jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2204777 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 septembre 2022 et un mémoire enregistré le 20 juin 2024, M. et Mme C B, représentés par Me Siriez, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'amende qui a été infligée à M. C B pour un montant de 145 893 euros sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts au titre des exercices 2015 et 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'avis de mise en recouvrement est illégal car il ne comporte pas toutes les mentions prévues par les dispositions de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales ; en effet dès lors que cet avis est consécutif à une procédure de rectification il aurait dû faire référence à la proposition de rectification proposée à la société ou au courrier d'information du 19 avril 2018 notifié au mandataire judiciaire ; ils n'ont donc pas été en mesure d'obtenir la communication des documents qui n'étaient pas mentionnés dans cet avis ni contester utilement la régularité de la procédure, le bien-fondé et l'exigibilité des impositions litigieuses ;
- l'administration n'établit pas qu'un avis de recouvrement de l'amende a été notifié à la société B, et dès lors n'établit pas l'avoir notifié dans le délai ;
- l'amende est insuffisamment motivée au sens de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales, ne prenant pas en considération le courriel de M. A B du 12 avril 2018 ;
- l'amende fiscale ne pouvait pas être prononcée en application des articles 1759 et 117 du code général des impôts car la société a bien révélé que M. A B était le bénéficiaire des revenus réputés distribués et cela dans le délai de 30 jours suivant la notification de la proposition de rectification du 12 mars 2018 reçue le 14 mars 2018 ; en effet dans son mail du 12 avril 2018, M. A B se désigne comme " le responsable des conséquences pécuniaires " que cela pourrait entraîner, comme la seule personne décisionnaire et responsable de la société B, tout en précisant avoir pris toutes les décisions relatives à sa gestion quand bien même son fils C B avait été nommé gérant ; il s'agit là d'une désignation vraisemblable qui précise l'identité de ses bénéficiaires conformément aux dispositions de l'article 117 du code général des impôts ;
- l'amende aurait dû être remise en application des articles 1754 et 1756 du code général des impôts dès lors que la société était placée en procédure de liquidation judiciaire ; dès lors que la période de vérification s'étend du 13 juin 2014 au 31 décembre 2016 la créance est née antérieurement à l'ouverture de la procédure au sens des articles L. 622-7 et L. 622-24 du code de commerce et l'amende ne pouvant plus faire l'objet d'un paiement, aurait donc dû être déclarée au mandataire judiciaire ; certes l'administration invoque la jurisprudence du Conseil d'Etat et plus précisément sa décision n°415333 mais cette dernière rompt avec le principe d'égalité car par un choix discrétionnaire de l'administration deux sociétés ayant procédé à des distributions occultes à la même date seront traitées différemment ; la vérification ayant débuté le 15 septembre 2017, cela laissait largement le temps à l'administration de déclencher la procédure de l'article 117 du code général des impôts.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 16 février 2023 et 24 juillet 2024 le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens des requérants ne sont pas fondés ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public ;
- les observations de Me Touche substituant Me Siriez, représentant M. et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL B spécialisée dans les travaux de menuiserie métallique et serrurerie a été placée en liquidation judiciaire le 17 janvier 2018. A l'issue de la vérification de comptabilité qui s'est déroulée du 11 octobre 2017 au 7 mars 2018 l'administration fiscale lui a notifié une proposition de rectification tendant à mettre à sa charge des rappels de TVA et d'impôts sur les sociétés considérés comme des revenus distribués sur la période du 13 juin 2014 au 31 décembre 2016. Son gérant, M. C B s'est vu notifier un avis de mise en recouvrement à tiers solidaire de l'amende fiscale infligée à la SARL B en application de l'article 1759 du code général des impôts estimant que les bénéficiaires des distributions occultes n'avaient pas été désignés. Par courrier du 30 décembre 2021, M. C B a présenté une réclamation préalable à laquelle l'administration fiscale a fait partiellement droit le 5 juillet 2022 en lui accordant un dégrèvement de 56 882 euros au titre de l'année 2015 et de 44 441 euros au titre de l'année 2016 et a maintenu l'amende fiscale à un montant de 145 893 euros. M. et Mme B doivent être regardés comme demandant au tribunal de prononcer la décharge de l'amende qui a été infligée à M. C B pour un montant de 145 893 euros sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts au titre des exercices 2015 et 2016.
Sur le bien-fondé de l'amende fiscale :
2. Aux termes de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. / En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759. " Aux termes de l'article 1759 du même code : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. Lorsque l'entreprise a spontanément fait figurer dans sa déclaration de résultat le montant des sommes en cause, le taux de l'amende est ramené à 75 %. ".
3. Lorsque, en application de l'article 117 du code général des impôts l'administration demande à la personne morale distributrice des indications sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution, les indications fournies doivent présenter un degré suffisant de précision et de vraisemblance pour permettre à l'administration de comprendre, le cas échéant, les sommes distribuées dans les bases d'imposition du contribuable désigné comme bénéficiaire.
4. Il résulte de l'instruction, qu'interrogée selon la procédure de l'article 117 du code général des impôts pour désigner le bénéficiaire des revenus distribués identifiés à l'issue du contrôle fiscal, M. A B, père de M. C B, a répondu au moyen du courriel du 12 avril 2018 " je tiens à vous faire savoir que je suis totalement responsable des conséquences pécuniaires que cela pourrait entraîner car je suis la seule personne décisionnaire et responsable de la société B et fils à avoir pris toutes les décisions quant à la gestion de celle-ci quand bien même B C mon fils avait été nommé gérant lors de sa création ". Par cette désignation dépourvue d'ambiguïté, M. A B s'est désigné comme le bénéficiaire des revenus distribués. En outre, cette désignation est bien intervenue dans le délai de 30 jours suivant la proposition de rectification du 12 mars 2018 reçue le 14 mars 2018. Contrairement à ce que l'administration fiscale a décidé, il s'agit là d'une désignation vraisemblable qui précise l'identité du bénéficiaire des revenus distribués conformément aux dispositions de l'article 117 du code général des impôts. Dès lors, la charge de la preuve de démontrer le caractère peu vraisemblable de la réponse reçue reposait sur l'administration fiscale. Or, en se bornant à soutenir n'avoir pas été informée du nom des bénéficiaires des revenus distribués et en s'abstenant de démontrer qu'il ne s'agirait pas de M. A B mais de son fils C B, l'administration fiscale ne rapporte pas une telle preuve. Dans ces conditions, l'administration fiscale ne pouvait pas considérer que la réponse présentée le 12 avril 2018 par M. A B équivalait à un défaut de réponse. Par suite, M. C B doit être déchargé de l'amende à laquelle il a été assujetti sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que M. et Mme B sont fondés à demander la décharge de l'amende qui a été infligée à M. C B pour un montant de 145 893 euros.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat qui est la partie perdante dans la présente affaire la somme de 1 500 euros à verser à M. et Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : M. C B est déchargé du paiement de la somme de 145 893 euros mise à sa charge par l'administration fiscale.
Article 2 : L'Etat versera à M. et Mme B une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C B et au directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme E et Mme D, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
La rapporteure,
K. D
Le président,
D. FERRARI Le greffier,
Y. JAMEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026