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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205010

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205010

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205010
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSELARL BARRET - BERTRANDON - JAMOT - MALBEC - TAILHADES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2022, la SCEA Poujol, représentée par Me Bertrandon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 juillet 2022 par laquelle la directrice générale de l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer) a rejeté sa demande d'aide à la restructuration et à la reconversion du vignoble ;

2°) d'enjoindre à la directrice générale de FranceAgriMer de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de FranceAgriMer la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'auteur de la décision contestée ne disposait pas de la compétence pour la signer ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît le principe du droit à l'erreur prévu à l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2023, l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 7 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fernandez,

- les conclusions de M. Bilate, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le 27 avril 2021, la SCEA Poujol a transmis à FranceAgriMer une demande d'aide à la plantation dans le cadre de la restructuration collective qui prévoyait la plantation du cépage COT N sur les parcelles 1, 5, 6 et 8 et du cépage Cabernet Sauvignon sur les parcelles 2, 3, 4 et 7. Le 16 juin suivant, la SCEA a présenté une demande de modification visant à inverser les cépages plantés sur les parcelles (1, 5, 6 et 8 Cabernet et 2, 3, 4 et 7 COT N). Le même jour elle a présenté une demande de paiement de l'aide. Le 17 septembre 2021, FranceAgriMer a procédé à un contrôle sur place afin de vérifier la conformité des plantations par rapport aux cépages déclarés dans la demande. La contrôleuse ayant un doute, un second contrôle a eu lieu le 28 octobre 2021 avec un expert qui a confirmé que les parcelles plantées l'ont été avec un inversement des cépages annoncés. Suite à ces constats, FranceAgriMer a ouvert une procédure contradictoire le 17 mars 2022. La SCEA a présenté ses observations par un courriel du 14 avril 2022. Par décision du 20 juillet 2022, FranceAgriMer a rejeté la demande d'aide de la SCEA et a demandé le reversement de l'aide perçue. La SCEA Poujol demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, selon l'article D. 621-27 du code rural et de la pêche maritime : " Le directeur général de l'établissement est nommé par décret sur proposition du ministre chargé de l'agriculture. Le directeur général : () 6° Est ordonnateur principal des recettes et des dépenses de l'établissement ; il peut désigner des ordonnateurs secondaires et, sur proposition de l'agent comptable, des comptables secondaires ; () ".

3. Par une décision du 10 février 2020 régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'Agriculture n° 4 du 13 février 2020, la directrice générale de FranceAgriMer, a donné délégation à M. A, responsable du pôle instruction liquidation et signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer notamment les demandes de reversement d'aide et les actes portant refus de versement de tout ou partie d'une aide. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 14 de la décision INTV-GPASV-2020-69 de la directrice générale de FranceAgriMer du 9 décembre 2020 : " Toute divergence constatée entre les informations déclarées et celles constatées lors d'un contrôle sur place est communiquée au demandeur par FranceAgriMer avant décision d'application d'une réduction ou d'une exclusion basée sur ces constats ".

5. Il est constant que lors de ses demandes de modification et de paiement du 16 juin 2021, la SCEA Poujol a inversé les cépages qui avaient été réellement plantés sur les parcelles concernées par la demande. Ainsi, en refusant de verser l'aide sollicité au motif que les contrôles sur place avaient révélé que les plants ne correspondaient pas à la demande qui avait été faite, la directrice générale de FranceAgriMer n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude. Les premier et deuxième alinéas ne sont pas applicables : 1° Aux sanctions requises pour la mise en œuvre du droit de l'Union européenne ; () ".

7. En l'espèce, la décision contestée a été prise dans le cadre du dispositif d'aide à la restructuration et à la reconversion du vignoble et donc pour la mise en œuvre du droit de l'Union européenne. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 123-1 est inopérant.

8. Il résulte de ce qui précède que la SCEA Poujol n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 20 juillet 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la SCEA Poujol est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA Poujol et à l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

M. Fernandez, premier conseiller,

M. Boutet-Hervez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

D. Fernandez

Le président,

D. Katz

La greffière,

S. Fermin

La République mande et ordonne à la ministre de l'Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de la Forêt en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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