jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2204807 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge social |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 août 2022, un mémoire, enregistré le 22 août 2023, et un mémoire en production de pièces, enregistré le 6 septembre 2023, Mme B A demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 juin 2022 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde lui a accordé une remise gracieuse partielle à hauteur de 2 965,95 euros de sa dette concernant un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 5 931,89 euros pour la période du 1er janvier 2021 au 28 février 2022, en tant qu'il ne lui a pas été accordé une remise totale de sa dette ;
2°) de prononcer la décharge de la somme qui lui est réclamée.
Elle soutient que :
* la requête est recevable ;
* elle est de bonne foi ;
* sa situation financière ne lui permet pas de rembourser sa dette ;
* sa demande initiale de dérogation aurait pu être favorablement accueillie par le président du conseil départemental si elle avait été étudiée ;
* le restant dû de sa dette s'élève à 1 726,11 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 13 juin et le 11 septembre 2023, la caisse d'allocations familiales de la Gironde, représentée par sa directrice, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
* la requête est irrecevable pour tardiveté ;
* les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
* le code de l'action sociale et des familles ;
* le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Naud, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
* le rapport de M. Naud, magistrat désigné ;
* les observations de Mme A, qui persiste dans ses précédentes écritures et soutient, en outre, qu'elle travaille actuellement en région parisienne et que sa situation financière s'est améliorée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née en 1994, était bénéficiaire du revenu de solidarité active. Le 16 mars 2022, un indu d'un montant de 5 931,89 euros lui a été réclamé pour la période du 1er janvier 2021 au 28 février 2022. Le 29 mars 2022, elle a sollicité la remise gracieuse de sa dette. Le 20 juin 2022, la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde lui a accordé une remise partielle à hauteur de 2 965,95 euros. Mme A demande au tribunal l'annulation de cette décision en tant qu'il ne lui a pas été accordé une remise totale de sa dette.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ".
3. La caisse d'allocations familiales de la Gironde oppose en défense une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête. Il est vrai que dans sa requête initiale, Mme A a indiqué avoir reçu la décision attaquée le 24 juin 2022, alors que sa requête n'a été enregistrée au greffe du tribunal que le 26 août 2022. Toutefois, elle produit, à l'appui de son mémoire en réplique, l'enveloppe correspondant à la notification de la décision attaquée, dont il ressort que la date du 24 juin 2022 correspond en réalité à la date d'envoi du courrier et non à sa réception. La caisse d'allocations familiales n'apporte aucun élément permettant de déterminer avec certitude la date à laquelle la décision attaquée a été effectivement notifiée à la requérante. Par suite et compte tenu du délai normal d'acheminement du courrier, cette notification ne saurait être regardée comme étant intervenue avant le 26 juin 2022. Dans ces conditions, la requête a été introduite dans le délai de recours contentieux de deux mois et la fin de non-recevoir doit être écartée.
Sur la remise gracieuse de la dette :
4. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. / () ".
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
6. D'une part, il résulte de l'instruction que l'indu réclamé à Mme A a pour origine son statut d'étudiante à l'institut d'études judiciaires lors des années universitaires 2019/2020 et 2020/2021, qui faisait obstacle au bénéfice du revenu de solidarité active en application du 3° de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles. Plus précisément, il ressort du rapport d'enquête du 11 janvier 2022, faisant suite à un entretien réalisé le 5 octobre 2021, qu'elle était considérée comme étant en " chômage non indemnisé " au titre de sa situation professionnelle après avoir exercé une activité salariée inférieure à 78 heures aux mois de novembre et décembre 2020 notamment, mais sans qu'il soit fait mention de ses études en cours pour devenir avocate. Le caractère intentionnel d'une telle omission n'est pas établi, ainsi que l'a d'ailleurs estimé le contrôleur. La requérante a entrepris, après ses échanges avec le contrôleur, des démarches pour bénéficier d'une dérogation de la part du président du conseil départemental, mais un agent du département lui a répondu, le 25 octobre 2021, qu'elle n'était plus considérée comme étudiante et qu'une dérogation n'était ainsi pas nécessaire. Dès lors et ainsi que l'admet la caisse d'allocations familiales, aucune manœuvre frauduleuse ou fausse déclaration ne saurait être retenue à l'encontre de la requérante, qui s'avère de bonne foi.
7. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme A est célibataire et sans enfant. Au titre de ses charges, elle justifie avoir contracté un prêt de 15 000 euros au mois de mars 2020 avec des mensualités de remboursement de 184,90 euros sur une durée de dix ans. Mais au titre de ses ressources, elle a déclaré un salaire de 1 487 euros au mois de janvier 2023, de 2 053 euros au mois de février 2023 et de 2 176 euros au mois de mars 2023. Au regard de l'ensemble de cette situation financière, il n'est pas établi que le remboursement par Mme A du reliquat de sa dette serait actuellement susceptible de compromettre durablement l'équilibre de son budget et de menacer la satisfaction des besoins élémentaires de son foyer. Dans ces conditions et quand bien même le président du conseil départemental aurait pu lui accorder une dérogation si elle en avait fait la demande quand elle avait le statut d'étudiante, la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde a pu à bon droit estimer que la situation de précarité de Mme A justifie seulement que lui soit accordée la remise gracieuse partielle de sa dette à hauteur de 50 %, soit 2 965,95 euros.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Gironde en date du 20 juin 2022 en tant qu'il ne lui a pas été accordé une remise totale de sa dette.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de la Gironde. Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
Le magistrat désigné,
G. NAUD
La greffière,
C. AHIN
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026