mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2205489 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LAPLAGNE ET BROUILLOU-LAPORTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 octobre 2022, Mme B A, née C, représentée par Me Laplagne, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner la commune de Carcans à lui verser la somme de 18 730,80 euros en réparation de son préjudice corporel ;
2°) à titre subsidiaire, de désigner avant-dire-droit un expert médical chargé de décrire et d'évaluer ses préjudices ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Carcans la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le 30 juillet 2020, une excavation non signalée dans la chaussée de l'aire de stationnement pour camping-cars de la commune de Carcans a causé sa chute ;
- la responsabilité de la commune de Carcans est engagée à raison du défaut d'entretien de l'ouvrage public que constitue cette chaussée, dont elle était usagère ;
- aucun cas de force majeure ni faute lui étant imputable, de nature à exonérer la commune de Carcans, ne sont caractérisés ;
- elle a subi plusieurs préjudices évalués à la somme globale de 18 730,80 euros.
Par des mémoires enregistrés le 28 décembre 2022 et le 8 mars 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Pau-Pyrénées, agissant pour le compte de la CPAM de Dordogne, représentée par Me Bardet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Carcans à lui verser la somme de 17 879 euros au titre des prestations définitives versées à Mme A, née C ;
2°) de condamner la commune de Carcans à lui verser la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Carcans la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La CPAM soutient que :
- Mme A a été victime d'un accident en raison de l'absence de signalement d'un trou sur la voie publique dont la commune de Carcans est responsable en application de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ;
- sa créance s'élève à la somme définitive de 17 879 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, la commune de Carcans, représentée par la SARL Boissy avocats associés, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la requête et les conclusions présentées par la CPAM de Pau-Pyrénées ;
2°) à titre subsidiaire, de réduire à de plus justes proportions l'indemnisation demandée ;
3°) de mettre à la charge de Mme A la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requérante ne rapporte pas la preuve de la matérialité des faits ;
- il ne peut être retenu un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;
- la victime a commis une faute de nature à l'exonérer de sa responsabilité ;
- l'indemnisation demandée par la requérante doit être réduite.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lorrain Mabillon ;
- les conclusions de M. Roussel Cera, rapporteur public ;
- les observations de Me Tekin, représentant Mme A ;
- et les observations de Me Dubois, représentant la commune de Carcans.
Considérant ce qui suit
1. Le 30 juillet 2020, alors que l'aire de stationnement pour camping-cars de la commune de Carcans où elle stationnait avec sa famille était évacuée en raison de la proximité d'un feu de forêt, Mme A déclare avoir chuté après avoir trébuché sur une excavation de la chaussée. Elle a été hospitalisée pour un hématome à la cuisse gauche du 31 juillet au 18 août 2020. Par deux courriers du 14 septembre 2020 et du 8 août 2022 auxquels il n'a pas été répondu, elle a adressé à la commune de Carcans une demande préalable indemnitaire en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de cet accident. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner la commune de Carcans à lui verser la somme globale de 18 730,80 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, d'établir l'existence de l'obstacle et d'un lien de causalité direct et certain entre celui-ci et le préjudice. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.
3. En premier lieu, la requérante déclare avoir chuté sur son côté gauche en raison d'un trou non signalé dû à l'arrachage d'un poteau situé à l'entrée de l'aire de camping-car de la commune de Carcans. Au soutien de ses allégations, la requérante, qui établit que son camping-car était bien stationné sur les lieux, ce que la commune ne conteste pas, produit des témoignages de son mari et de son fils, témoins directs de l'accident, et une photographie des lieux montrant l'existence de cette excavation. En outre, les éléments de son dossier médical produits par la requérante corroborent son récit d'une chute lourde sur son côté gauche. Dans ces conditions, la requérante établit la matérialité d'un lien de causalité entre l'ouvrage que constitue la chaussée et ses blessures.
4. En deuxième lieu, la commune de Carcans, qui reconnait l'existence d'une excavation sur laquelle a trébuché la requérante, causée par l'arrachage d'un poteau et de son socle en béton, se borne à faire valoir qu'elle était trop récente pour qu'elle ait eu le temps de la réparer complètement et qu'elle l'aurait comblée provisoirement. Cependant, il ressort des photographies produites par la requérante que même à considérer que l'excavation avait, à la date de l'accident, été partiellement rebouchée, une partie creuse subsistait dont la commune ne démontre pas qu'elle aurait été peu profonde. En outre, la commune, qui ne prétend pas qu'elle avait signalé ce défaut présent sur une chaussée certes destinées aux véhicules mais où, s'agissant d'un parking, des piétons pouvaient être amenés à circuler, ne justifie pas qu'elle n'aurait pas disposé d'un délai suffisant pour prendre les mesures adaptées. Dans ces conditions, la commune n'établit pas, ainsi qu'elle en a la charge, que l'obstacle sur lequel a buté Mme A ne constituait pas un danger excédant ceux que les usagers doivent s'attendre à rencontrer sur la voie publique et contre lesquels ils doivent se prémunir en prenant les précautions nécessaires. La commune ne justifiant pas de l'entretien normal de l'ouvrage, Mme A est fondée à demander l'engagement de sa responsabilité.
5. En troisième lieu, pour s'exonérer partiellement de sa responsabilité, la commune fait valoir que Mme A, qui n'avait pas à circuler sur une chaussée réservée aux véhicules, connaissait l'existence de ce trou. S'il résulte de l'instruction que Mme A a chuté alors que l'aire de stationnement était évacuée, de nuit, en raison de la proximité d'un incendie, ce qui a pu contribuer à altérer sa vigilance, elle reconnaît avoir eu connaissance de la présence de cette excavation et du risque qu'elle présentait, ce que les témoignages qu'elle produit confirment. Dans ces conditions, Mme A, qui circulait sur une chaussée principalement destinée aux voitures et de nuit, ce qui justifiait qu'elle fasse preuve d'une prudence particulière, a commis une faute de nature à exonérer la commune de Carcans à hauteur de 15%.
En ce qui concerne les préjudices de Mme A :
6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport du 20 janvier 2022 déposé à l'issue de l'expertise médicale diligentée par l'assureur de la requérante, que la consolidation de l'état de santé de Mme A a été fixée par l'expert à la date du 1er mai 2021. Selon son rapport, non contesté sur ce point, la chute de Mme A a occasionné un volumineux hématome à la cuisse gauche, ce qui est corroboré par les extraits du dossier médical de la requérante.
7. En premier lieu, il résulte de cette expertise que la requérante a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 31 juillet au 18 août 2020, de 75% du 19 août 2020 au 18 septembre 2020, de 50% du 19 septembre 2020 au 18 octobre 2020, de 25% du 19 octobre 2020 au 15 mars 2021 et de 10% du 16 mars 2021 au 30 avril 2021. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi par Mme A en l'évaluant, sur la base de 21 euros par jour, à la somme de 2 042 euros, soit 1 736 euros en application du partage de responsabilité.
8. En deuxième lieu, les souffrances endurées ont été estimées par l'expert à 3 sur une échelle de 1 à 7. Il en sera fait une juste appréciation en fixant à 3 000 euros la somme destinée à les réparer, après application du partage de responsabilité.
9. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme A, qui indique faire beaucoup de marche aquatique à La Réunion et avoir suivi une kinésithérapie avec balnéothérapie, a présenté pendant plusieurs mois un hématome très large de 25x11 cm en lien direct avec sa chute. Dans ces conditions, son préjudice esthétique temporaire sera indemnisé à hauteur de 500 euros après application du partage de responsabilité.
10. En dernier lieu, en revanche si Mme A soutient avoir acquitté des honoraires de médecin conseil pour les besoins de l'expertise diligentée par son assureur pour un montant de 350 euros, elle ne le justifie pas, alors que la note d'honoraires qu'elle produit ne lui est pas personnellement adressée et que la commune soutient en défense qu'elle aurait été acquittée par son assureur. Par ailleurs, si l'expert a fixé le besoin en assistance par une tierce personne à 2 heures par jour du 19 août au 18 septembre 2020, et à 1 heure par jour du 19 septembre au 18 octobre 2020, Mme A n'allègue pas, alors même que la commune le conteste en défense, avoir effectivement eu besoin ni recours à une telle aide, alors que la macrocible de sortie établi par la clinique mutualiste du médoc le 15 août 2020 conclut qu'elle est autonome dans les actes de la vie courante. Enfin, dès lors qu'il résulte de l'instruction que la requérante présentait, antérieurement à sa chute, une gonalgie qui avait déjà nécessité des soins et une kinésithérapie, elle n'établit pas que l'accident survenu le 30 juillet 2020 est à l'origine de son déficit fonctionnel permanent. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande d'indemnisation de ces postes de préjudices.
Sur les débours de la CPAM :
11. La CPAM justifie, par la production d'un relevé des débours détaillé et une attestation de médecin conseil, avoir exposé des frais de séjour hospitaliers, médicaux, pharmaceutiques et d'appareillages pour un montant de 17 879 euros entre le 31 juillet 2020 et le 1er mai 2021, date de consolidation, en lien avec sa chute survenue le 30 juillet 2020. Il y a donc lieu de condamner la commune de Carcans, compte tenu de l'exonération partielle de responsabilité, à lui rembourser la somme de 15 197,15 euros.
12. Il résulte de ce qui précède que la commune de Carcans doit être condamnée à payer, d'une part, à Mme A, une indemnité de 5 236 euros et, d'autre part, à la CPAM de Pau-Pyrénées la somme de 15 197,15 euros.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
13. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023, il y a lieu d'allouer à la CPAM de Pau-Pyrénées la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les frais liés à l'instance :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Carcans une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens et une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la CPAM de Pau-Pyrénées et non compris dans les dépens.
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Carcans demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Carcans est condamnée à verser à Mme A la somme de 5 236 euros.
Article 2 : La commune de Carcans est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées la somme de 15 197,15 euros.
Article 3 : La commune de Carcans est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : La commune de Carcans versera à Mme A une somme de 1 500 euros et à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à caisse primaire d'assurance maladie de Pau-Pyrénées et à la commune de Carcans.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
Mme Ballanger, première conseillère,
Mme Lorrain Mabillon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
La rapporteure,
A. LORRAIN MABILLON La présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026