jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2205307 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | GUIDET ET ASSOCIE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 4 octobre 2022 le vice-président du tribunal administratif de Cergy-Pointoise a renvoyé au tribunal administratif de Bordeaux la requête de M. et Mme B C.
Par cette requête enregistrée le 23 août 2022 au greffe du tribunal administratif de Bordeaux et un mémoire enregistré le 20 juin 2024, M. et Mme C représentés par Me Guidet demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des impositions et des majorations mises à leur charge au titre des impôts sur le revenu et des prélèvements sociaux pour les années 2015 et 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 4 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
En ce qui concerne la recevabilité :
-contrairement à ce que fait valoir la défense, les moyens nouveaux relatifs à la régularité de la procédure d'imposition ou aux pénalités peuvent être invoqués par les parties jusqu'à la clôture de l'instruction dans la limite du dégrèvement ou de la restitution sollicités en application de l'article L.199 du livre des procédures fiscales tant que chaque nouveau moyen est fondé sur ces causes juridiques ; ils ont sollicité, dans le cadre du recours préalable, la décharge des rappels d'impôts sur le revenu et des prélèvements sociaux pour les années 2015 et 2016 et pour des montants respectifs de 28 640 et 14 046 euros ; ces montants correspondent aux conséquences financières des impositions supplémentaires mises en recouvrement comprenant les différents revenus catégoriels ayant fait l'objet d'un rehaussement soit les salaires, les dividendes et les revenus distribués de sorte que les impositions ont bien été contestées dans la réclamation contentieuse ; le fait que dans sa requête introductive d'instance il n'a visé que l'un des chefs de redressement ne fait pas obstacle à ce qu'il expose ultérieurement de nouveaux moyens relatifs à d'autres chefs de redressements dans la limite du dégrèvement sollicité initialement ; ce sont des moyens nouveaux et non des conclusions nouvelles ;
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
- les propositions de rehaussements en matière de revenus distribués proposées à son épouse et lui concernent en réalité des dépenses qui ne sont pas des dépenses personnelles et ne constituent donc pas des revenus distribués ; les travaux avaient en réalité pour objet de créer un bureau et une salle de réunion comme cela avait été indiqué dans le mail du 15 avril 2018 et comme cela ressort des photographies jointes ; ces travaux étaient dédiés à une activité de formation -salle de réunion- et non à une activité personnelle ou de chambres d'hôtes ; l'administration n'a pas distingué entre la résidence principale du contribuable, la maison d'hôtes " Le clos d'Any " et les pièces qui serviront à l'activité de formation ; la maison étant d'une grande superficie, elle permet la séparation des activités ;
- l'administration a qualifié à tort de dépenses pour M. C au motif qu'elles étaient établies au nom de ce dernier, les factures pour petites fournitures ; les dépenses ayant pour libellé " BV SARL Pgoursat " sont en réalité des frais de brochure et de reliure dans le cadre de l'activité de formation et ne constituent donc pas des revenus distribués ; elles sont donc parfaitement déductibles et pourront bénéficier d'une application modérée du droit fiscal ;
En ce qui concerne les pénalités de majoration de 40% appliquée sur le fondement de l'article 17929-a du code général des impôts :
- elles sont entachées d'un défaut de motivation en méconnaissance de l'article 3 de la loi du 11 juillet 1979 puisque l'administration indique seulement dans sa proposition de rectification du 22 novembre 2018 que l'importance des sommes omises et leur caractère répétitif suffisent à caractériser le manquement délibéré ; or selon la doctrine administrative invoquée sur le fondement des articles L. 80A et L. 80B du Livre des procédures fiscales le document comportant la motivation doit indiquer les circonstances particulières de l'affaire soit le fondement légal de la sanction, l'existence et la nature exacte des infractions commises par le contribuable qui justifient l'application de la sanction ; c'est aussi le cas pour les dépenses de travaux et de fournitures, l'administration s'étant bornée à indiquer qu'il s'agit de dépenses personnelles par nature correspondant à des revenus distribués sans apprécier les circonstances propres à l'affaire ;
-les pénalités ne pouvaient pas lui être infligées car l'administration ne justifie ni sa mauvaise foi ni qu'il se serait rendu délibérément coupable d'omissions ou insuffisances de déclarations ; le caractère intentionnel de l'infraction fait défaut.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2023 et un mémoire enregistré le 24 juillet 2024, non communiqué, le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est le gérant de l'EURL Performance Booster Body assurant une activité de formation continue d'adultes. Son entreprise a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 8 mars au 5 juillet 2018 au titre des exercices 2015 et 2016. A l'issue du contrôle M. C a reçu une proposition de rectification en date du 22 novembre 2018 visant à modifier l'impôt sur les sociétés et la TVA au titre des exercices 2015 et 2016. Par courrier du 20 décembre 2018 M. C a formulé des observations et sollicité la prorogation du délai de 30 jours dont il disposait pour présenter ses observations. Par courrier du 5 février 2019, l'administration fiscale a maintenu la totalité des rectifications proposées initialement et répondu à ses observations. Elle a mis en recouvrement des sommes au titre de la TVA pour les années 2015 et 2016 et au titre de l'impôt sur les sociétés pour l'année 2016. Elle a également adressé une proposition de rectification à M. C et à son épouse le 22 novembre 2018 tirant les conséquences du rehaussement du résultat de l'entreprise sur les revenus perçus par le foyer fiscal et a mis à leur charge au titre des impôts sur les revenus et des prélèvements sociaux pour les exercices 2015 et 2016 la somme totale de 42 686 euros. La réclamation des requérants en date du 14 janvier 2021 a été rejetée par décision du 15 juin 2022. M. et Mme C demandent au tribunal de prononcer la décharge de la totalité des impositions supplémentaires ainsi mises à leur charge et des pénalités dont elles ont été assorties.
Sur les conclusions aux fins de décharge des impositions en litige :
En ce qui concerne les revenus considérés comme distribués :
2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués :1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ;2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. () " . Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. Toutefois, ces bénéfices sont augmentés de ceux qui sont légalement exonérés dudit impôt, y compris les produits déductibles du bénéfice net en vertu du I de l'article 216, ainsi que des bénéfices que la société a réalisés dans des entreprises exploitées hors de France et diminués des sommes payées au titre de l'impôt sur les sociétés. ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ". Par ailleurs, aux termes de l'article 39 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment :1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'oeuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. ". Enfin, aux termes de l'article 47 de l'annexe II du même code : " Toute rectification du bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés au titre d'une période sera prise en compte au titre de la même période pour le calcul des sommes distribuées. ".
3. Il résulte de l'instruction que s'agissant des sommes regardées comme des revenus distribués par l'entreprise Performance Booster Body et imposées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers entre les mains de M. et Mme C, l'administration fiscale a mis en œuvre la procédure de redressement contradictoire et non la procédure de taxation d'office. M. et Mme C n'ayant pas accepté les rehaussements notifiés, il appartient à l'administration fiscale d'apporter la preuve de l'existence et du montant de ces distributions.
S'agissant des rehaussements relatifs aux dépenses de matériaux et travaux de construction :
4. La qualité de seul maître de l'affaire suffit à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts précité, par la société en cause, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes ou qu'elles auraient été versées à des tiers étant sans incidence à cet égard.
5. L'administration fiscale a considéré que les dépenses relatives aux factures émises aux noms de M. et de Mme C pour des matériaux de construction et des travaux effectués au 1 Lardon à Fontet et inscrites comme charges déductibles de l'entreprise Performance Booster, constituent en réalité des dépenses personnelles au profit des époux. Ces derniers indiquent eux-mêmes avoir acheté le matériel concerné et réalisé une partie des travaux de construction d'un bureau de 16 m² et d'une salle de réunion dont ils apportent des photographies. Toutefois, l'administration a estimé que ces matériaux et travaux facturés non pas au nom de l'entreprise mais au nom personnel des époux étaient destinés à leur maison principale dans laquelle est également exploité la maison d'hôtes " Le clos d'Any " qui n'est pas enregistrée comme établissement secondaire à l'entreprise Performance Booster. Dans ces conditions, eu égard à la relation d'intérêt liant l'entreprise Performance Booster, dont M. C est le gérant et actionnaire à 100 pour 100 et l'activité de maison d'hôtes le " Clos d'Any " qu'il exploite avec son épouse au sein de leur résidence principale, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du caractère personnel des dépenses de travaux et matériaux de construction facturés au nom des époux. Par suite, c'est à bon droit, que ces dépenses ont été qualifiées de revenus distribués et imposés comme revenus des capitaux mobiliers au titre des impôts sur le revenu des années concernées soient 2015 et 2016.
S'agissant des rehaussements relatifs aux dépenses de fournitures administratives :
6. Les dépenses de fournitures administratives facturées par la société BV SARL Pgoursat ont été inscrites comme dépenses dans le compte 6064 de l'entreprise Performance Booster. Toutefois, elles ont été établies au nom de M. C et non de l'entreprise. L'administration a donc pu considérer à bon droit qu'il s'agissait de dépenses personnelles et de revenus distribués et les imposer au titre des revenus des capitaux mobiliers de l'exercice 2016.
7. Par suite, M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale a imposé les sommes en litige dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
Sur les pénalités :
8. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré. (). ".
9. D'une part, et ainsi qu'il a été dit, le manquement tenant à l'existence de revenus distribués, taxables à l'impôt sur le revenu, est établi. D'autre part, M. C est le gérant actionnaire à 100 pour 100 de l'entreprise Performance Booster à laquelle il a fait supporter le coût de dépenses personnelles. Dans ces conditions, le caractère délibéré du manquement quant à l'existence de revenus distribués tenant à la prise en charge de dépenses personnelles pour lesquelles l'intérêt de l'entreprise n'est pas démontré est établi.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par M. et Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions tendant à la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et au directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme D et Mme A, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
K. A
Le président,
D. FERRARI La greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026