mardi 26 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2205709 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BIROT-RAVAUT ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces, enregistrés le 27 octobre 2022, 26 octobre 2023, le 7 février 2024 et le 21 août 2024, M. A B, représenté par Me Chevallier, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser la somme totale de 509 720,01 euros en réparation des préjudices subis ;
2°) de mettre à la charge du département de l'ONIAM une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l'ONIAM aux dépens.
Il soutient que :
- il a subi le 7 août 2019 un accident médical non fautif ; il remplit les conditions requises par les dispositions de l'article L. 1142-1 II du code de la santé publique et peut ainsi prétendre à une indemnisation au titre de la solidarité nationale ;
- ses préjudices doivent être indemnisés comme suit : 36 110,33 euros au titre de l'assistance par une tierce personne temporaire, 345,82 euros au titre des frais divers, 111 044,75 euros au titre de la tierce personne professionnelle, 6 552 euros au titre de la tierce personne permanente familiale échue, 139 959,45 euros au titre de la tierce personne permanente familiale à échoir, 8 109,19 euros au titre des frais de logement adapté échus, 10 318,77 euros au titre des frais relatifs aux travaux d'adaptation de son logement, 29 745,50 euros au titre des frais de véhicule adapté échus, 15 555,20 euros au titre des frais de véhicule adapté à échoir, 11 979 euros du titre du déficit fonctionnel temporaire, 20 000 euros au titre des souffrances endurées, 7 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 90 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 6 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 5 000 euros au titre du préjudice d'agrément, 1 500 euros au titre du préjudice sexuel, 5 000 euros au titre du préjudice d'impréparation, 5 000 euros au titre du préjudice d'anxiété.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 29 mars 2023 et 6 mai 2024, l'ONIAM, représenté par Me Ravaut, conclut au rejet de la requête à titre principal, à la réduction des prétentions du requérant à titre subsidiaire.
Il fait valoir que :
- la survenue de l'AVC de M. B le 7 août 2019 constitue un échec thérapeutique non indemnisable par la solidarité nationale ;
- la condition d'anormalité du dommage n'est pas remplie ;
- le préjudice tiré de l'assistance par une tierce personne doit être évalué sur la base d'un taux horaire de 13 euros et l'allocation personnalisée d'autonomie perçue depuis le 10 février 2020 doit être déduite ; la demande de 199 euros au titre d'un appareil d'électrostimulation doit être rejetée dès lors que les experts n'en ont pas retenu la nécessité et que cette dépense est susceptible d'être prise en charge par la caisse de sécurité sociale ; l'indemnisation des frais de logement adapté doit être limitée aux seules adaptations du logement retenues par les experts concernant la salle de bains, la terrasse et un monte-escalier ; l'indemnisation des frais d'adaptation du véhicule se fait en tenant compte d'un renouvellement tous les sept ans, et cette dépense est susceptible d'être prise en charge au titre de l'aide personnalisée d'autonomie ; l'indemnisation du déficit fonctionnel permanent doit être faite en tenant compte des prestations éventuellement perçues par le requérant au titre de ce préjudice ; le préjudice d'agrément n'est pas justifié ; aucune indemnisation au titre du préjudice d'impréparation, qui n'est pas en lien avec l'accident médical, et du préjudice d'anxiété, qui n'est pas établi, ne peut être allouée.
Par des mémoires, enregistrés les 9 janvier, 18 juillet et 6 août 2024, la CPAM de Pau Pyrénées a indiqué qu'elle n'entendait pas intervenir à l'instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Champenois, rapporteure ;
- et les conclusions de M. Roussel Cera, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 18 mai 1954, a bénéficié, le 7 août 2019, d'une intervention chirurgicale au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux visant à la désobstruction de la carotide interne droite. A son réveil, il a été constaté une hémiplégie gauche justifiant la réalisation d'une angio-IRM laquelle a mis en évidence un accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique sur le Flair du territoire sylvien superficiel droit avec atteinte du territoire sylvien jonctionnel droit. Un angio-scanner réalisé le même jour faisant évoquer un thrombus pariétal sans écarter une éventuelle dissection carotidienne, une thrombo-aspiration a été réalisée et un stent carotidien interne droit mis en place. Estimant que l'hémiplégie gauche, qui a rendu son membre supérieur gauche inutilisable, avec blocage du coude et rétractation tendineuse au niveau de la main, ainsi que la paralysie des releveurs du pied gauche sont imputables à l'intervention chirurgicale du 7 août 2019, M. B a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Aquitaine le 13 janvier 2022. Une expertise a été diligentée et confiée à un médecin spécialisé en chirurgie vasculaire et un médecin spécialisé en neurologie. Ceux-ci ont remis leur rapport le 8 avril 2022. Par un avis du 16 juin 2022, la CCI a rejeté la demande d'indemnisation de M. B. Dans le cadre de la présente instance, ce dernier demande au tribunal de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à l'indemniser de ses préjudices.
Sur la prise en charge par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale :
2. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. () ". Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM est seul chargé d'indemniser, au titre de la solidarité nationale, les victimes de préjudices résultant d'accidents médicaux directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique.
3. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès.
4. Il est constant que M. B, alors âgé de 65 ans, présentait à l'échodoppler artériel des troncs supra aortiques réalisé le 12 avril 2019 une sténose serrée asymptomatique de la carotide interne droite supérieure à 70% mais aussi de la carotide interne gauche à moins de 50%. Il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise que la désobstruction de la carotide interne droite réalisée le 7 août 2019 était indiquée et a été réalisée conformément aux règles de l'art. Dès le réveil, M. B a présenté une hémiplégie gauche massive justifiant à 16 heures 09 la réalisation d'une angio-IRM puis d'un angioscanner et une tentative après thrombo-aspiration, de stenting de la carotide interne droite thrombosée. Le rapport d'expertise indique que cet AVC a pour origine l'intervention chirurgicale pratiquée le 7 août 2019.
5. L'ONIAM soutient qu'il s'agit en réalité d'un échec thérapeutique, puisque l'intervention avait pour objet d'éviter la survenue d'un AVC, et produit l'analyse d'un médecin conseil, lequel affirme que, au vu des facteurs de risques cardiovasculaires de M. B, et de la caractérisation hypoéchogène de la plaque carotidienne, le patient présentait un risque élevé d'évènement cardiovasculaire. Cependant, d'une part, il résulte de l'instruction que le risque de présenter un AVC en lien avec l'état général du patient avait été mis en évidence le 12 avril 2019, et confirmé le 24 juin 2019, ce qui a motivé l'indication opératoire, sans que M. B ne présente de symptômes d'AVC à ce moment-là, ni même le jour de l'intervention chirurgicale, le 7 août 2019. C'est immédiatement après la réalisation de l'acte chirurgical, dès son réveil, que le patient a présenté les signes d'un AVC alors qu'il n'en avait pas présenté avant. D'autre part, le risque de présenter un AVC en lien avec l'intervention est connu et quantifié par les experts à 3%. Dans ces conditions, la survenue d'un AVC le 7 août 2019 doit être regardée comme imputable à l'intervention chirurgicale pratiquée le même jour et constitue un accident médical.
6. Il résulte de l'instruction que M. B était exposé, à court ou moyen terme, à un risque d'AVC. Ainsi, l'intervention du 7 août 2019 n'a pas entrainé de conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement.
7. Ainsi qu'il vient d'être exposé, le risque d'un AVC post-opératoire immédiat chez les patients atteints, comme en l'espèce, d'une sténose carotidienne asymptomatique, est un risque connu de l'ordre de 3 % dont M. B a d'ailleurs été informé. A supposer même que ce risque puisse être considéré comme plus important chez M. B en raison de la présence d'une plaque hypodense à potentiel emboligène, le risque de présenter un AVC en lien avec la désobstruction de la carotide interne droite doit être regardé, dans les conditions où l'acte a été accompli, comme faible. Ainsi, les conséquences dommageables qui résultent de cette complication sont anormales au regard de l'état de santé initial de M. B comme de l'évolution prévisible de celui-ci.
8. Il résulte enfin de l'instruction que M. B présente un déficit fonctionnel permanent évalué à 55% par les experts mandatés par la CCI. Ainsi, le critère de gravité défini par l'article D. 1142-1 du code de la santé publique est rempli.
9. Il résulte de ce qui précède que les conditions d'indemnisation des préjudices de M. B au titre de la solidarité nationale sont réunies.
Sur les préjudices :
10. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de M. B est consolidé depuis le 6 avril 2022.
En ce qui concerne les préjudices temporaires :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
11. En premier lieu, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
12. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. B a eu besoin d'une assistance par une tierce personne à hauteur de 22 heures par semaine, afin de réaliser les actes de la vie courante, du 22 janvier 2020, date à laquelle il est retourné à son domicile, au 6 avril 2022, date de consolidation. Il produit des devis et factures du service d'aide et d'accompagnement à domicile auquel il a eu recours, lesquelles mentionnent un taux horaire de 21,74 euros, et qu'il y a lieu de retenir dans les circonstances de l'espèce. Ainsi, le montant du besoin s'élève à 55 002,22 euros dont il convient de déduire l'allocation personnalisée d'autonomie qu'il a perçue à hauteur de 561,81 euros par mois du 10 février 2020 au 28 février 2022, déduction faite de sa participation d'un montant de 167,35 euros selon la décision d'attribution du président du conseil départemental de la Dordogne du 14 février 2020, puis de 546,71 euros par mois, déduction faite de sa participation fixée à 184,29 euros selon la décision de renouvellement de cette aide du 8 février 2022. Du 1er mars 2022 au 6 avril 2022, il a perçu 683,39 euros, déduction faite de sa participation. Ainsi, le montant de ce poste de préjudice s'élève à la somme de 40 835,39 euros.
13. En deuxième lieu, M. B a exposé des frais de reproduction de ses dossiers médicaux à hauteur de 151,82 euros, dépense en lien direct et certain avec l'accident médical dont il a été victime.
14. En troisième lieu, M. B justifie de l'achat d'un appareil d'électrostimulation pour un montant de 199 euros, dépense qui est en lien avec l'accident médical, eu égard à son objet, et qui n'a pas été prise en charge par la caisse primaire d'assurance maladie.
15. En quatrième lieu, les experts ont relevé la nécessité d'adapter la douche et les toilettes de son logement, ainsi que, plus généralement, la nécessité de réaliser des travaux en vue de l'accessibilité de celui-ci. M. B justifie avoir exposé des frais en ce sens, consistant en l'adaptation de sa salle de bains et de ses toilettes, en produisant des factures pour un montant total de 11 856,49 euros. Il a toutefois perçu des aides publiques à ce titre pour un montant de 3 747,30 euros. Ainsi, les frais d'adaptation de logement en lien direct et certain avec l'accident médical s'élèvent à la somme 8 109,19 euros.
16. En cinquième lieu, l'état de santé de M. B a nécessité une adaptation de son véhicule, consistant en une boîte automatique et un équipement adapté pour pouvoir charger un fauteuil électrique. Il résulte de l'instruction qu'il a dû faire l'acquisition en 2021 d'un véhicule de catégorie supérieure d'un montant de 23 900 euros, sur lequel il a engagé des frais d'adaptation d'un montant total de 5 846,50 euros et qu'il a vendu son ancien véhicule le 12 mars 2020 à la somme de 7 500 euros. Ainsi, le préjudice doit être évalué à la somme de 22 246,50 euros.
S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux :
17. En premier lieu, M. B a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 6 août 2019 au 21 janvier 2020, soit 169 jours. Il a également subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50% du 22 janvier 2020 au 6 avril 2022, soit 806 jours. Les experts mandatés par la CCI relèvent que la durée d'hospitalisation pour la chirurgie de la carotide est en moyenne inférieure à 4 jours avec une période de convalescence de 3 à 4 semaines. Ainsi, il doit être regardé comme ayant subi un déficit fonctionnel total de 165 jours et un déficit fonctionnel temporaire partiel de 781 jours en lien direct et certain avec l'accident médical non fautif. Sur la base de 21 euros par jour d'incapacité totale, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire en l'évaluant à la somme de 11 676 euros.
18. En deuxième lieu, les experts mandatés par la CCI ont évalué les souffrances endurées par M. B à 5,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 18 000 euros.
19. En troisième lieu, M. B a subi un préjudice esthétique temporaire évalué par les experts à 4 sur une échelle de 7, en raison d'une hémiplégie gauche massive flasque au début puis spastique, qui a nécessité l'utilisation d'un fauteuil roulant, a rendu impossible l'utilisation de son bras gauche, et a généré des déformations de son visage ainsi que des difficultés à parler et manger. Dans ces conditions, il sera fait une justice appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 6 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices permanents :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
20. En premier lieu, les experts ont évalué le besoin de M. B d'assistance par une tierce personne à six heures par semaine pour la toilette et l'habillage, pour lesquelles il a recours à un service d'aide et d'accompagnement à domicile, et deux heures par jour pour sortir prendre l'air en fauteuil, aide effectivement apportée par son épouse. Ainsi, le besoin d'aide par une tierce personne non spécialisée est de vingt heures par semaine. L'aide étant de même nature que celle dont le requérant a bénéficié avant consolidation de son état de santé, il convient de se référer, compte tenu des pièces produites, au même taux horaire que précédemment, soit 21,74 euros par heure. Il résulte de l'instruction que M. B a perçu l'allocation personnalisée d'autonomie, à hauteur de 546,71 euros par mois jusqu'au 29 février 2024, qui doit être déduite. Ainsi, à la date du jugement, le montant de ce poste de préjudice depuis la consolidation de son état de santé, s'élève à la somme de 47 017,19 euros. Pour l'avenir, en tenant compte de la capitalisation calculée sur la base de l'euro de rente viagère applicable dans le cas d'un homme âgé de soixante-dix ans à la date de la liquidation, de 16,949 selon le barème 2022 de la Gazette du Palais au taux d'intérêt de -1% conforme aux données économiques actuelles, le préjudice de M. B sera justement évalué à la somme de 383 210,11 euros. Ainsi, le préjudice tiré de la nécessité de recourir à l'assistance d'une tierce personne à titre permanent doit être évalué à la somme de 430 227,20 euros.
21. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été exposé au point 16, l'état de santé de M. B nécessite l'utilisation d'un véhicule adapté à son handicap. Il résulte de l'instruction, et notamment des pièces produites par le requérant, que le surcoût lié à l'équipement d'un tel véhicule et à son renouvellement tous les sept ans, à compter de 2028, peut être évalué, ainsi qu'il le demande, à la somme de 5 846,50 euros, soit une somme de 835,21 euros par an. Il y a dès lors lieu de capitaliser cette somme au regard du coefficient de 13,621 s'agissant d'une personne de sexe masculin, âgée de soixante-quatorze ans à la date du premier renouvellement, fixé par le barème 2022 de la Gazette du Palais au taux d'intérêt de -1% conforme aux données économiques actuelles. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 11 376,39 euros.
22. En troisième lieu, M. B produit un devis daté du 24 janvier 2024, correspondant à des travaux relatifs à la terrasse de son habitation, pour un montant de 7 966,20 euros. Cependant, il ne résulte pas de l'instruction que ces frais, tels que mentionnés par le devis, seraient en lien direct et certain avec l'accident médical, alors que le rapport de l'ergothérapeute qu'il produit ne relève pas la nécessité de travaux d'adaptation particulier sur la terrasse.
23. En quatrième lieu, le requérant produit un devis pour l'automatisation de la porte de son garage pour un montant de 2 352,57 euros. Ces travaux étant en lien direct et certain avec l'accident médical, il y a lieu de les mettre à la charge de l'ONIAM.
S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux :
24. En premier lieu, les experts ont évalué le déficit fonctionnel permanent de M. B à 55%. Compte tenu de son âge de 67 ans à la date de consolidation, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 90 000 euros qu'il demande.
25. En deuxième lieu, M. B, dont le bras gauche demeure paralysé, se déplace en fauteuil roulant, et porte une orthèse permanente sur la jambe gauche. Il subit un préjudice esthétique permanent évalué à 3,5 sur une échelle de 7 par les experts mandatés par la CCI. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 5 000 euros.
26. En troisième lieu, M. B soutient qu'il ne peut plus pratiquer le jardinage, la marche en groupe toutes les semaines, son activité de bénévolat à l'UFC Que choisir, et qu'il ne peut plus participer aux voyages organisés. Or, la privation de la pratique de ces activités n'est pas justifiée. Sa demande doit donc être rejetée sur ce point.
27. En quatrième lieu, si les experts ont retenu que le préjudice sexuel était " probable ", il est constant qu'au vu de la nature des séquelles dont M. B souffre, le préjudice sexuel qu'il subit est certain. Il en sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 4 000 euros.
28. En cinquième lieu, le requérant demande l'indemnisation de son préjudice d'impréparation, invoquant l'impossibilité de s'être préparé au risque d'AVC qui s'est réalisé. Or, ainsi que le soutient l'ONIAM, un tel préjudice n'est pas en lien avec l'accident médical, alors en outre qu'il résulte du rapport d'expertise que M. B a bien été informé du risque d'AVC. Cette demande doit donc être rejetée.
29. En sixième lieu, M. B demande l'indemnisation du préjudice d'anxiété lié à la nécessité d'un suivi médical tout au long de sa vie, avec un risque d'évolution défavorable. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'il serait atteint d'une pathologie évolutive depuis l'accident médical dont il a été victime, ou que les séquelles de son AVC pourraient évoluer défavorablement. Ainsi, ce poste de préjudice sera rejeté.
30. Il résulte de tout ce qui précède que le montant total des préjudices de M. B s'élève à 650 174,06 euros. Le tribunal ne pouvant statuer au-delà des conclusions dont il est saisi, l'ONIAM doit être condamné à verser à M. B la somme de 509 720,01 euros que le requérant demande.
Sur les dépens :
31. La présente instance n'a généré aucun dépens. Ainsi, les conclusions présentées par le requérant tendant à ce que l'ONIAM soit condamné aux dépens doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
32. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 1 500 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'ONIAM est condamné à verser la somme de 509 720,01 euros à M. B.
Article 2 : L'ONIAM versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la CPAM de Pau Pyrénées et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
Mme Champenois, première conseillère,
Mme Lorrain Mabillon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2024.
La rapporteure,
M. CHAMPENOIS La présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. LALITTE
La République mande et ordonne au ministre chargé de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026