Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205177
lundi 19 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2205177 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge social |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2022, et un mémoire en production de pièces, enregistré le 18 octobre 2022, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui attribuer un logement correspondant à ses besoins et ses capacités.
Il soutient que sa demande de logement a été déclarée urgente et prioritaire étant dépourvu de logement et ayant la garde de son enfant mineur depuis le mois de juillet 2022.
La requête a été communiquée à la préfète de la Gironde le 21 octobre 2022 qui n'a produit aucune observation.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'habitation et de la construction ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges concernant la garantie du droit au logement prévue par l'article prévue par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Mme B a, au cours de l'audience publique, présenté son rapport.
L'instruction a été close après que M. A, seule partie présente à l'audience, a formulé ses observations.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 28 avril 2022, notifiée par courrier du 15 mai 2022, la commission de médiation du département de la Gironde a reconnu M. A comme prioritaire et devant être relogé d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Dans la présente instance, M. A demande au tribunal, en application du I de l'article L. 441-2-3-1 du même code, d'ordonner à l'Etat de lui attribuer un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités.
2. Aux termes de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable à la date de la décision de la commission de médiation : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans les départements d'outre-mer et dans les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois " L'article R. 778-2 du code de justice administrative dispose que le recours à fin d'injonction prévu à l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation doit être formé " dans un délai de quatre mois à compter de l'expiration des délais prévus aux articles R. 441-16-1, () du code de la construction et de l'habitation. () " . Il résulte de ces dispositions que le point de départ du délai imparti au préfet pour faire une offre de logement au demandeur déclaré prioritaire par la commission de médiation est la date de la décision de cette commission et que le délai de quatre mois imparti au demandeur pour saisir le tribunal administratif en l'absence de proposition de logement court à compter de l'expiration du délai imparti au préfet.
3. Par une décision du 28 avril 2022, la commission de médiation compétente pour le département de la Gironde a jugé la demande de logement social de M. A urgente et prioritaire. Dès lors, le préfet de la Gironde a disposé, en vertu des dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation, d'un délai de six mois, délai non franc, pour proposer un logement au requérant. Le délai dont il s'agit a ainsi expiré le 28 octobre 2022. La requête de M. A, enregistrée le 28 septembre 2022, initialement prématurée, s'est trouvée toutefois régularisée, le délai précité ayant expiré en cours d'instance.
4. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes des dispositions du I de l'article L. 441-2-3-1 du même code: " Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. ()". Ces dispositions fixent une obligation de résultat pour l'Etat, désigné comme garant du droit au logement opposable par le législateur. Le juge administratif, saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande tendant à ce qu'il ordonne le logement ou le relogement d'une personne dont la commission de médiation a estimé qu'elle est prioritaire et doit être logée en urgence, doit y faire droit s'il constate qu'il n'a pas été offert à cette personne un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités tels qu'ils ont été définis par la commission.
5. Ainsi qu'il a été dit, la commission de médiation a reconnu la demande de logement de M. A urgente et prioritaire. Il ne résulte pas de l'instruction, en l'absence de mémoire en défense, que la préfète de la Gironde ait fait une offre d'hébergement à M. A, dans le délai mentionné ci-dessus. Il y a lieu, dès lors, de lui enjoindre de proposer au requérant dans un délai de deux mois un logement adapté à ses besoins et à ses capacités, l'intéressé vivant avec son enfant mineur dont il a à ce jour la garde permanente.
6. Aux termes du III de l'article L. 441-2-3-1 : " Lorsque la juridiction administrative est saisie d'un recours dans les conditions prévues au I, elle peut ordonner l'accueil dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale ". Ces dispositions permettent au juge administratif, saisi d'une demande de logement, de prévoir une mesure d'hébergement s'il estime qu'elle est mieux adaptée à la situation de l'intéressé ; toutefois, indépendamment de cette possibilité, il est loisible au juge, lorsqu'il ordonne que le demandeur soit logé ou relogé, d'ordonner également que, dans l'attente de l'attribution d'un logement, il soit pourvu à son accueil temporaire dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, une telle mesure temporaire pouvant être décidée en raison de la situation particulièrement précaire du demandeur de logement, notamment lorsque celui-ci n'est pas hébergé.
7. Il résulte de ce qui a été dit que M. A est sans logement. Il soutient sans contestation qu'il dort parfois dans sa voiture avec son enfant mineur et être hébergé de temps en temps chez des tiers divers. Il indique également " l'hiver approchant, je m'inquiète ". Dans ces conditions, et compte tenu de ce qui précède, dans l'attente de l'exécution de l'injonction prévue au point 5 ci-dessus, il y a lieu d'ordonner à la préfète de la Gironde d'accueillir les intéressés dans une des structures mentionnées au III de l'article L. 441-2-3-1 précité dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Il est enjoint à la préfète de la Gironde d'attribuer à M. A un logement répondant à ses besoins et à ses capacités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde d'attribuer à M. A et son enfant dans l'attente de l'attribution d'un logement, un hébergement dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un foyer-logement ou une résidence à vocation sociale dans les 15 jours suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à la préfète de la Gironde et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.
La magistrate désignée,
P. BLa greffière,
C. AHIN
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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