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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205186

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205186

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205186
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMAB AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a été saisi par la société Expert Habitat pour contester des ordres de recouvrement d'un trop-perçu d'aide d'activité partielle, d'un montant total de 26 002,44 euros. La société invoquait notamment un défaut de motivation, l'illégalité du contrôle inopiné ayant fondé la décision de remboursement, et l'absence de preuve de fraude. Le tribunal a rejeté l'ensemble des demandes, considérant que la décision attaquée était suffisamment motivée et que le contrôle, bien qu'inopiné, était régulier au regard des pouvoirs des inspecteurs du travail. Il a estimé que les éléments recueillis, notamment les courriels, établissaient la réalité du travail effectué pendant la période d'activité partielle, caractérisant ainsi une fraude. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code du travail relatives au contrôle de l'activité partielle et sur le principe selon lequel la charge de la preuve de la fraude incombe à l'administration, charge qui a été jugée remplie en l'espèce.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 8 septembre 2022 le président du tribunal administratif de Limoges a transmis au tribunal la requête présentée par la société à responsabilité limitée Expert Habitat le 6 septembre 2022.

Par cette requête enregistrée le 12 septembre 2022 au greffe du tribunal administratif de Bordeaux et deux mémoires respectivement enregistrés les 4 mai 2023 et 19 février 2024, la société à responsabilité limitée Expert Habitat représentée par Me Azot-Benaroche demande au tribunal :

1°) d'annuler la notification en date du 8 avril 2022 par l'agence de service et de paiement des ordres de recouvrer n°AEMP2022024871 et AEMP20220248872 pour un trop perçu de l'aide d'activité partielle représentant un montant total de 26 002, 44 euros émis à son encontre par son président directeur général pour un trop perçu de l'aide d'activité partielle ;

2°) de prononcer le sursis de paiement et de l'exécution de la décision attaquée jusqu'au jugement à intervenir en application de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros HT soit 6 000 TTC en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration puisqu'elle a la nature d'une sanction ; l'administration était tenue de lui indiquer les motifs de fait et les éléments de calcul la fondant ne serait-ce que par référence à un document les comportant et lui ayant été précédemment adressé comme cela est consacré par un principe général du droit ;

- l'administration n'a pas procédé à l'examen de sa situation individuelle ;

- la décision attaquée ne pouvait pas être édictée avant l'expiration des délais de recours contre la décision du préfet de la Dordogne ordonnant le remboursement des sommes perçues au titre de l'activité partielle du 14 février 2022 ;

- les décisions implicites de rejet de ses recours gracieux et hiérarchiques sont illégales en application de l'article 5 de la loi du 11 juillet 1979 dès lors qu'en dépit de ses demandes en ce sens formulées par lettre recommandées avec accusé de réception, les motifs de ces décisions ne lui ont pas été communiqués ;

-la décision attaquée est illégale car elle a été édictée dans le cadre d'une opération complexe puisqu'elle est fondée sur la décision du préfet de la Dordogne du 14 février 2022 qui est elle-même illégale :

- tout d'abord, le préfet ne démontre pas la fraude et d'ailleurs c'est son gérant qui a obtenu le procès-verbal dans le cadre de la procédure encore pendante devant le tribunal judiciaire de Bergerac et le parquet de Bergerac n'a pas mis en mouvement l'action publique, la procédure a été initiée par l'inspecteur du travail à la suite d'un contrôle inopiné sur place transmettant le procès-verbal au parquet le 1er avril 2021, le tribunal correctionnel a renvoyer le parquet à mieux se pourvoir pour cause de nullité ;

- le contrôle inopiné par deux inspectrices du travail sur place le 8 octobre 2020 aurait dû être précédé d'un contrôle sur pièces conformément aux instructions ministérielles des 5 et 14 mai 2020 c'est-à-dire uniquement au cas de fraude complexe demandant la mobilisation de pouvoirs d'enquête qui excèdent ceux des agents en charge de l'activité partielle ;

- lors de leur contrôle inopiné les inspectrices auraient dû indiquer leur identité et leur qualité contrairement à l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration ce qu'elles n'ont pas fait pour ne pas appliquer l'article L. 241-1 de ce code mais la procédure prévue à l'article L. 241-2 du même code ; elles auraient dû vérifier si les salariés n'étant pas en activité ce jour-là étaient ceux déclarés comme étant en activité partielle ; elles auraient dû attendre l'arrivée de son conseil comme son gérant le leur a demandé ; elles ont méconnu l'article R. 8124-26 du code du travail car elles ont fait preuve d'une attitude inappropriée ; elles n'avaient pas le pouvoir à ce stade de leurs investigations de consulter les boîtes mails personnelles et professionnelles du personnel ; elles ne pouvaient pas tirer par conclusion de la consultation de mails échangés entre salariés qu'ils travaillaient sur leur lieu de travail habituel durant la période de chômage alors qu'une seule adresse mail générique de l'entreprise a été consultée et que les adresses gmail.com peuvent être consultées de n'importe quel ordinateur ou téléphone mobile et non pas d'un poste de travail dédié ; les seuls mails annexés au procès-verbal ne démontrent pas la matérialité de la fraude ;

- le service vérificateur ne l'a pas informé du droit à l'erreur auquel elle a adroit en application des articles L.123-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'administration ne démontre pas la fraude reprochée dans le procès-verbal alors que la charge de la preuve pèse sur elle et l'obligeait à prouver sa mauvaise foi

-il ressort du procès-verbal que l'élément matériel de la fraude n'est pas démontré puisque les seuls éléments exploités par les inspectrices sont les mails écrits durant le confinement alors qu'un courriel ne fait foi que s'il est certifié par un organisme certifié conformément à l'article L. 1316-4 du code civil ; d'ailleurs le service vérificateur a répertorié 4 types de courriels en annexe au PV 05/2021 alors qu'au total plus de 20 courriels émis sont annexés ; elles n'ont exploité que les mails de l'adresse dédiée alors que des échanges ont également eu lieu par le biais des adresses gmail.com propre à chaque employé ; de façon générale les mails exploités par les inspectrices ne sont pas signés, n'ont obtenu aucune réponse et ne peuvent pas être attitré de manière formelle à un auteur nommément identifiable ; cela est attesté par le mail envoyé à toute son équipe par M. D le 17 mars 2020 ; ensuite le premier mail annexé au PV est celui du 19 mars 2020 qui a pu être écrit par Mme A depuis son domicile via l'adresse mail dédiée de la société mais qui n'est pas signé et auquel M. D n'a jamais répondu et qui indique en réalité que le personnel était bien en arrêt ; quant au mail de M. D mentionnant la reprise d'activité au 15 avril 2020, il ne démontre pas à lui seul la reprise de l'activité de l'entreprise dès lors qu'il n'est pas corroboré par une enquête auprès des clients de la société ; enfin le dernier mail exploité par les enquêtrices et envoyé à l'ensemble de l'équipe le 4 mai 2020 indique bien que l'équipe est à l'arrêt et que la reprise n'interviendra que le 7 mai 2020 soit à la date de la sortie du confinement et que les mesures de sécurité liées à la situation sanitaire seront mises en place ;

- l'élément intentionnel de la fraude n'est pas démontré car les inspectrices n'ont pas exploité ni même communiqué ou annexé au procès-verbal le mail de M. D du 17 mars 2020 envoyé à 7h04 alors même qu'elles l'ont parcouru ; il suffit à démontrer le défaut d'élément intentionnel de la fraude ;

- les informations relatives au contrôle de la DGCCRF dans le cadre du plan de contrôle immobilier du 1er mars 2023 ne sont pas établies par le préfet ; l'inscription de privilège par l'URSSAF auprès du tribunal de commerce de Bergerac en date du 1er septembre 2023 n'était pas obligatoire en vue de son quantum, de plus cette inscription est établie hors délai et assise sur une créance ni certaine ni exigible ; elle est préjudiciable à l'obtention de concours bancaires et donc à son activité.

Par trois mémoires en défense enregistrés respectivement les 6 avril et 16 juin 2023, et le 29 janvier 2024, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision attaquée est suffisamment motivée et démontre qu'il a bien procédé à un examen particulier de la situation de la requérante, celle-ci ne contestant pas que les bases de la liquidation lui ont bien été communiqué par courrier du 12 juillet 2021 ; en outre, la décision attaquée est fondée sur la sanction administrative du 14 février 2022 qui est elle-même suffisamment motivée ;

- la consultation des messages électroniques professionnels contenus sur n'importe quel support entre dans le cadre des pouvoirs d'enquête conférés aux inspecteurs du travail par les articles L. 8113-5-1 et L.81113-5-2 du code du travail ; les inspectrices ont donc légalement pu consulter les mails envoyés depuis et reçus par la messagerie dédiée de la société ;

- l'élément intentionnel de la fraude est un élément qui n'est exigé que dans le cadre de l'établissement d'un délit pénal dont il appartient à la seule autorité judiciaire de connaître mais qui n'avait pas à être démontré par l'administration ; la règlementation du travail, et notamment les articles L. 8272-1 et D. 8272-5 du code du travail exige seulement que le procès-verbal ait été porté à la connaissance du préfet pour qu'il enclenche le processus de remboursement de l'indu sans exiger que l'action publique soit mise en mouvement ni une condamnation du tribunal correctionnel pour fraude avant que puisse être initié le recouvrement de l'indu ; enfin, le parquet de Bergerac a mis en mouvement l'action publique en renvoyant M. D devant le tribunal correctionnel pour un délit constitutif de travail illégal mentionné à l'article L. 8211-1 du code du travail c'est à dire bénéficier ou tenter de bénéficier frauduleusement des allocations liées à l'activité partielle et cela même si la citation doit être refaite ;

- en tout état de cause, les inspectrices avaient le droit de procéder à un contrôle sur place inopiné conformément aux pouvoirs qui leurs sont conférés par l'article L. 8112-1 du code du travail ; en outre, l'article R. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration s'oppose à ce que la requérante, pour contester le caractère inopiné du contrôle réalisé sur place, lui oppose les termes de l'instruction ministérielle du 5 mai 2020 ; elle est inopposable aux administrés dès lorsqu'elles n'entrent pas dans le champ d'application de l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration comme le démontre le fait qu'elle n'a été publié sur aucun site dédié prévus par les articles L. 312-3 et D. 312-11 du code des relations entre le public et l'administration et n'a fait l'objet d'aucune communication officielle sur le site légifrance ;

- bien que cela soit indépendant de la contestation en litige, M. D fait actuellement l'objet d'une procédure de manquement à la règlementation prévue par le code de la consommation du fait de son comportement systématiquement agressif à l'égard des agents de contrôle et de l'irrespect des injonctions de l'administration.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.

- les observations de Me Menarroche, représentant la société expert Habitat ;

- les observations de Mme C, représentant le préfet de la Dordogne.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Expert Habitat a déposé trois demandes d'autorisation préalable de mise en activité partielle deux en 2020 et une en 2021. Elle a obtenu les autorisations sollicitées les 2 avril 2020, 23 novembre 2020 et 20 mai 2021. Puis elle a déposé huit demandes d'indemnisation relatives aux périodes d'autorisation de placement en situation d'activité partielle de ses salariés pour la période comprise entre le 17 mars et le 30 juin 2020, et pour la période comprise entre le 30 octobre et le 31 décembre 2020, auprès de la direction départementale du travail, de l'emploi et des solidarités (DDETS) de la Dordogne. Elle a obtenu des autorisations tacites et a perçu au total 26 002,44 euros d'aides. A la suite d'un contrôle, les services de l'inspection du travail, ont dressé un procès-verbal le 1er avril 2021constatant l'existence d'une infraction s'inscrivant dans le champ de l'article L. 8211-1 du code du travail pour dissimulation d'emploi salarié et fraude à l'obtention des indemnités d'activité partielle. Par décision du 14 février 2022, le préfet de la Dordogne a demandé à la société requérante de lui rembourser la somme des allocations indues perçues au titre de l'activité partielle pour un montant de 26 002, 44 euros. Le 8 avril 2022 le président directeur général de l'agence de service et de paiement (ASP) a notifié à la société Expert Habitat des ordres de recouvrer n°AEMP2022024871 et AEMP20220248872 pour ce trop perçu de l'aide d'activité partielle. Le 25 avril 2022 la société requérante a formé un recours gracieux contre cette décision auprès de l'ASP ainsi qu'un recours hiérarchique auprès du ministre du travail. Ces deux recours ont été implicitement rejetés. La société Expert Habitat doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 8 avril 2022 par laquelle l'ASP lui a notifié des ordres de recouvrer n°AEMP2022024871 et AEMP20220248872 pour un trop perçu de l'aide d'activité partielle représentant un montant total de 26 002, 44 euros et de la décharger de la somme afférente.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, s'il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté, l'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, les moyens critiquant les vices propres dont serait entachée la décision prise sur ce recours gracieux ne peuvent être utilement invoqués. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions rendues sur recours gracieux et hiérarchique est inopérant et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aucune disposition ni aucun principe ne fait obstacle à ce que l'ASP émette l'ordre de recouvrer alors même que la décision de sanction qui en constitue le fondement n'est pas devenue définitive. En tout état de cause, le moyen tiré du caractère prématuré de la décision de sanction n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". En vertu de ces dispositions, la mise en recouvrement d'une créance doit comporter, soit dans le titre de perception lui-même, soit par la référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul ayant servi à déterminer le montant de la créance.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le titre attaqué et le courrier joint indiquent qu'ils correspondent à un trop-perçu de " l'aide activité partielle ". En outre, ce titre fait suite à deux courriers des 7 juin et 12 juillet 2021 de l'administration informant la société requérante qu'il était envisagé de lui demander, sur le fondement de l'article L. 8272-1 du code du travail, le remboursement des aides versées, dont le montant et les dates de versement sont précisées, et qui correspondent bien au montant total de 26 002,44 euros, à raison de l'infraction constatée par le procès-verbal des inspectrices du travail du 1er avril 2021, et l'invitant à présenter ses observations. La requérante a, de plus, été destinataire de la décision de sanction par courrier du 14 février 2022, qui expose les motifs et le détail de la créance en litige et qui l'informe de l'émission à venir d'un ordre de reversement par l'ASP. Au surplus, la société requérante était d'autant plus informée qu'une procédure judiciaire était également en cours, notamment pour " fraude aux indemnités au titre de l'activité partielle constatée lors d'un contrôle sur place ". Dès lors, le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, si la société requérante se prévaut d'une instruction ministérielle du 5 mai 2020 relative au déploiement du plan de contrôle a posteriori sur l'activité partielle dans le cadre de la crise COVID-19, cette instruction d'ordre générale à destination des services de l'administration ne fait que synthétiser les dispositions des articles L. 8272-1 et des articles D. 8271-1 et suivants du code du travail, ainsi que rappeler les prérogatives et moyens d'intervention des agents de contrôle prévus par les articles L. 8113-1 à 11 de ce code. Elle est dépourvue de caractère réglementaire et en tout état de cause, elle ne prévoit pas que les agents de contrôle sont tenus d'exercer d'abord un contrôle sur pièces avant d'effectuer un contrôle sur place. Dès lors, le moyen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 8124-25 du code du travail : " L'agent de contrôle pénètre librement, sans avertissement préalable, à toute heure du jour et de la nuit dans tout établissement assujetti à son contrôle. Lors d'une visite d'inspection, inopinée ou non, l'agent de contrôle informe de sa présence l'employeur ou son représentant, à moins qu'il n'estime qu'un tel avis risque de porter préjudice à l'efficacité du contrôle. L'agent de contrôle doit être muni de sa carte professionnelle afin de justifier de sa qualité. " Aux termes de l'article L. 8113-1 du même code : " Les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1 ont un droit d'entrée dans tout établissement où sont applicables les règles énoncées au premier alinéa de l'article L. 8112-1 afin d'y assurer la surveillance et les enquêtes dont ils sont chargés. Ils ont également un droit d'entrée dans les locaux où les travailleurs à domicile réalisent les travaux définis à l'article L. 7424-1. Toutefois, lorsque les travaux sont exécutés dans des locaux habités, les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1 ne peuvent y pénétrer qu'après avoir reçu l'autorisation des personnes qui les occupent. ". Aux termes de l'article R. 8124-5 du même code : " Le directeur général du travail, autorité centrale du système d'inspection du travail, veille au respect par toute autorité et toute personne placée sous son autorité des obligations, prérogatives et garanties prévues pour l'inspection du travail par le présent code de déontologie. ". Aux termes de l'article R. 8124-26 du même code : " L'agent reste, en toute circonstance, courtois à l'égard des personnes présentes sur le lieu de travail ou dans le local affecté à l'hébergement des travailleurs soumis à son contrôle ". Aux termes de l'article L. 8113-5-1 du même code : Pour la recherche et la constatation des infractions constitutives de travail illégal mentionnées à l'article L. 8211-1, les agents de contrôle définis par voie règlementaire peuvent obtenir, au cours de leurs visites, communication de tout document comptable ou professionnel ou tout autre élément d'information propre à faciliter l'accomplissement de leur mission. Ils peuvent également en prendre copie immédiate, par tout moyen et sur tout support. Pour la communication des données informatisées, ils ont accès aux logiciels et aux données stockées ainsi qu'à la restitution en clair des informations propres à faciliter l'accomplissement de leur mission. Ils peuvent en demander la transcription par tout traitement approprié en des documents directement utilisables pour les besoins du contrôle. ".

8. Tout d'abord, il résulte de l'instruction et plus particulièrement du procès-verbal établi par les inspectrices, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que les deux inspectrices du travail ont décliné leurs identité et fonctions en présentant leurs cartes de mission conformément à l'article R. 8124-25 du code du travail précité. De plus, il résulte des dispositions précitées que les inspectrices du travail n'avaient pas pour obligation d'attendre le gérant de la société dès lors qu'elles possédaient un droit d'entrée dans tout établissement, sauf dans les locaux habités, et cela à toute heure du jour et de la nuit. Elles ont pu également ne pas informer préalablement l'employeur en estimant que cela risquait de porter préjudice à l'efficacité du contrôle.

9. Ensuite, il ne résulte pas non plus de l'instruction que les inspectrices auraient manqué à leur obligation de courtoisie dans l'exercice de leurs fonctions, tels que prévus à l'article R. 8124-26.

10. Enfin, il résulte de l'article L. 8113-5-1 du code du travail que pour la recherche et la constatation des infractions constitutives de travail illégal mentionnées à l'article L. 8211-1 du code du travail, les inspectrices avaient le droit de procéder à la consultation des boîtes mails dans le cadre du droit d'accès aux documents. En outre, si la société requérante soutient que les inspectrices ont consulté des courriels issus de boîtes mails personnelles aux employés de la société, elle déclare elle-même dans ses écritures que les inspectrices font exclusivement état de courriels issus de la seule boîte mail générique de la société, à savoir l'adresse " experthabitat24@gmail.com ". La seule circonstance dont la société requérante se prévaut de ce que les salariés pouvaient consulter et émettre depuis cette boîte mail à leur domicile, ne permet pas de conclure qu'il s'agit d'une boîte mail personnelle.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué.

La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude. ".

12. Il résulte des dispositions précitées que le préfet n'était pas tenu d'informer la société requérante du droit à l'erreur prévue à l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il décidait de l'existence d'une fraude.

13. En septième lieu, aux termes de l'article L. 8211-1 du code du travail : Sont constitutives de travail illégal, dans les conditions prévues par le présent livre, les infractions suivantes : 1° Travail dissimulé ; 2° Marchandage ; 3° Prêt illicite de main-d'œuvre ; 4° Emploi d'étranger non autorisé à travailler ; 5° Cumuls irréguliers d'emplois ; 6° Fraude ou fausse déclaration prévue aux articles L. 5124-1 et L. 5429-1. ".

14. Il résulte de l'instruction que la société avait déclaré que les salariés concernés n'avaient effectué aucune heure de travail entre le 30 mars et le 10 mai 2020. Or, le procès-verbal dressé par les inspectrices du travail démontre, à partir de la consultation de la boîte mail de la société et des agendas, l'existence d'une activité des salariés. Il est vrai que le mail émis depuis la boîte mail de la société par le gérant le 4 mai 2020 indiquait " Bonjour à tous, A tout juste une semaine de la reprise, j'espère que vous vous portez bien et que ce confinement est supportable. Voici doc les préparatifs afin de pourvoir reprendre dans les meilleures conditions. Halima, Cindy et Laurence, pourriez-vous vous concerter afin de pouvoir vous répartir les tâches afin d'adopter la meilleure stratégie dans le but de planifier tous les rdv en attente et éventuellement contacter les agences afin d'obtenir le maximum de missions. Ainsi, nous pourrions définir le nombre de techniciens nécessaires dès la reprise ". Toutefois, le gérant de la société avait indiqué dans son mail du 15 avril 2020 émis depuis la même boîte : " Objet : REPRISE D'ACTIVITE Cher partenaire, Nous vous informons que la société Expert Habitat reprend son activité mais dans le plus grand respect des normes sanitaires. Nous assurons les interventions à partir du mercredi 15 avril seulement pour les biens immobiliers inoccupés et toujours dans le respect des consignes de sécuritéL'équipe expert habitat ". Si la société requérante se prévaut de ce que M. D a assuré seul l'ensemble des missions de la société durant la période en litige, il convient de rappeler que l'objet de l'aide à l'activité partielle est de pallier à l'absence d'activité professionnelle à confier aux salariés durant la période concernée et non aux conséquences du choix fait par l'employeur d'accomplir seul les tâches qui incombent normalement à ses salariés. Par suite, les inspectrices du travail ont pu sans commettre d'erreur d'appréciation et en se fondant notamment sur le contenu des mails générés depuis la boîte professionnelle générique de la société requérante, estimer que l'existence de fausses déclarations était matériellement établie au sens de l'article L. 8211-1 du code du travail.

15. Enfin, aux termes de l'article L. 8272-1 du code du travail : " Lorsque l'autorité administrative a connaissance d'un procès-verbal relevant une des infractions constitutives de travail illégal mentionnées à l'article L. 8211-1, elle peut, eu égard à la gravité des faits constatés, à la nature des aides sollicitées et à l'avantage qu'elles procurent à l'employeur, refuser d'accorder, pendant une durée maximale de cinq ans, certaines des aides publiques en matière d'emploi, de formation professionnelle et de culture à la personne ayant fait l'objet de cette verbalisation. Cette décision de refus est prise sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées. L'autorité administrative peut également demander, eu égard aux critères mentionnés au premier alinéa, le remboursement de tout ou partie des aides publiques mentionnées au premier alinéa et perçues au cours des douze derniers mois précédant l'établissement du procès-verbal. "

16. Si la société requérante soutient que l'élément intentionnel de la fraude n'est pas établi, cet élément n'est exigé que pour caractériser l'infraction pénale du délit de travail dissimulé par fraude, la mise en œuvre de l'article L. 8272-1 du code du travail étant par ailleurs indépendante des poursuites judiciaires.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la société Expert Habitat doivent être rejetées.

Sur la demande de sursis de paiement prévue par l'article L. 277 du livre des procédures fiscales :

18. La société requérante ne peut valablement se prévaloir des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales dès lors que ces dispositions ne sont applicables qu'au contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge et que le montant en litige relatif à un trop perçu de l'aide d'activité partielle est une créance de nature non fiscale. Par suite la demande tendant à l'application de cet article doit être rejetée

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont la société Expert-Habitat demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la SARL Expert Habitat est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Expert Habitat, au préfet de la Dordogne et à l'agence de services et de paiement.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme E et Mme B, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

K.BENZAID

Le président,

D. FERRARI La greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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