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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205163

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205163

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205163
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL ABEILLE ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 septembre 2022 et le 28 avril 2023, et des pièces enregistrées les 1er avril et 3 juin 2024, Mme E B, représentée par Me Ceberio Nery, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Libourne à lui verser la somme totale de 103 316,70 euros en réparation de ses préjudices résultant de l'infection contractée au décours de l'intervention du 19 juin 2017 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Libourne les entiers dépens, en ce compris les frais d'expertise, ainsi que la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité du centre hospitalier de Libourne doit être engagée en raison de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée au décours de l'intervention du 19 juin 2017 et des conséquences de la première intervention subie postérieurement, du 19 février 2018, qui est en lien avec l'infection nosocomiale, la part imputable à son état antérieur devant être limitée à 30% ;

- ses préjudices en lien avec l'infection nosocomiale doivent être indemnisés à hauteur de 2 395 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, de 2 969,51 euros au titre des frais divers, de 2 144 euros au titre de l'assistance par une tierce personne, de 9 938,20 euros au titre de la perte de gains professionnels actuels, de 2 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, de 12 000 euros au titre des souffrances endurées, de 10 800 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, de 7 000 euros au titre du préjudice d'agrément, de 1 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent, de 4 000 euros au titre du préjudice sexuel, de 8 569,99 euros au titre des dépenses de santé futures, de 15 000 euros au titre des frais de véhicule adapté et de 25 000 euros au titre de l'incidence professionnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 janvier, 2 août et 20 novembre 2023, et 5 juin 2024, le centre hospitalier de Libourne, représenté par Me Zandotti, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de limiter l'indemnisation de Mme B à 70 % du dommage et mettre à sa charge la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) de rejeter les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie, subsidiairement, de les limiter à 70% du dommage.

Il soutient que :

- il n'entend pas contester le droit à indemnisation de Mme B des conséquences de l'infection mais, une part du dommage étant en lien avec les interventions postérieures d'un autre praticien concernant des secteurs distincts de la chirurgie initiale, sans lien avec la survenue de l'infection, les sommes sollicitées doivent être réduites ;

- l'attestation d'imputabilité produite par la CPAM est lacunaire et ne tient pas compte des conclusions expertales retenant une part imputable à l'autre praticien ayant opéré l'intéressée ;

- les demandes de Mme B au titre des frais de déplacement aux expertises, chez son kinésithérapeute, des pertes de gains professionnels actuels, des frais de véhicule adapté, d'incidence professionnelle, du préjudice sexuel et du préjudice d'agrément ne sont pas fondées ;

- l'indemnisation de la requérante doit être réduite après application du taux de 70 % retenu par les experts, à la somme de 885,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, à 756 euros au titre de la tierce personne, à 2 800 euros au titre des souffrances endurées, à 700 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, à 4 424 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, à 700 euros au titre du préjudice esthétique permanent.

Par des mémoires enregistrés les 16 octobre et 15 décembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde, représentée par Me Boussac-Di Pace, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Libourne à lui verser la somme de 15 938,40 euros au titre des débours exposés pour son assurée ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Libourne à lui verser la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion en application des dispositions des articles 9 et 10 de l'ordonnance n° 96-51 du 24 janvier 1996 ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Libourne la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et la somme de 13 euros au titre des droits de plaidoirie ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Libourne les entiers dépens.

Elle soutient que les débours dont elle demande le remboursement ne concernent que les prestations imputables à l'infection nosocomiale dont Mme B a été victime.

Vu :

- l'ordonnance du 6 avril 2021 par laquelle la présidente du tribunal a taxé et liquidé les frais d'expertise confiée au docteur D C à la somme de 3 966 euros.

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont régulièrement été averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chauvin, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Champenois, rapporteure publique,

- les observations de Me Garaud, représentant la CPAM de la Gironde,

- et les observations de Me Del Risco, représentant le centre hospitalier de Libourne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B, née le 18 octobre 1973, a bénéficié au centre hospitalier de Libourne, le 19 juin 2017, d'une ostéotomie de Scarf associée à une ostéotomie de raccourcissement de varisation, en traitement d'un hallux valgus du pied gauche douloureux. Le 27 juillet 2017, Mme B a signalé par téléphone au service d'orthopédie du centre hospitalier de Libourne la présence de pus émanant de sa plaie et a, le 28 juillet 2017, consulté son médecin traitant qui lui a prescrit des antibiotiques. En l'absence d'amélioration, le 31 juillet 2017, Mme B s'est rendue aux urgences du centre hospitalier de Libourne qui a conclu à une suspicion d'infection post-opératoire de la cure chirurgicale d'hallux valgus. Le 1er août 2017, Mme B a été opérée en urgence pour infection profonde avec retrait du matériel d'ostéosynthèse. Les prélèvements bactériologiques ont révélé la présence d'un staphylocoque lugdunensis sans leucocytes, ce qui a conduit à lui prescrire une bi-antibiothérapie de six semaines.

2. Le 19 février 2018, Mme B a subi une opération consistant en une reprise de l'ostéotomie par un chevron de la tête de M1 associée à une ostéotomie de la première phalange de l'hallux et des ostéotomies DMMO des deuxième, troisième et quatrième métatarsiens, ainsi qu'un allongement de l'extenseur propre de l'hallux, réalisée par un praticien du centre de chirurgie orthopédique JFK de Libourne. Des prélèvements profonds ont été réalisés durant cette opération, qui se sont avérés négatifs. Le 24 août 2018, Mme B a été réopérée par le même praticien du centre de chirurgie orthopédique JFK de Libourne afin de réaliser une ostéotomie de dérotation de la première phalange de l'hallux, associée à un allongement de l'extenseur propre de l'hallux et une ténotomie du tendon adducteur conjoint de l'hallux associée à une ostéotomie percutanée du cinquième métatarsien et de la première phalange du cinquième orteil, ainsi qu'un allongement de l'extenseur du cinquième orteil et de nouveau le 1er juillet 2019.

3. Par deux ordonnances du 16 septembre et du 26 novembre 2019, le juge des référés a fait droit à la demande d'expertise de Mme B et désigné le Dr C, infectiologue, en qualité d'expert et le Dr A, orthopédiste, en qualité de sapiteur. Leur rapport a été déposé le 15 octobre 2020. Sur la base de celui-ci, Mme B demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Libourne à lui verser la somme totale de 103 316,70 euros en réparation de l'ensemble de ses préjudices.

Sur la responsabilité du centre hospitalier :

4. Aux termes du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Selon l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ; / () ".

5. Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

6. Il résulte de l'instruction que Mme B a subi le 19 juin 2017 une ostéotomie en traitement d'un hallux valgus douloureux. Il est constant qu'elle a présenté, dans le mois suivant cette opération, une infection du site opératoire et les prélèvements bactériologiques ont retrouvé un staphylocoque lugdunensis. L'expert désigné par le juge des référés conclut que le fait générateur de cette infection est l'opération du 19 juin 2017 au centre hospitalier de Libourne et confirme le caractère nosocomial. En conséquence, et en l'absence de cause étrangère, l'infection contractée par Mme B présente le caractère d'une infection nosocomiale dont la réparation des conséquences dommageables incombe, compte tenu du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique retenue par l'expert, au centre hospitalier de Libourne qui ne le conteste pas.

Sur la réparation des préjudices :

7. Il résulte de l'instruction que la consolidation de l'état de santé de Mme B a été fixée par l'expert à la date non contestée du 1er juillet 2020. Selon son rapport, non contesté sur ce point, l'infection nosocomiale contractée dans les suites de l'intervention du 19 juin 2017 au centre hospitalier de Libourne a imposé une reprise chirurgicale et une antibiothérapie adaptée. S'il résulte de l'instruction que Mme B a subi, postérieurement à l'opération du 19 juin 2017, trois autres opérations au centre de chirurgie orthopédique JFK de Libourne, seule la première de ces trois interventions, ayant consisté à une reprise de l'ostéotomie le 19 février 2018 afin de pallier au déplacement secondaire de la première ostéotomie, était, selon l'expert désigné par le juge des référés, en lien avec l'infection nosocomiale, les suivantes ayant été réalisées sur d'autres rayons que celui opéré au centre hospitalier de Libourne. Mme B est ainsi fondée à demander la condamnation du centre hospitalier de Libourne à réparer les préjudices en lien avec l'infection nosocomiale contractée dans cet établissement en ce compris, les conséquences de l'intervention du 19 février 2018 pratiquée dans un autre établissement.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux temporaires :

8. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a subi, du fait de l'infection nosocomiale contractée au cours de l'intervention chirurgicale du 19 juin 2017, un déficit fonctionnel temporaire total du 31 juillet 2017 au 2 août 2017, ainsi que le 19 février 2018. Elle a également subi un déficit fonctionnel temporaire de 50% du 3 août au 15 septembre 2017 et du 20 février 2018 au 5 mars 2018, ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire de 25% du 16 septembre 2017 au 18 février 2018 et du 5 mars 2018 au 5 avril 2018, et enfin un déficit fonctionnel temporaire de 10% du 6 avril 2018 au 23 août 2018. L'expert a précisé que ces périodes de déficit fonctionnel temporaire sont celles liées à la prise en charge de l'intéressée au centre hospitalier de Libourne. Contrairement à ce que fait valoir ce dernier, il n'y a pas lieu d'exclure les périodes relatives à la première des opérations effectuées au centre de chirurgie orthopédie JFK dans lequel la requérante a ensuite été prise en charge, dès lors qu'il résulte de l'instruction que cette opération du 19 février 2018 était également en lien avec l'infection nosocomiale. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi par Mme B, en lien avec l'infection nosocomiale contractée au centre hospitalier de Libourne, en l'évaluant sur la base de 21 euros par jour, à la somme arrondie de 1 974 euros.

9. En deuxième lieu, il résulte des termes du rapport de l'expert désigné par le juge des référés que Mme B a subi un préjudice esthétique temporaire évalué à 2 sur 7 en raison de la disgrâce dynamique et des reprises cicatricielles imposées par les prises en charge secondaires à l'infection nosocomiale. L'expert estime toutefois qu'une part des préjudices subis " revient à l'état antérieur et à l'évolution prévisible de la pathologie initiale " qu'il estime à 30%. Il sera ainsi fait juste une juste appréciation de ce préjudice, en lien direct avec la seule infection nosocomiale, en condamnant le centre hospitalier à lui verser une somme de 1 260 euros.

10. En troisième lieu, pour fixer les souffrances endurées à 4 sur 7, l'expert a considéré " les douleurs liées à l'infection, aux multiples séances de kinésithérapie, aux nombreuses interventions chirurgicales imposées par la reprise de la première ostéotomie, pour la prise en charge du sepsis et pour la prise en charge des rayons latéraux ". Il résulte du rapport d'expertise que seule une part de 70 % est directement imputable à l'infection nosocomiale contractée au centre hospitalier, ce que ne contestent pas les parties. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lien avec la seule infection nosocomiale contractée au centre hospitalier de Libourne, en allouant à Mme B la somme de 5 600 euros.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux permanents :

11. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expert désigné par le juge des référés, que le taux de déficit fonctionnel permanent de Mme B a été fixé à 6% mais, ainsi qu'il a déjà été dit, qu'une " part des préjudices revient à l'état antérieur et à l'évolution prévisible de la pathologie initiale " qu'il estime à 30%, " celle des préjudices en lien de causalité direct avec l'infection nosocomiale () est estimée à 70% ". Il sera dès lors fait une juste appréciation du déficit fonctionnel permanent de Mme B, âgée de 46 ans à la date de consolidation, en limitant, comme demandé, la condamnation du centre hospitalier de Libourne au versement d'une somme de 4 200 euros à ce titre.

12. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et particulièrement du rapport de l'expert désigné par le juge des référés, que la marche prolongée est difficile pour Mme B, limitant ainsi ses activités quotidiennes, et les activités sportives et de loisirs. La requérante produit par ailleurs des attestations de personnes de son entourage qui confirment qu'avant son opération, elle pratiquait la randonnée et la course à pied et qu'elle faisait également de la moto. Par conséquent, et dès lors qu'il n'est pas contesté qu'une part de ce préjudice est liée à l'état antérieur et à la pathologie de la requérante, il sera fait une juste appréciation de son préjudice d'agrément, en lui allouant la somme de 700 euros.

13. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B présente une cicatrice médiale, à la jonction des peaux plantaire et dorsale, peu visible de 7 centimètres. Elle présente également deux cicatrices dorsales en regard des 1er et 2ème espaces inter métatarsiens, de bel aspect, ainsi que deux cicatrices ponctiformes en regard du 5ème rayon. Mme B subit un préjudice esthétique permanent évalué par l'expert désigné par le juge des référés à 1 sur 7. Toutefois, ces deux cicatrices ponctiformes en regard du 5ème rayon sont consécutives aux deux opérations sans lien avec l'infection nosocomiale. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, en lui allouant la somme de 700 euros à ce titre.

14. En quatrième lieu, le préjudice sexuel dont Mme B demande l'indemnisation en lien direct avec l'infection nosocomiale dont elle a souffert dans les suites de l'intervention pour traiter l'hallux valgus de son pied gauche, n'est pas établi, alors même que l'expert désigné par le juge des référés a retenu un préjudice positionnel. Sa demande doit, par suite, être rejetée.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires :

15. En premier lieu, si Mme B soutient avoir fait le trajet long de 97 kilomètres pour se rendre en voiture à plusieurs consultations chez un kinésithérapeute en 2017, elle ne justifie pas de l'utilisation de son véhicule personnel, alors qu'elle allègue par ailleurs des difficultés à la conduite, ni son quantum, alors en outre que le centre hospitalier de Libourne relève qu'elle a déménagé à Bègles c'est-à-dire dans la même ville que ce praticien. Sa demande tendant à la condamnation du centre hospitalier de Libourne à lui rembourser les frais correspondants à 21 déplacements dans ce cabinet de kinésithérapie en 2017, qui sont contestés en défense, doit par suite être rejetée.

16. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la nécessité pour Mme B de recourir à l'assistance d'une tierce personne, dans les actes de la vie courante, a été évaluée par l'expert à sept heures par semaine durant les périodes de déficit fonctionnel temporaire à 50%, et à trois heures par semaine durant la période de déficit fonctionnel temporaire à 25%. Ce besoin antérieur au 23 août 2018 est directement imputable à l'infection nosocomiale contractée au centre hospitalier de Libourne. Il n'est pas contesté que cette aide, qui n'était pas spécialisée, lui a été fournie par son entourage et il n'est pas établi que l'assistance dont elle a ainsi bénéficié à cette période se serait élevée dans le cas d'espèce à un coût supérieur au taux horaire moyen de rémunération. Il ne résulte par ailleurs d'aucun élément du dossier que Mme B remplissait au cours de ces périodes les conditions légales pour bénéficier de l'allocation personnalisée d'autonomie, ni qu'elle aurait bénéficié d'une prestation compensatoire. Ainsi, et compte tenu de la moyenne du salaire minimum interprofessionnel de croissance horaire brut au cours des années 2017 et 2018, compris entre 9,76 et 9,88 euros, augmenté de 40% pour tenir compte des charges sociales, il sera fait une juste appréciation de son préjudice, calculé sur 412 jours, en allouant à Mme B au titre de l'assistance par une tierce personne en lien avec l'infection nosocomiale, la somme de 2 049 euros.

17. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B, qui travaillait comme responsable de rayon dans une grande surface, a été placée en arrêt de travail du 31 juillet 2017 au 8 octobre 2019, puis licenciée pour inaptitude. Il résulte de l'instruction, et notamment de son avis d'imposition, qu'elle percevait avant l'intervention en litige, pour l'année 2016, des salaires à hauteur de 19 137 euros, représentant un montant journalier de 52,43 euros. Or, selon les attestations de paiement des indemnités journalières versées par l'assurance maladie les indemnités perçues au cours de son arrêt de travail se sont élevées à la somme de 30,43 euros du 22 juin au 18 juillet 2017, puis à 40,57 euros par jour du 19 juillet 2017 au 31 décembre 2018, soit un total de 31 160,08 euros après déduction des cotisations sociales. Il s'ensuit que la perte de gains professionnels subie pour la période de 799 jours considérée a été de 10 731 euros. Compte tenu de la part imputable à la seule infection nosocomiale, retenue par les experts et non contestée par les parties, il y a lieu de mettre 70% de cette somme à la charge du centre hospitalier de Libourne, soit la somme arrondie de 7 511 euros.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents :

18. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme B devra exposer en lien avec les séquelles de l'infection nosocomiale des dépenses de santé pour l'achat de deux paires de semelles par an à vie. Elle établit par la production d'une feuille de soins de son pédicure-podologue et d'un détail des versements effectués par sa mutuelle, que la somme non contestée de 131,14 euros reste à sa charge pour chaque paire de semelle achetée, soit 91,80 euros, compte tenu de sa pathologie antérieure. Pour la période comprise entre la date de consolidation, le 1er juillet 2020, et la date du présent jugement, elle ne justifie effectivement que d'un seul achat de semelles orthopédiques qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Libourne à cette hauteur. Pour l'avenir, en tenant compte de la capitalisation calculée sur la base de l'euro de rente viagère applicable dans le cas d'une femme âgée de cinquante ans à la date de la liquidation, de 44,718 selon le barème 2022 de la Gazette du Palais au taux d'intérêt de -1% conforme aux données économiques actuelles, le préjudice de Mme B, sera justement évalué à la somme de 5 747,16 euros. Ainsi, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Libourne au paiement de la somme de 5 839 euros au titre des dépenses de santé.

19. En deuxième lieu, il résulte des termes du rapport d'expertise que l'état de santé de Mme B nécessite d'acquérir un véhicule avec une boîte de vitesse automatique. Pour justifier du montant de 15 000 euros demandés au titre des frais de véhicule adapté, l'intéressée, invitée par mesure d'instruction à préciser le quantum de son préjudice, s'est bornée à produire une estimation par La Centrale du prix de revente d'un véhicule qu'elle indique être de modèle équivalent à celui dont elle est propriétaire, avec boite automatique. En l'absence d'éléments permettant d'évaluer le surcout seul indemnisable, au regard notamment de la valeur de son véhicule actuel, sa demande doit, en l'état de l'instruction, être rejetée.

20. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B, qui occupait des fonctions de responsable rayon charcuterie/fromage à la coupe dans une grande surface, a été déclarée inapte à tous postes impliquant la station debout prolongée, le piétinement et le port de charges supérieurs à 3kg, et a été licenciée pour inaptitude du fait d'une impossibilité de reclassement dans un poste équivalent. Si elle a retrouvé un autre emploi en contrat à durée indéterminée à compter du 9 octobre 2019 en qualité d'assistante commerciale qui lui procure des revenus supérieurs à ceux qu'elle percevait avant l'intervention litigieuse, il n'est pas contesté qu'en raison des séquelles dont elle reste atteinte, Mme B a été contrainte à une reconversion. Compte tenu de son âge à la date de la consolidation, et déduction faite de la part imputable à son état et sa pathologie antérieurs, il sera fait une juste appréciation de son préjudice en lien avec l'infection nosocomiale dont elle a été victime en l'évaluant à la somme de 2 800 euros.

21. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Libourne doit être condamné à payer à Mme B la somme de 32 633 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les conclusions de la CPAM :

22. D'une part, la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde produit à l'appui de ses prétentions, une attestation d'imputabilité établie par son médecin conseil le 10 novembre 2022, ainsi qu'une notification définitive de ses débours, établie le 14 décembre 2022, justifiant qu'elle a exposé pour son assurée, en lien avec la prise en charge de l'infection nosocomiale survenue dans les suites de l'intervention du 19 juin 2017, des frais hospitaliers, des frais médicaux et des frais pharmaceutiques, et qu'elle lui a versé des indemnités journalières à compter du 31 juillet 2017, pour un montant total de 15 938,40 euros. Le centre hospitalier de Libourne sera condamné au paiement de cette somme en remboursement des débours de la caisse.

23. D'autre part, aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". L'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 fixe les montants minimum et maximum de cette indemnité forfaitaire de gestion à respectivement 118 euros et 1 191 euros.

24. Eu égard à la somme accordée à la caisse primaire d'assurance maladie telle que mentionnée ci-dessus, celle-ci a droit à l'indemnité forfaitaire régie par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, pour son montant maximum de 1 191 euros. Il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Libourne à lui verser cette somme.

Sur les dépens :

25. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

26. D'une part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier de Libourne les frais de l'expertise, taxés et liquidés à la somme de 3 966 euros par une ordonnance du 6 avril 2021.

27. D'autre part, Mme B justifie avoir exposé des frais non pris en charge par son assurance protection juridique pour se rendre, en train, aux opérations d'expertise judiciaire, pour un montant de 276,60 euros qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Libourne au titre des dépens.

Sur les frais liés au litige :

28. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Libourne le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à Mme B et celle de 1 000 euros à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'une somme de 13 euros au titre des droits de plaidoirie de l'avocate de cette dernière, présente à l'audience.

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B, qui n'a pas la qualité de partie perdante à la présente instance, la somme que sollicite sur ce fondement le centre hospitalier de Libourne.

DECIDE :

Article 1er : Le centre hospitalier de Libourne est condamné à verser à Mme B la somme de 32 633 euros.

Article 2 : Le centre hospitalier de Libourne est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde la somme de 15 938,40 euros.

Article 3 : Le centre hospitalier de Libourne est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Les frais de l'expertise taxés et liquidés à la somme de 3 966 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Libourne.

Article 5 : Le centre hospitalier de Libourne est condamné à verser à Mme B une somme de 276,60 euros en remboursement des frais de déplacement pour se rendre aux opérations d'expertise et une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le centre hospitalier de Libourne est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de 13 euros au titre des droits de plaidoirie.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde, à la SA Generali Vie et au centre hospitalier de Libourne. Copie sera adressée au docteur C, expert.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente rapporteure,

Mme de Gélas, première conseillère,

Mme Ballanger, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La première assesseure,

C. DE GÉLAS La présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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