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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204110

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204110

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204110
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS SEBAN NOUVELLE AQUITAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juillet et le 21 novembre 2022, M. A D, représenté par Me Julie Noël, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins de démontrer que l'ensemble de ses séquelles physiques et psychologiques sont liées aux accidents de service du 6 février 2013 et du 9 janvier 2017 reconnus comme tels par arrêtés du 22 février 2013 et du 15 mars 2017 et d'évaluer les éventuels préjudices qu'il subit, en lien direct avec ces accidents de service et cette maladie. Il demande en outre que les dépens soient réservés.

M. D soutient que :

- la mesure d'expertise sollicitée est utile car elle tend à la détermination et à l'évaluation de préjudices non visés par les régimes de maladie professionnelle et d'accident de service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, le département de la Dordogne, représenté par Me Damien Simon, déclare ne pas s'opposer à l'expertise et demande que les dépens soient réservés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de mesure d'expertise :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. En application de ces dispositions, il appartient au juge des référés saisi d'une demande d'expertise de rechercher dans quelle mesure cette expertise peut être utile à la solution d'un éventuel litige, en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. Il résulte de l'instruction que M. D a été recruté par le département de la Dordogne aux fonctions de dessinateur à direction du patrimoine routier, paysager et des mobilités pôle paysage espaces vert. M. D a été victime en 1991 d'un accident privé ayant occasionné une tétraplégie incomplète de niveau C7. Le 6 février 2013, M. D a été victime d'un accident sur son lieu de travail. En partant du bureau, il a dû tirer fortement sur la porte pour sortir et a ressenti une vive douleur dans le bras gauche, engendrant une rupture partielle du biceps du membre supérieur gauche. Cet accident a été reconnu imputable au service le 22 février 2013. Après plusieurs placements en congé maladie, M. D a fait l'objet d'un aménagement de ses conditions de travail. Le 9 janvier 2017, M. D a été victime d'un deuxième accident de service en ouvrant la porte intérieure du bureau, occasionnant une rupture du sus-épineux et rupture partielle du sous-épineux du sous-scapulaire. Cet accident a été reconnu imputable au service par arrêté du 15 mars 2017. En 2019. En 2021, M. D a été victime d'une rupture de la coiffe des rotateurs de l'épaule droite, entraînant une intervention chirurgicale au mois de novembre 2021.

4. La mesure d'expertise sollicitée par M. D dans le cadre du présent référé tend à faire démontrer que l'ensemble de ses séquelles physiques et psychologiques sont liées aux accidents de service du 6 février 2013 et du 9 janvier 2017 et d'évaluer les éventuels préjudices qu'il subit, en lien direct avec cet accident de service et cette maladie, et non visés par les régimes de maladie professionnelle et d'accident de service. Le requérant, qui envisage d'obtenir la réparation intégrale des préjudices qu'il a subis en raison de cet accident de service et de cette maladie, demande au juge des référés de prescrire à cette fin, une expertise judiciaire.

5. Le dispositif déterminant la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie imputable au service peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions, ne fait obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

6. Par suite, la mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par M. D, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, est utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il n'y a cependant pas lieu de demander à l'expert médical d'émettre un avis sur la conformité des portes à l'état de santé de M. D dès lors que les portes ont été changées après les accidents de service subis par le requérant et qu'il appartiendra au juge du fond, s'il en est saisi, de trancher cette question au vu des documents techniques qui lui seront soumis. Sous cette réserve, il y a lieu pour le juge des référés, de faire droit à la demande d'expertise et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

O R D O N N E

Article 1er : Le docteur B C, est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :

1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. A D ; convoquer et entendre les parties ainsi que tout sachant ; procéder à l'étude de l'entier dossier médical de M. D et à son examen clinique ;

2°) de décrire l'état de santé actuel de M. D et notamment ses lésions, affections, séquelles physiques ou psychologiques dont il serait atteint ; décrire l'état de santé antérieur de M. D en ne retenant que les seuls antécédents pouvant avoir une incidence sur les séquelles en relation directe et certaine avec les accidents de service du 6 février 2013 et du 9 janvier 2017 ;

3°) de dire si l'état de M. D est en lien direct avec les accidents de service reconnus imputables au service et a entraîné un ou des déficits fonctionnels temporaires résultant de troubles physiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ; préciser notamment si la rupture de la coiffe des rotateurs de l'épaule droite, subie par M. D en 2021 et l'intervention chirurgicale subséquente pratiquée au mois de novembre 2021 sont en lien avec les accidents de service.

4°) d'indiquer si l'état de santé de M. D est consolidé et indiquer la date de consolidation pour les accidents de service du 6 février 2013 et du 9 janvier 2017 ; dans la négative, indiquer si l'état de santé de l'intéressé est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation et préciser le délai à l'issue duquel il pourra être procédé à un nouvel examen ; indiquer si, dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible, en évaluer l'importance, en fixer le taux en distinguant la part éventuellement en lien avec le service de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ;

5°) d'indiquer précisément l'ensemble des séquelles physiques et psychologiques en relation directe et certaine avec les accidents de service reconnus imputables au service, préciser dans le cas où l'état de santé de M. D serait consolidé, s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part éventuellement en lien avec le service de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ;

6°) de déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec les accidents de service en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec toute autre cause extérieure, notamment les antécédents médicaux de M. D ;

7°) de donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes subis par M. D tels que les souffrances endurées, le préjudice d'agrément, préjudice psychologique, préjudice sexuel, les dépenses de santé, l'assistance à tierce personne, et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant pour chaque préjudice, la part imputable aux accidents de service, de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ou qui relèverait d'un état antérieur ou postérieur ;

8°) de déterminer l'aptitude ou l'inaptitude de M. D à reprendre le service, dans ses fonctions antérieures comme dans un autre service, ou si un poste aménagé est souhaitable, en précisant, le cas échéant, ces aménagements ;

9°) d'une manière générale, de donner au tribunal tout renseignement utile à la détermination, au vu de l'état de santé actuel présenté par le requérant, de l'entier préjudice qu'il subit.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre M. D et le département de la Dordogne.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert, qui communiquera aux parties un pré-rapport, s'il l'estime utile, avec un délai leur permettant de faire valoir leurs dires avant d'analyser leurs observations dans un rapport définitif, déposera le rapport définitif au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D, au département de la Dordogne et au docteur B C, expert.

Fait à Bordeaux, le 27 avril 2023.

La présidente,

Cécile MARILLER

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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