jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2204858 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 septembre 2022, le 13 mars 2024 et le 10 avril 2024, Mme A C doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 8 juillet 2022 de la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les Harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie, en tant qu'elle a limité le montant de son indemnité à seulement 11 000 euros ;
2°) d'enjoindre à l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONaCVG) de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de condamner l'Etat au paiement de la somme de 350 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît l'article 13 du décret n° 2022-394 du 18 mars 2022 car elle n'a pas été informée de l'inscription de l'examen de sa demande à l'ordre du jour de la commission ;
- la présomption de préjudice n'a pas été respectée ;
- la décision litigieuse est insuffisamment motivée en fait ;
- il n'est pas établi que le président de la commission disposait d'un pouvoir pour prendre la décision ;
- la loi du 23 février 2022 n'a pas déterminé l'ensemble des fautes commises par l'Etat ;
- la période de référence doit aller au-delà du 31 décembre 1975 ;
- son préjudice moral est de 50 000 euros ;
- son préjudice lié au traumatisme psychique enduré est de 50 000 euros ;
- son préjudice scolaire et la perte de chance d'effectuer des études supérieures s'élève à 50 000 euros ;
- son préjudice résultant de l'entrée tardive sur le marché du travail, les emplois saisonniers et la faible rémunération des différents emplois occupés s'élève à 100 000 euros ;
- son préjudice en raison des discriminations et racisme subis est de 100 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2024 et un mémoire enregistré le 15 mai 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONaCVG) conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 11 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 mai 2024.
Par un courrier du 23 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tiré d'une part de l'irrecevabilité de la requête dès lors qu'elle ne contient aucun moyen et que le mémoire complémentaire a été enregistré postérieurement à l'expiration du délai de recours, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative et, d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'indemnisation des préjudices en l'absence de demande préalable.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience et n'étaient ni présentes ni représentées.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fernandez,
- et les conclusions de M. Bilate, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C a bénéficié par une décision du 8 juillet 2022 de la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les Harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie, d'un versement de 11 000 euros au titre de l'indemnisation instituée par la loi du 23 février 2022 portant reconnaissance de la Nation envers les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local. Mme C, doit être regardée comme demandant l'annulation de cette décision en ce qu'elle fixe l'indemnisation seulement à la somme de 11 000 euros. Elle demande également la condamnation de l'Etat au paiement de la somme de 350 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi.
2. D'une part, aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ".
3. La requête de Mme C enregistrée le 9 septembre 2022 ne présentait aucun moyen à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 8 juillet 2022, fixant le montant de son indemnisation à 11 000 euros. Des moyens de légalité externe et interne n'ont été présentés que dans le mémoire du 13 mars 2024, soit postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois qui courait au plus tard à compter de la date de saisine du tribunal. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation sont irrecevables et doivent être rejetées.
4. D'autre part, si Mme C sollicite dans son mémoire du 13 mars 2024 la condamnation de l'Etat au paiement de la somme de 350 000 euros en raison de différents dommages qui seraient liés au passage de sa famille dans les structures pour les Harkis, elle ne justifie cependant pas de l'existence d'autres préjudices que ceux qui lui ont déjà été indemnisés par l'octroi de la somme de 11 000 euros par la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation. Au surplus, elle n'établit pas par les pièces produites l'existence d'un préjudice moral, d'un préjudice pour les traumatismes psychiques endurés ou d'une perte de chance d'effectuer des études supérieures. De mêmes, les préjudices concernant l'entrée tardive sur le marché du travail ou les discriminations ne sont pas davantage justifiés.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à l'Office national des anciens combattants et des victimes de guerre.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
M. Fernandez, premier conseiller,
M. Boutet-Hervez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le rapporteur,
D. Fernandez
Le président,
D. Katz
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
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