrutement d'agents contractuels de remplacement pour pallier l'indisponibilité momentanée de fonctionnaires ou d'agents contractuels de la collectivité. Ce dernier contrat, dont la durée n'excédait pas douze mois et l'objet était de valoriser le tourisme en amont de la saison, expirait avant que la gestion du tourisme soit confiée par la communauté de communes à un établissement public industriel et commercial.
7. Il suit de là que le recours par la communauté de communes à des contrats à durée déterminée successifs n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984.
En ce qui concerne le non renouvellement du dernier contrat à durée déterminée sans entretien préalable :
8. Aux termes de l'article 38-1 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale dans sa version applicable au moment de la conclusion des contrats de Mme A : " I.- Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement (). / La notification de la décision finale doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus sur emploi permanent conformément à l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée est supérieure ou égale à trois ans () ".
9. Il résulte de l'instruction que Mme A a été recrutée en application des dispositions de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 et non de l'article 3-3 de cette même loi. En outre, elle n'établit pas que le poste qu'elle occupait lors de son dernier contrat à durée déterminée était susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée. A ce propos, la communauté de communes soutient en défense, de même que son président dans son courrier du 4 mai 2022, que la gestion du tourisme allait être confiée à un établissement public industriel et commercial doté de la personnalité morale et chargé de la gestion de son propre personnel. Dès lors, la communauté de communes n'avait pas à faire précéder d'un entretien préalable la notification de son intention de ne pas renouveler le contrat. Par suite, la communauté de communes Médoc Estuaire n'a pas méconnu les dispositions mentionnées ci-dessus ni commis de faute à cet égard.
En ce qui concerne le harcèlement moral :
10. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ".
11. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
12. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.
13. Pour faire présumer l'existence d'un harcèlement moral, Mme A soutient avoir été victime de l'attitude dénigrante, humiliante et menaçante de ses supérieures hiérarchiques.
14. Mme A verse au débat des échanges de courriels avec la directrice de l'office de tourisme de la communauté de communes couvrant la période du 4 décembre 2020 au 16 décembre 2021. Il résulte de l'instruction que sa supérieure hiérarchique a, notamment par courriels datés des 29 janvier, 2, 8 et 9 février et 16 décembre 2021, fait part d'un certain nombre de reproches à la requérante. Ces derniers portaient sur l'inadéquation de son comportement au regard de sa situation professionnelle, le ton inapproprié avec lequel elle s'adressait aux administrés, la non réalisation d'un certain nombre de tâches confiées par sa hiérarchie, le respect des heures de travail et le rangement du courrier. Par ailleurs, les courriels adressés par sa hiérarchie à Mme A les 11 décembre 2020, 11 janvier, 7 février et 16 décembre 2021 font seulement état des tâches et missions attribuées à la requérante et des formations à sa disposition. Il est vrai que Mme A produit des courriels rédigés par sa supérieure hiérarchique, les 4 décembre 2020, 11 janvier et 11 février 2021, démontrant un manque de délicatesse de la part de cette dernière. Toutefois, ces messages contiennent essentiellement des formulations générales et isolées ne visant pas la requérante directement telle que " il n'y a pas de question idiotes () mais des idiots qui restent dans leur ignorance tout en imaginant tout savoir ". En outre, Mme A produit elle-même un courriel d'excuse adressé par sa responsable pour son manque de professionnalisme.
15. Mme A produit encore des échanges de courriels datés du 9 et 14 avril 2021 avec le directeur général des services de la communauté de communes témoignant de l'énervement de ce dernier. Ces courriels interviennent à la suite d'échanges avec la requérante au cours desquels cette dernière a indiqué à son supérieur qu'il n'avait pas suivi une formation, qu'elle appliquait les directives d'une précédente équipe plutôt que les siennes et qu'elle connaissait le territoire de la communauté de communes parfaitement. Enfin, les refus de congés opposés par ce directeur ont été motivés par le fait qu'elle se trouvait en arrêt maladie sur la même période et par des nécessités de service, la date d'ouverture du " point info tourisme " ayant été programmée pour le samedi 1er mai 2021, soit en amont de la période estivale durant laquelle les services de tourisme voient normalement leur charge de travail s'accroître. Ces faits, qui n'excèdent pas les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, ne suffisent pas à faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral.
16. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la communauté de communes Médoc Estuaire tendant à la mise en œuvre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la communauté de communes Médoc Estuaire tendant au bénéfice d'une somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Mme A et à la communauté de communes Médoc Estuaire.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. David Katz, président,
M. Damien Fernandez, premier conseiller,
M. Clément Boutet-Hervez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le rapporteur,
C. Boutet-Hervez
Le président,
D. Katz La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026