jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2204271 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL INTERBARREAUX RACINE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du premier vice-président du 26 juillet 2022, le tribunal administratif de Melun a renvoyé au tribunal administratif de Bordeaux la requête de Mme A C.
Par cette requête enregistrée le 13 juin 2022 et un mémoire enregistré le 10 octobre 2023, Mme A C, représentée par Me Braun, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de condamner la commune de Villeneuve-le-Roi et son assureur la société Axa à lui verser la somme de 78 881,38 euros en réparation du préjudice que lui a causé l'accident de travail du 24 novembre 2009 ;
2°) d'enjoindre à la commune de Villeneuve-le-Roi et à son assureur la société Axa de lui communiquer les conditions générales et particulières de la garantie " responsabilité " mobilisables pour l'accident subi par Mme C le 24 novembre 2009 ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-le-Roi et à la société Axa la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la responsabilité sans faute de la commune de Villeneuve-le-Roi a vocation à être engagée.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2023, la société Axa, représentée par Me Hounieu, conclut à titre principal à sa mise hors de cause, à titre subsidiaire à ce que la somme demandée par Mme C soit ramenée à 22 265 euros, et dans tous les cas à ce que soit mise à la charge solidairement de Mme C et la commune de Villeneuve-le-Roi la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a pas vocation à être mise en cause dans le présent litige ;
- le cas échéant, les frais divers n'ont pas vocation à être indemnisés et les autres préjudices sont surévalués.
La procédure a été régulièrement communiquée à la commune de Villeneuve-le-Roi, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la communication des conditions générales et particulières de la garantie " responsabilité " mobilisables pour l'accident subi par Mme C le 24 novembre 2009, en l'absence de saisine de la commission d'accès aux documents administratifs.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bilate,
- les conclusions de M. Bongrain, rapporteur public,
- et les observations de Me Miyongira, représentant la société Axa assurances.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C était agent de police municipale à la commune de Villeneuve- le- Roi. Le 24 novembre 2009, elle a été victime d'un accident reconnu imputable au service par arrêté du 3 février 2010. Par une ordonnance du 19 novembre 2020, le tribunal administratif de Melun a désigné un expert aux fins notamment de déterminer l'état de santé de la requérante antérieur à cet accident et les séquelles qui en ont résulté. Le 19 mars 2021, le Dr B a remis son rapport d'expertise. Par une demande datée du 14 mars 2022, réceptionnée par l'administration le 16 mars suivant, Mme C a sollicité une indemnisation de 78 881,38 euros en réparation des préjudices causés par cet accident. Par son silence, la commune de Villeneuve-le-Roi a fait naître une décision de rejet.
Sur la communication des documents administratifs :
2. Aux termes de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration : " La commission d'accès aux documents administratifs émet des avis lorsqu'elle est saisie par une personne à qui est opposé un refus de communication ou un refus de publication d'un document administratif en application du titre Ier (). La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux. ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'une demande de communication de documents administratifs a été rejetée par une décision explicite ou implicite de l'autorité administrative, ce refus ne peut être déféré directement au juge de l'excès de pouvoir. L'intéressé doit avoir, au préalable, saisi de ce refus la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA). A défaut de recours administratif préalable devant cette commission, la contestation portée directement devant le juge administratif est irrecevable.
3. Mme C demande d'enjoindre à l'administration et à la société Axa assurances de lui communiquer les conditions générales et particulières de la garantie " responsabilité " mobilisables pour son accident subi le 24 novembre 2009. Elle ne justifie toutefois pas d'une saisine préalable de la CADA. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne la société Axa :
4. Aux termes de l'article L. 124-3 du code des assurances : " Le tiers lésé dispose d'un droit d'action directe à l'encontre de l'assureur garantissant la responsabilité civile de la personne responsable. () ".
5. Il résulte de l'instruction que le contrat " prévoyance statutaire " conclu entre la commune de Villeneuve-le-Roi et la société Axa a pris effet à compter du 1er janvier 2010. L'accident de Mme C étant survenu le 24 novembre 2009, la responsabilité de la société Axa ne saurait être engagée sur le fondement des dispositions précitées.
En ce qui concerne la commune de Villeneuve-le-Roi :
6. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite et, pour les fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, le II de l'article 119 de la loi du 26 janvier 1984 et les articles 30 et 31 du décret du 9 septembre 1965, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie professionnelle peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions.
7. Les dispositions qui instituent ces prestations, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice.
Sur l'évaluation des préjudices :
8. Aux termes du rapport d'expertise du Dr B, Mme C souffre, à la suite de l'accident de service du 24 novembre 2009, d'un traumatisme de son genou droit, avec persistance de raideur et de douleurs.
9. En premier lieu, Mme C demande le remboursement de 1 890 euros d'honoraires de médecin conseil. Les factures des 11 et 19 mars 2021 présentées à cet effet, font apparaître que ces honoraires sont en lien avec l'expertise demandée par le tribunal administratif de Melun. Il y a par conséquent lieu d'accorder cette somme à la requérante.
10. En deuxième lieu, la requérante fait valoir des déplacements en voiture dans le cadre de ses rendez-vous médicaux. Mme C, qui résidait à Chelles (77) durant la période concernée, fait état de déplacements à Orly, Epinay et Domont, mais également de 18 aller-retours entre novembre 2010 et mars 2011 entre son domicile et la clinique des grands Chênes, à Bordeaux, dans le cadre d'une hospitalisation de jour. Il ne ressort pas de l'instruction que la requérante aurait été contrainte de choisir un établissement éloigné de 602 km de son domicile. Dans ces conditions, il y a lieu d'indemniser les seuls déplacements de la requérante dans la région Ile-de-France. Compte tenu des caractéristiques de la voiture utilisée, des distances parcourues et du barème kilométrique en vigueur, le montant de ces frais doit être fixé à la somme 637 euros.
11. En troisième lieu, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
12. En vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire de l'indemnisation allouée à la victime d'un dommage corporel au titre des frais d'assistance par une tierce personne le montant des prestations dont elle bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais.
13. Il résulte de l'instruction que l'expert a considéré que Mme C a dû être aidée une heure par jour par son amie pour les périodes allant du 25 novembre 2009 au 10 octobre 2010, du 15 au 17 octobre 2010, du 4 novembre 2010 au 16 mai 2011, et du 21 mai au 11 juin 2011, soit 539 jours. De tels besoins en assistance d'une aide non spécialisée doivent être indemnisés, sur la base d'un taux horaire de 13 euros. Mme C doit ainsi être indemnisée de ce chef de préjudice à hauteur de 7007 euros.
14. En quatrième lieu, s'agissant du déficit fonctionnel temporaire, ce chef de préjudice sera évalué, sur la base de la somme de 500 euros par mois pour un déficit fonctionnel temporaire total, rapportée à la durée de l'incapacité temporaire partielle, à hauteur de 10% du 18 juin 2011 au 23 juillet 2012, de 25% pour les périodes du 26 janvier au 4 octobre 2010, du 4 novembre 2010 au 16 mai 2011, et du 21 mai 2011 au 17 juin 2011, de 50% du 25 novembre 2009 au 25 janvier 2010 et du 15 au 17 octobre 2010, et de 100% pour le 24 novembre 2009 et les périodes du 11 au 14 octobre 2010, du 18 octobre au 3 novembre 2010, du 17 au 20 mai 2011, ainsi que 54 demi-journées d'hospitalisation dans le service de rééducation des Grands Chênes, à la somme de 4 065 euros.
15. En cinquième lieu, le déficit fonctionnel permanent, estimé à 8% par l'expert donnera lieu à une évaluation de 14 000 euros.
16. En sixième lieu, les souffrances endurées ayant été évaluées à 4 sur une échelle de 7 par l'expert, ce chef de préjudice sera évalué à hauteur de 8 000 euros.
17. En septième lieu, le préjudice esthétique permanent a été évalué à 0,5 sur une échelle de 7 par l'expert faisant état au niveau du genou droit d'une bonne qualité, et temporaire à 2 sur 7 par ce même expert du 24 novembre 2009 au 20 mai 2011. Il y a lieu d'allouer à Mme C la somme de 300 euros.
18. En dernier lieu, l'expert note quant au préjudice d'agrément que la requérante a arrêté le judo et le ski. La requérante ne produit toutefois pas dans le cadre de l'instruction des pièces telles que des licences sportives de nature à attester la réalité de ces pratiques avant la survenance de l'accident. Dès lors, le préjudice d'agrément n'est pas caractérisé.
19. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la commune de Villeneuve- le- Roi à verser à Mme C la somme totale de 35 899 euros au titre des préjudices subis.
Sur les frais d'instance :
20. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
21. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-le-Roi la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens, et de mettre à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Axa et non compris dans les dépens.
22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-le-Roi la somme que demande la société Axa sur ce même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Villeneuve-le-Roi est condamnée à verser à Mme C la somme de 35 899 euros.
Article 2 : Le commune de Villeneuve-le-Roi versera à Mme C la somme de 1 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Mme C versera la somme de 1 500 euros à la société Axa sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la société Axa présentées sur le fondement de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative à l'encontre de la commune de Villeneuve-le-Roi sont rejetées.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la commune de Villeneuve-le-Roi et à la société anonyme compagnie d'assurance Axa France Iard.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
M. Bilate, premier conseiller,
M. Bourdarie, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
Le rapporteur,
X. BILATE
La présidente,
F. MUNOZ-PAUZIÈS La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026