jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2204356 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 août 2022 et un mémoire enregistré le 21 avril 2023, M. C A D doit être regardé comme demandant au tribunal de faire droit à sa demande de rétablissement d'un déficit foncier de 21 887 euros au titre de l'année 2018 et de prononcer la décharge d'imposition correspondante au titre des années 2018, 2019 et 2020.
Il soutient que les travaux de l'opération de réhabilitation immobilière qui s'élevaient à un montant de 21 887€ revêtent le caractère de travaux déductibles des revenus fonciers au sens des dispositions de l'article 31 du code général des impôts dès lors que ce sont des travaux de réparation et d'amélioration.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 février 2023, le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B ;
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public
Considérant ce qui suit :
1. Les époux A D ont acquis en août 2017 un corps d'immeubles à Saint-Vite (47) composé de locaux à usage commerciaux et d'habitation. Ils y ont réalisé de nombreux travaux au cours de l'année 2018. A partir de l'année 2020, M. et Mme A D ont mis en location une partie de leurs biens. En 2021, lors du dépôt de leur déclaration de revenus, ils ont déclaré avoir perçu 2 742 euros de revenus fonciers au cours de l'année 2020. En juin 2022, M. A D a déposé une réclamation contentieuse auprès du Service des impôts des particuliers de Lot-et-Garonne, afin que les dépenses afférentes aux travaux réalisés au cours de l'année 2018 d'un montant de 21 887 euros soient déduites au titre des charges des revenus fonciers perçus en 2020. Cette réclamation a été rejetée au motif que les dépenses de travaux réalisés n'étaient pas déductibles au sens de l'article 31 du code général des impôts.M. A D doit être regardé comme demandant au tribunal de faire droit à sa demande de rétablissement d'un déficit foncier de 21 887 euros au titre de l'année 2018 et de prononcer la décharge des impositions correspondantes.
2. Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial () de l'administration des impôts () dont dépend le lieu d'imposition () ". Aux termes de l'article R. 196-1 du même livre : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement () ". Aux termes de l'article R. 196-3 du même livre : " Dans le cas où un contribuable fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification de la part de l'administration des impôts, il dispose d'un délai égal à celui de l'administration pour présenter ses propres réclamations ".
3. Aux termes de l'article 156 du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé eu égard aux propriétés et aux capitaux que possèdent les membres du foyer fiscal désignés aux 1 et 3 de l'article 6, aux professions qu'ils exercent, aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères dont ils jouissent ainsi qu'aux bénéfices de toutes opérations lucratives auxquelles ils se livrent, sous déduction : I. du déficit constaté pour une année dans une catégorie de revenus (). Toutefois, n'est pas autorisée l'imputation () 3° Des déficits fonciers, lesquels s'imputent exclusivement sur les revenus fonciers des dix années suivantes ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions citées aux points précédents que lorsque les revenus d'une année ont fait l'objet d'une imposition définitive, les déficits fonciers sont tenus pour entièrement et définitivement résorbés au cours de cette année et des années antérieures. Dans ces conditions, le contribuable n'est plus en droit de se prévaloir de l'existence d'un déficit foncier au titre de cette année ou d'années antérieures et d'en demander, par application de l'article 156 du code général des impôts, le report sur les années suivantes.
5. En l'espèce, M. A D a déposé sa réclamation auprès des services fiscaux pour la prise en compte du déficit foncier au titre de l'année 2018 le 20 juin 2022, alors que le délai de réclamation expirait, pour l'année 2018, le 31 décembre 2021. Par suite, M. A D n'est pas fondé à demander la reconnaissance d'un déficit foncier au titre de l'année 2018 et son report ultérieur.
6. Au surplus, aux termes de l'article 28 du code général des impôts : " Le revenu net foncier est égal à la différence entre le montant du revenu brut et le total des charges de la propriété. " Aux termes de l'article 31 du même code : " I. Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : 1° Pour les propriétés urbaines : a) Les dépenses de réparation et d'entretien effectivement supportées par le propriétaire ; () b) Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux d'habitation, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement () ". Il résulte de ces dispositions que les dépenses effectuées par un propriétaire et correspondant à des travaux entrepris dans son immeuble sont déductibles de son revenu, sauf si elles correspondent à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement. Doivent être regardés comme des travaux de construction ou de reconstruction, au sens des dispositions précitées, les travaux comportant la création de nouveaux locaux d'habitation, notamment dans des locaux auparavant affectés à un autre usage, ainsi que les travaux ayant pour effet d'apporter une modification importante au gros-œuvre de locaux d'habitation existants ou les travaux d'aménagement interne qui, par leur importance, équivalent à une reconstruction. Doivent être regardés comme des travaux d'agrandissement au sens des mêmes dispositions, les travaux ayant pour effet d'accroître le volume ou la surface habitable de locaux existants.
7. En l'espèce, le requérant estime n'avoir réalisé que des travaux de réparation et d'amélioration consistant en de la peinture, de l'isolation, la remise en état de salles de bain et la pose de plusieurs velux, et ce, sur plusieurs logements déjà existants et que par conséquent, les travaux n'ont pas donné lieu à un accroissement de volume ou de surface de l'immeuble. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment de la déclaration " modèle H1 " du précédent propriétaire, que lors de son acquisition par l'intéressé, l'immeuble en cause comprenait une surface habitable de 96m2, or, il ressort des mentions portées sur les déclarations " modèle H2 " que M. A D y a aménagé dans le cadre de ses travaux, quatre nouveaux appartements accroissant ainsi la surface affectée à l'habitation de 275m2 et le nombre d'unités de logements dans des locaux qui constituaient antérieurement des greniers ou des dépendances au local d'habitation, ce qui constitue un changement d'affectation des locaux dans le cadre de travaux. Par ailleurs, si le requérant soutient que ces locaux étaient autrefois loués par son prédécesseur, il n'apporte aucune pièce au soutien de ses allégations. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que les travaux réalisés par M. A D ne constituaient pas des dépenses de réparation, d'entretien et d'amélioration et, pour ce motif, a refusé leur déductibilité de l'impôt sur le revenu.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A D doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A D et au directeur régional des finances publiques de la Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024 où siégeaient :
- M. Dominique Ferrari, président,
- Mme Eve Wohlschlegel, première conseillère,
- Mme Khéra Benzaid, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le président-rapporteur
D. B
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
E. Wohlschlegel
La greffière,
E. Souris
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026