jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2204686 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | TAX TEAM ET CONSEILS SOCIÉTÉ D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er septembre 2022 et le 24 novembre 2023, la Société Pharmacie Atlantis, représentée par Me Barrois, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période comprise entre le 1er juillet 2015 et le 30 juin 2018 en droits et pénalités, ainsi que de l'amende fiscale qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1737 du code général des impôts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a apporté les justificatifs exigés par l'article 74 de l'annexe III au code général des impôts pour justifier que ses livraisons de biens ont été expédiées en dehors de l'Union européenne et étaient exonérées de taxe sur la valeur ajoutée ;
- à supposer que ces justificatifs soient regardés comme ayant été falsifiés, elle a droit à cette exonération car elle a déployé la diligence d'un commerçant avisé au sens de la jurisprudence de la cour de justice de l'Union européenne ;
- en l'absence de bien-fondé du rehaussement et, en tout état de cause, en l'absence d'élément intentionnel, la majoration de 40% pour manquement délibéré ne pouvait lui être appliquée ;
- en l'absence de fraude, l'amende infligée sur le fondement de l'article 1737 du code général des impôts ne pouvait lui être infligée.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 décembre 2022 et le 7 décembre 2023, l'administrateur général des finances publiques, chef de la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public,
- et les observations de Me Barrois, représentant la SELARL Pharmacie Atlantis.
Considérant ce qui suit :
1. La SELARL Pharmacie Atlantis exerce l'activité de commerce de détail de produits pharmaceutiques. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur la période comprise entre le 1er juillet 2014 et le 30 juin 2018 à l'issue de laquelle l'administration a notamment remis en cause l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée sur des livraisons de produits pharmaceutiques au motif de l'absence de justification de la réalité de leur exportation en dehors de l'Union européenne. La société Pharmacie Atlantis demande au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période comprise entre le 1er juillet 2015 et le 30 juin 2018 en droits et pénalités, ainsi que de l'amende fiscale qui lui a été infligée sur le fondement du 1 du I de l'article 1737 du code général des impôts.
Sur le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
2. L'article 262 du code général des impôts dispose que : I. - Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : () 2° les livraisons de biens expédiés ou transportés par l'acheteur qui n'est pas établi en France, ou pour son compte, hors de la Communauté européenne () ". Lorsque ces livraisons ont lieu au moyen de colis postaux, l'article 74 de l'annexe III au même code précise que : " () 2. () la preuve de l'exportation est apportée par un exemplaire de la déclaration en douane CN23. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le bénéfice de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée à raison des exportations réalisées au profit de clients établis en dehors de l'Union Européenne est subordonné à la condition que le contribuable établisse la réalité des opérations d'exportations par la production des pièces justificatives mentionnées à l'article 74 de l'annexe III du code général des impôts.
4. La société requérante explique avoir livré des produits injectables destinés à combler les rides à Mme A, domiciliée à Paris, celle-ci se chargeant ensuite de leur exportation par l'envoi de colis postaux à deux sociétés basées à Hong-Kong, la société Yuning Holding Company et la société Cabtron Golden Global International, dont elle était la représentante. Pour établir la réalité de ces exportations, la société requérante a présenté à l'administration les CN 23 qui lui ont été transmis par Mme A, ainsi qu'une attestation sur l'honneur établie au nom de la société Cabtron le 7 novembre 2016 certifiant que toutes les marchandises achetées auprès de la société Pharmacie Atlantis étaient destinées à la Chine. Elle ajoute qu'elle a apporté la preuve que les produits ont été payés par des virements depuis la Chine.
5. Toutefois, l'administration a relevé que les ventes ont débuté le 11 avril 2016 alors que les déclarations CN 23 ont pour première date le 17 juin 2016, et que des déclarations étaient manquantes ; que certaines déclarations mentionnaient comme expéditeur Mme A, d'autres la société Sissi Sissi établie à la même adresse que Mme A, et d'autres enfin la société Pharmacie Atlantis ; que ces déclarations ne comportaient pas la date et la signature de l'expéditeur, les références des factures concernées ni l'identification du bureau de poste expéditeur ; que ces déclarations mentionnent des montants qui ne correspondent pas avec ceux facturés par la société requérante ; qu'aucune pièce ne démontre un lien entre Mme A et les deux sociétés chinoises ; que l'attestation de la société Cabtron, non signée de son représentant légal, est dépourvue de valeur probante ; et enfin que les destinataires mentionnés sur les déclarations CN 23 sont des particuliers et non ces deux sociétés chinoises.
6. En se bornant à soutenir que ces mentions ne sont pas une condition d'exonération de la taxe sur la valeur ajoutée, alors qu'il ressort clairement du modèle de déclaration CN 23 librement accessible sur différents sites publics que celle-ci doit comporter une description détaillée et la valeur de chaque objet expédié, et que l'administration ne pouvait rejeter en bloc l'intégralité de ses ventes réalisées en dehors de l'Union européenne, alors qu'il lui appartenait d'établir à quelle (s) vente (s) correspondait chacune des déclarations CN 23 produites, la société requérante n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, de la réalité de l'ensemble de ses exportations. Il s'ensuit que l'administration a pu légalement remettre en cause l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée sur l'ensemble de ces opérations, sans que la société requérante puisse utilement faire valoir, en se fondant sur l'arrêt rendu par la CJUE le 21 février 2008 (aff. 271/06 Netto supermarket GmbH) qui juge qu'un fournisseur a droit à cette exonération en cas de falsification par l'acheteur de la preuve d'une exportation dès lors que l'administration n'a pas estimé que les déclarations CN 23 étaient fausses, mais seulement qu'elles étaient incomplètes et insuffisamment probantes.
Sur les pénalités :
7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".
8. En premier lieu, le rappel de taxe sur la valeur ajoutée auquel a été assujetti la société requérante étant fondé, le moyen tiré de ce que la majoration de 40% infligée pour manquement délibéré serait privée de base légale doit être écarté.
9. En second lieu, pour justifier l'application d'une majoration pour manquement délibéré dont le rappel en litige a été assorti, l'administration s'est fondée sur la circonstance que la société requérante ne pouvait ignorer que ses livraisons ne remplissaient pas les conditions nécessaires pour bénéficier de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée, et que les opérations remises en cause avaient représenté une part importante de son chiffre d'affaires au cours de la période vérifiée. L'administration apportant ainsi la preuve du manquement délibéré de la société requérante à ses obligations fiscales, c'est à bon droit que la majoration de 40 %, prévue à l'article 1729 du code général des impôts lui a été infligée.
Sur l'amende fiscale :
10. Aux termes de l'article 1737 du code général des impôts : " I. - Entraîne l'application d'une amende égale à 50 % du montant : 1. Des sommes versées ou reçues, le fait de travestir ou dissimuler l'identité ou l'adresse de ses fournisseurs ou de ses clients, les éléments d'identification mentionnés aux articles 289 et 289 B et aux textes pris pour l'application de ces articles ou de sciemment accepter l'utilisation d'une identité fictive ou d'un prête-nom () ".
11. L'administration a relevé, au vu des éléments de la procédure judiciaire ouverte à l'encontre des deux gérants de la société requérante, que ceux-ci avaient reconnu avoir sciemment accepté d'établir des factures aux noms de médecins étrangers alors que leur cliente véritable était Mme A. Il s'ensuit que l'administration était fondée à infliger à la société une amende d'un montant de 49 279 euros sur le fondement des dispositions précitées, que le Conseil Constitutionnel dans sa décision du 21 octobre 2021 a déclarées conformes à la Constitution après avoir jugé que " le taux de 50 % retenu n'est pas manifestement disproportionné au regard de la gravité des manquements que le législateur a entendu réprimer, dès lors que ceux-ci portent sur une opération réalisée par des professionnels dans le cadre de leur activité et ont nécessairement un caractère intentionnel ".
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par la société Pharmacie Atlantis ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la Société Pharmacie Atlantis est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Société Pharmacie Atlantis et à l'administrateur général des finances publiques, chef de la direction spécialisée de contrôle fiscal sud-ouest.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme C et Mme B, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure,
E. C
Le président,
D. FERRARI La greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026