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Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204188

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de Mme A, qui contestait la délibération du jury de validation des acquis de l'expérience (VAE) lui refusant l'unité d'enseignement "pédagogie" du diplôme d'État de professeur de danse. La requérante invoquait notamment l'absence d'accompagnement, le niveau inadapté des élèves lors de la mise en situation professionnelle et une contradiction avec son expérience. Le tribunal a jugé que la décision du jury, prise au vu du dossier et de la mise en situation, n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du code de l'éducation et de l'arrêté du 23 juillet 2019. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2022, Mme C A demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du jury, qui lui a été notifiée le 4 juin 2022, lui accordant la validation partielle du diplôme d'Etat de professeur de danse par la voie de la validation des acquis de l'expérience ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région Nouvelle-Aquitaine de lui attribuer cette unité d'enseignement ou, à défaut, de convoquer de nouveau le jury en vue d'une nouvelle mise en situation professionnelle avec des élèves ayant réellement le niveau " initiation 1 ".

Elle soutient que :

- elle a été surprise que le jury demande une mise en situation professionnelle pour la validation de l'unité d'enseignement " pédagogie " alors que son entretien s'est très bien passé ;

- elle n'a obtenu que de brèves précisions sur les attentes du jury préalablement à cette mise en situation professionnelle, et n'a bénéficié d'aucun accompagnement ;

- la professeure de danse des enfants et leur éducateur ont assisté à sa mise en situation en méconnaissance de l'annexe à l'arrêté du 23 juillet 2019 relatif aux différentes voies d'accès à la profession de professeur de danse ;

- les enfants participant à sa mise en situation professionnelle avaient un niveau " éveil " ; elle a donc dû adapter le cours qu'elle avait préparé et elle n'a pas été évaluée sur la présentation d'un cours de niveau " initiation 1 " comme cela avait été demandé par le jury dans sa délibération du 29 novembre 2021 ;

- le jury, qui lui accorde la validation de quatre unités d'enseignement dont elle était déjà titulaire depuis 19 ans, n'a pas examiné sérieusement sa demande qui ne portait que sur l'unité d'enseignement " pédagogie " ;

- l'appréciation émise par les examinateurs à l'issue de sa mise en situation professionnelle est en totale contradiction avec son expérience, ses résultats professionnels et les appréciations favorables de professeurs de danse reconnus.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2024, le préfet de la région Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- l'arrêté du 23 juillet 2019 relatif aux différentes voies d'accès à la profession de professeur de danse en application de l'article L. 362-1 du code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a déposé auprès de la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine un dossier aux fins d'obtenir, par la voie de la validation des acquis de l'expérience (VAE), l'unité d'enseignement " pédagogie " du diplôme d'Etat de professeur de danse. Par délibération du 29 novembre 2021, notifiée à Mme A le 16 février 2022, le jury a demandé, en complément du dossier qui lui était ainsi présenté, une mise en situation professionnelle consistant en la " présentation d'un cours d'initiation 1 ", qui s'est tenue le 4 mai 2022. Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la délibération, qui lui a été notifiée le 4 juin 2022, par laquelle le jury a refusé de lui attribuer l'unité d'enseignement " pédagogie " et lui a accordé la validation des unités d'enseignement " examen d'aptitude technique ", " formation musicale ", " histoire de la danse ", " anatomie-physiologie ".

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 335-5 du code de l'éducation : " I. - Les diplômes ou les titres à finalité professionnelle sont obtenus par les voies scolaire et universitaire, par l'apprentissage, par la formation professionnelle continue ou, en tout ou en partie, par la validation des acquis de l'expérience. II. - Toute personne justifiant d'une activité professionnelle salariée, non salariée, bénévole ou de volontariat, ou inscrite sur la liste des sportifs de haut niveau mentionnée au premier alinéa de l'article L. 221-2 du code du sport ou ayant exercé des responsabilités syndicales, un mandat électoral local ou une fonction élective locale en rapport direct avec le contenu de la certification visée peut demander la validation des acquis de son expérience prévue à l'article L. 6411-1 du code du travail. () La validation des acquis produit les mêmes effets que les autres modes de contrôle des connaissances et aptitudes. La validation est effectuée par un jury dont la composition garantit une présence significative de représentants qualifiés des professions concernées. Le jury peut attribuer la totalité du diplôme ou du titre. A défaut, il se prononce sur l'étendue de la validation et, en cas de validation partielle, sur la nature des connaissances et aptitudes devant faire l'objet d'un contrôle complémentaire. Les parties de certification obtenues sont acquises définitivement. Ces parties de certifications permettent des dispenses d'épreuve si le règlement fixé par l'autorité administrative, l'établissement ou l'organisme qui délivre la certification prévoit des équivalences totales ou partielles. Le jury se prononce au vu d'un dossier constitué par le candidat, à l'issue d'un entretien avec ce dernier et, le cas échéant, d'une mise en situation professionnelle réelle ou reconstituée, lorsque cette procédure est prévue par l'autorité qui délivre la certification. () ".

3. Aux termes de l'article 23 de l'arrêté du 23 juillet 2019 relatif aux différentes voies d'accès à la profession de professeur de danse en application de l'article L. 362-1 du code de l'éducation : " Le jury de validation des acquis de l'expérience du diplôme d'Etat de professeur de danse peut décider de l'attribution du diplôme aux candidats, sur la base de l'examen du dossier de demande de validation des acquis de l'expérience, d'un entretien et, le cas échéant, d'une mise en situation professionnelle, dans une configuration existante ou organisée spécialement à cet effet, conformément aux modalités d'évaluation figurant en annexe VI du présent arrêté. A défaut, le jury peut délivrer, en tant que parties identifiées du diplôme, une ou plusieurs unités d'enseignement prévues à l'article 10 du présent arrêté, conformément aux dispositions de l'article R. 335-9 du code de l'éducation. La validation partielle prévue à l'alinéa précédent se traduit par l'attribution de l'équivalence d'unités d'enseignement prévue à l'article 11 du présent arrêté ou, concernant l'unité d'enseignement de pédagogie, par une validation effective. () ".

4. L'article 10 de cet arrêté précise que les unités d'enseignement devant être obtenues pour l'obtention du diplôme sont les suivantes : formation musicale / histoire de la danse / anatomie-physiologie / pédagogie, comportant trois options : danse classique, danse contemporaine et danse jazz.

5. L'annexe VI de cet arrêté précise en son point 2 relatif à l'entretien devant le jury que " () le jury peut, dans le même temps, demander une mise en situation professionnelle concernant l'activité pédagogique. Il recommande alors la tranche d'âge ou le niveau technique des élèves devant lesquels elle est organisée, ainsi que la durée qui ne peut pas excéder 50 minutes, et formule à l'intention des examinateurs des demandes d'observation particulières. "

6. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article 23 de l'arrêté précité et du point 2 de son annexe IV que le jury a pu légalement prescrire, à titre complémentaire, une mise en situation professionnelle de la requérante avant de se prononcer sur sa demande de VAE de l'unité d'enseignement " pédagogie ".

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A, à qui le jury a demandé de présenter un cours d'initiation 1 à l'occasion de sa mise en situation professionnelle, était ainsi informée des attentes précises de ce dernier. Par ailleurs, aucune disposition n'imposait au centre chargé d'organiser cette mise en situation professionnelle de proposer à Mme A un accompagnement à cette occasion, ni de lui fournir d'autres informations préalables sur celle-ci.

8. En troisième lieu, en son point 3 l'annexe VI de l'arrêté du 23 février 2019 prévoit que la mise en situation professionnelle est évaluée par deux examinateurs spécialisés, à savoir un représentant du directeur général de la création artistique ou une personnalité qualifiée désignée par celui-ci et un professeur titulaire du certificat d'aptitude aux fonctions de professeur dans la discipline du candidat. Elle précise également que " le candidat conduit une séance d'enseignement de 50 minutes maximum, organisée par le centre conformément aux indications du jury. Cette séance peut se dérouler dans une configuration existante au sein d'un établissement d'enseignement spécialisé ou être organisée spécialement à cet effet, par exemple dans le centre avec des élèves-sujets. "

9. Il ressort des pièces du dossier que la mise en situation professionnelle de la requérante a été organisée avec une dizaine d'enfants d'un centre social de la ville de Bordeaux, inscrits en CP ou en CE1 et âgés de 6 ou 7 ans, qui avaient préalablement suivi sept séances d'initiation à la danse avec une enseignante du conservatoire. Il en ressort également que cette enseignante et l'animateur du centre social qui accompagnait les enfants sont tous deux demeurés dans le couloir de la salle de danse pendant la séance d'enseignement conduite par la requérante. Par suite, le moyen tiré de ce que sa mise en situation professionnelle n'aurait pas été conduite conformément à la demande du jury et aux exigences des dispositions précitées doit être écarté.

10. En quatrième lieu, il est constant que la requérante a été dispensée de l'unité d'enseignement " examen d'aptitude technique ", qu'elle a obtenu l'équivalence des unités d'enseignement " formation musicale ", " histoire de la danse " et " anatomie-physiologie " par décision du 22 mai 2003 du directeur régional des affaires culturelles de la région Provence Alpes Côte d'Azur et qu'elle a seulement sollicité l'attribution de l'unité d'enseignement " pédagogie ". Toutefois, la seule circonstance, effectivement regrettable, que le jury ait indiqué qu'il lui accordait la validation des unités d'enseignement " examen d'aptitude technique ", " formation musicale ", " histoire de la danse ", " anatomie-physiologie " dont elle était déjà titulaire ne saurait être regardé comme traduisant un défaut d'examen sérieux de sa demande de validation de l'unité d'enseignement " pédagogie ", dès lors que celle-ci a bénéficié d'un entretien avec le jury que celui-ci a souhaité compléter par une mise en situation professionnelle.

11. En dernier lieu, il n'appartient pas au juge de contrôler l'appréciation émise par le jury sur les mérites d'un candidat. Par suite, le moyen tiré de ce que l'appréciation émise par les examinateurs à l'issue de sa mise en situation professionnelle serait en totale contradiction avec son expérience, ses résultats professionnels et les appréciations favorables de professeurs de danse reconnus doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la ministre de la culture.

Copie en sera également adressée pour information au préfet de la région Nouvelle-Aquitaine.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme D et Mme B, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

E. D

Le président,

D. FERRARI La greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne à la ministre de la culture, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,