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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204700

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204700

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204700
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantMEILLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 septembre et 18 octobre 2022, Mme D C, représentée par Me Anne Tosi, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de prescrire une expertise aux fins d'évaluer les préjudices qu'elle subit, en lien direct avec son accident de service du 7 janvier 2014 survenu au centre hospitalier Vauclaire de Montpon Ménestérol (24700) et reconnu imputable au service par décision du 11 janvier 2016.

Mme C soutient que :

- la mesure d'expertise sollicitée est utile car elle tend à l'évaluation de préjudices non visés par les régimes de maladie professionnelle et d'accident de service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, le centre hospitalier Vauclaire déclare ne pas s'opposer à l'expertise, demande au juge des référés d'étendre l'expertise à la maladie professionnelle de Mme C reconnue par arrêté du 20 mars 2018 et demande que les dépens soient réservés.

Il soutient que :

-Il est constant que Mme C a connu de longs et nombreux arrêts de travail depuis 2003 ; il est donc indispensable de faire la part entre ce qui revient à chacune de ses pathologies, à leur évolution ou à des causes extérieures.

-Mme C appartient toujours aux effectifs du centre hospitalier Vauclaire dans l'attente de la prise de position de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales puis de la commission médicale sur le placement en retraite anticipée de Mme C au titre d'une invalidité à l'exercice de toutes fonctions.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de mesure d'expertise :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. En application de ces dispositions, il appartient au juge des référés saisi d'une demande d'expertise de rechercher dans quelle mesure cette expertise peut être utile à la solution d'un éventuel litige, en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens et de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. Il résulte de l'instruction que Mme C, agent des services hospitaliers titulaire depuis le 1er mars 2003 au sein du centre hospitalier Vauclaire, a bénéficié de plusieurs congés maladie puis a été victime d'un accident de service le 17 janvier 2011, reconnu imputable au service par décision du 10 octobre 2011 du directeur du centre hospitalier Vauclaire. Le 7 janvier 2014, Mme C, en retenant une porte, a été victime d'un nouvel accident du travail reconnu imputable au service le 11 janvier 2016, avec traumatisme à l'épaule droite. Le 25 septembre 2017, alors qu'elle est placée sous le régime du mi-temps thérapeutique, Mme C a présenté une demande de reconnaissance de maladie professionnelle (tableau 57 A) à raison de douleurs à l'épaule gauche, reconnue par le directeur du centre hospitalier Vauclaire le 20 mars 2018.

4. La mesure d'expertise sollicitée par Mme C dans le cadre du présent référé tend à évaluer les préjudices qu'elle subit, en lien direct avec l'accident de service du 7 janvier 2014, et non visés par les régimes de maladie professionnelle et d'accident de service. La requérante, qui envisage d'obtenir la réparation intégrale des préjudices qu'elle a subis en raison de cet accident de service, demande au juge des référés de prescrire à cette fin, une expertise judiciaire. Par un mémoire en défense, le centre hospitalier Vauclaire demande au juge des référés d'étendre l'expertise à la maladie professionnelle de Mme C reconnue par arrêté du 20 mars 2018.

5. Le dispositif déterminant la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie imputable au service peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions, ne fait obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.

6. Par suite, la mesure d'expertise médicale judiciaire demandée par Mme C et par demande reconventionnelle du centre hospitalier Vauclaire, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, est utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, pour le juge des référés, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

O R D O N N E

Article 1er : Le docteur B A, est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :

1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme C D ; convoquer et entendre les parties ainsi que tout sachant ; procéder à l'étude de l'entier dossier médical de Mme C et à son examen clinique ;

2°) de décrire l'état de santé de Mme C avant le 7 janvier 2014, en précisant, le cas échéant les pathologies dont elle était atteinte ou les traitements dont elle faisait l'objet ;

3°) de décrire l'état de santé actuel de Mme C et notamment ses lésions, affections et troubles physiologiques ou psychologiques, ainsi que les traitements liés ; préciser dans quelle mesure les troubles physiologiques ou psychologiques actuels de Mme C sont imputables à l'accident de travail du 7 janvier 2014 et à la maladie professionnelle reconnus par le centre hospitalier Vauclaire, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec une pathologie antérieure, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

4°) d'indiquer, si, dès à présent, un déficit fonctionnel permanent imputable au service est prévisible et en évaluer l'importance ;

5°) de dire si l'état de Mme C lié à l'accident du travail du 7 janvier 2014 ou à sa maladie professionnelle a entraîné une incapacité totale ou partielle d'exercer son activité professionnelle et/ou un déficit fonctionnel temporaire partiel ou total résultant de troubles physiologiques ou psychologiques et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

6°) de donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux temporaires et permanents subis par Mme C tels que les souffrances endurées, le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément, les dépenses de santé, l'assistance à tierce personne, l'incidence professionnelle, et le cas échéant, d'en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable à l'accident de service du 7 janvier 2014 et à la maladie professionnelle de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie et qui relèveraient d'un état antérieur ou postérieur.

7°) d'une manière générale, donner au tribunal tous les éléments utiles à la détermination, au vu de l'état de santé actuel présenté par la requérante, de l'entier préjudice qu'elle subit.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre Mme C et le centre hospitalier Vauclaire.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert, qui communiquera aux parties un pré-rapport, s'il l'estime utile, avec un délai leur permettant de faire valoir leurs dires avant d'analyser leurs observations dans un rapport définitif, déposera le rapport définitif au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D, au centre hospitalier Vauclaire et au docteur B A, expert.

Fait à Bordeaux, le 26 avril 2023.

La présidente,

Cécile MARILLER

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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