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Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205756

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205756
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS CAYOL PIERSON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a été saisi par M. B d’une demande indemnitaire dirigée contre la communauté d’agglomération Grand Périgueux, en raison d’une faute qu’il impute au service public d’assainissement non collectif (SPANC) dans le cadre du contrôle de conformité de son installation. Le tribunal a relevé d’office son incompétence pour connaître de ce litige, estimant que la mission de contrôle du SPANC constitue une prestation d’un service public industriel et commercial, dont les rapports avec ses usagers relèvent du droit privé et, par conséquent, de la compétence des juridictions judiciaires. En application des articles L. 2224-8 et L. 2224-11 du code général des collectivités territoriales, la requête de M. B a été rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 octobre 2022, le 6 janvier 2023 et le 7 mai 2024, M. A B, représenté par Me Lasserre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite rejetant sa demande indemnitaire ;

2°) de condamner la communauté d'agglomération Grand Périgueux au paiement de la somme de 18 932,12 euros ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 6 juillet 2022, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Grand Périgueux la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- le service public d'assainissement non collectif (SPANC) a donné un avis favorable à l'installation sans effectuer une nouvelle étude de sol manquant ainsi à son devoir de conseil ce qui constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la communauté d'agglomération ;

- les préjudices subis s'élèvent à 18 932,12 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2024, la communauté d'agglomération Grand Périgueux, représentée par Me Pierson, conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire que l'indemnisation des préjudices soit limitée à la somme de 15 010 euros. Elle demande également que soit mise à la charge du requérant la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.

Par lettre du 5 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions de la requête tendant à l'engagement de la responsabilité de la communauté d'agglomération Grand Périgueux en raison de la faute qu'elle aurait commise dans l'exercice de sa mission de contrôle de la conformité des installations d'assainissement non collectif.

Une réponse au moyen d'ordre public, présentée par la communauté d'agglomération Grand Périgueux, a été enregistrée le 16 septembre 2024.

Une réponse au moyen d'ordre public, présentée par M. B, a été enregistrée le 18 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fernandez,

- les conclusions de M. Bilate, rapporteur public,

- et les observations de Me Merlet-Bonnan, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire d'une maison d'habitation située 21 route de Coulouneix à Razac-sur-l'Isle. A la suite d'une visite de contrôle, le service public d'assainissement non collectif (SPANC) du Grand Périgueux l'a informé, par courrier du 25 septembre 2015, de la non-conformité de son installation. Le requérant a sollicité une aide financière en vue de la réalisation de travaux de mise en conformité de son installation et a mandaté une entreprise pour procéder aux travaux. Le 4 juillet 2016, le SPANC a approuvé le projet présenté par le requérant. Le 12 octobre 2018 suite à une visite sur site, l'installation a été déclarée conforme. A l'automne 2019, le requérant a constaté l'inefficacité de son installation, le terrain faisant face à des remontées de nappes importantes entrainant l'inondation de la fosse toutes eaux et son débordement. M. B demande la condamnation de la communauté d'agglomération Grand Périgueux à la somme de 18 932,12 euros, en raison de la faute commise par le SPANC.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. Aux termes de l'article L. 2224-11 du code général des collectivités territoriales : " Les services publics d'eau et d'assainissement sont financièrement gérés comme des services à caractère industriel et commercial ". Selon l'article L. 2224-8 du même code : " III. - Pour les immeubles non raccordés au réseau public de collecte, la commune assure le contrôle des installations d'assainissement non collectif. Cette mission consiste : 1° Dans le cas des installations neuves ou à réhabiliter, en un examen préalable de la conception joint, s'il y a lieu, à tout dépôt de demande de permis de construire ou d'aménager et en une vérification de l'exécution. A l'issue du contrôle, la commune établit un document qui évalue la conformité de l'installation au regard des prescriptions réglementaires ; () ".

3. Les litiges individuels nés des rapports entre un service public industriel et commercial et ses usagers, qui sont des rapports de droit privé, relèvent de la compétence des juridictions judiciaires. Il n'en va autrement que pour les litiges relatifs à celles de ses activités qui, telles, la réglementation, la police ou le contrôle, se rattachent, par leur nature, à des prérogatives de puissance publique.

4. M. B recherche la responsabilité du SPANC de la communauté d'agglomération Grand Périgueux en raison de la faute qu'il aurait commis en donnant un avis favorable sur la conformité de l'installation sans procéder à une nouvelle étude de sol. Il résulte de l'instruction que l'avis favorable du SPANC du 8 août 2016 a été rendu suite à une demande du requérant en date du 4 juillet 2016. Ainsi, le présent litige est directement lié à la prestation assurée par le SPANC, service public à caractère industriel et commercial, à destination de ses usagers et ne se rattache pas à des prérogatives de puissance publique. Il s'ensuit qu'il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire d'en connaître.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties tendant à la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération Grand Périgueux sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté d'agglomération Grand Périgueux.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

M. Fernandez, premier conseiller,

M. Boutet-Hervez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

D. Fernandez

Le président,

D. KatzLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière