jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2206010 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 novembre 2022, la société Repair VTT Vélos Trotinettes Triporteurs Electriques, représentée par Me Millet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 juin 2022 par laquelle l'agence des services et de paiement a émis l'ordre de recouvrer la somme de 17 043,66 euros correspondant à un trop-perçu d'allocation d'activité partielle, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que ces décisions ont pour base légale la décision du 3 mars 2022 par laquelle la préfète de la Gironde lui a demandé le remboursement de ce trop-perçu, qui est entachée d'illégalité, car :
- aucune disposition ne lui interdisait de transformer le contrat à durée déterminée d'un de ses employés en contrat à durée indéterminée, ni de recruter un nouvel employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée pendant la période au cours de laquelle elle bénéficiait du dispositif d'activité partielle ;
- le montant du trop-perçu est erroné ;
- le remboursement de ce trop-perçu nuira à la pérennité de l'entreprise.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête n'est pas fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme J,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public,
- et les observations de Me Saunier, représentant la société Repair VTT Vélos Trottinettes Triporteurs Electriques.
Considérant ce qui suit :
1. La société Repair VTT Vélos Trottinettes Triporteurs Electriques, ayant pour objet le commerce et la réparation de motocycles, demande au tribunal d'annuler l'ordre émis le 9 juin 2022 par l'agence de services et de paiement en vue du recouvrement de la somme de 17 043,66 euros correspondant à l'allocation d'activité partielle que la préfète de la Gironde, par décision du 3 mars 2022, a estimé lui avoir indument versée pour l'ensemble de ses salariés entre le 1er février et le 3 octobre 2021, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux présenté à l'encontre de cet ordre de recouvrer.
Sur l'exception d'illégalité de la décision du 3 mars 2022 par laquelle la préfète de la Gironde lui a demandé le remboursement de l'allocation d'activité partielle versée à tort :
2. En premier lieu, aux termes de L. 5221-1 du code du travail : " I. - Les salariés sont placés en position d'activité partielle, après autorisation expresse ou implicite de l'autorité administrative, s'ils subissent une perte de rémunération imputable : -soit à la fermeture temporaire de leur établissement ou partie d'établissement ; -soit à la réduction de l'horaire de travail pratiqué dans l'établissement ou partie d'établissement en deçà de la durée légale de travail. () II. - Les salariés reçoivent une indemnité horaire, versée par leur employeur, correspondant à une part de leur rémunération antérieure dont le pourcentage est fixé par décret en Conseil d'Etat. L'employeur perçoit une allocation financée conjointement par l'Etat et l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage. Une convention conclue entre l'Etat et cet organisme détermine les modalités de financement de cette allocation. Le contrat de travail des salariés placés en activité partielle est suspendu pendant les périodes où ils ne sont pas en activité. () ". L'article R. 5122-1 du même code prévoit que : " L'employeur peut placer ses salariés en position d'activité partielle lorsque l'entreprise est contrainte de réduire ou de suspendre temporairement son activité pour l'un des motifs suivants : () 5° Toute autre circonstance de caractère exceptionnel. "
3. L'allocation d'activité partielle prévue par ces dispositions est destinée à apporter un soutien financier aux employeurs faisant face à une réduction d'activité afin de leur permettre de maintenir le versement d'une rémunération aux salariés déjà présents dans l'entreprise se trouvant en situation de chômage partiel, et d'éviter de devoir procéder à leur licenciement économique. Le bénéfice de cette allocation fait donc obstacle, par principe, à tout recrutement de personnel pour exercer des missions que le personnel existant placé en chômage partiel est en mesure d'accomplir pendant toute la durée au cours de laquelle l'employeur bénéficie de ce dispositif. Dans l'hypothèse où naîtrait, pendant cette période, le besoin de recruter un nouveau salarié pour l'accomplissement de missions ne pouvant être assurées par le personnel existant, l'employeur, qui est en mesure d'adapter les horaires de travail lors de la conclusion du nouveau contrat, ne saurait recruter un nouveau salarié à temps complet et le placer immédiatement en activité partielle.
4. Il résulte de l'instruction que la société requérante a bénéficié de l'allocation d'activité partielle à compter du 1er novembre 2020 pour trois salariés recrutés avant cette date (Mme E B, M. F A et M. I C) pour compenser la baisse de son activité induite par les restrictions sanitaires liées à l'épidémie de Covid-19. Il résulte de ce qui a été énoncé au point précédent qu'elle ne pouvait légalement, le 22 janvier 2021, prolonger pour une durée de cinq mois le contrat à durée déterminée de M. C au motif d'un accroissement d'activité, tout en sollicitant en même temps le versement de l'allocation d'activité partielle au bénéfice de ce dernier à compter du 1er février 2021. Elle ne pouvait davantage, à compter du 1er juillet 2021, embaucher M. H D comme mécanicien cycle en contrat à durée indéterminée à temps plein ni le placer aussitôt en activité partielle à hauteur de 50% de son temps de travail et solliciter le bénéfice de l'allocation correspondante. Il s'ensuit que la préfète de la Gironde a pu légalement estimer, dans ces conditions, que la baisse d'activité invoquée par la société requérante à compter du 1er février 2021 n'était pas établie, et lui réclamer le remboursement de la totalité de l'allocation d'activité partielle indument versée à partir de cette date.
5. En second lieu, aux termes de l'article R. 5122-10 du code du travail : " L'autorité administrative demande à l'employeur le remboursement à l'Agence de service et de paiement, dans un délai ne pouvant être inférieur à trente jours, des sommes versées au titre de l'allocation d'activité partielle en cas de trop perçu ou en cas de non-respect par l'entreprise, sans motif légitime, des engagements mentionnés au II de l'article R. 5122-9. Le remboursement peut ne pas être exigé s'il est incompatible avec la situation économique et financière de l'entreprise. "
6. En l'absence de tout élément relatif à la situation financière de la société requérante, le moyen tiré de ce que le remboursement demandé remettrait en cause sa pérennité financière ne peut qu'être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que la décision du 3 mars 2022 n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, les conclusions par lesquelles la société Repair VTT Vélos Trottinettes Triporteurs Electriques sollicite l'annulation de l'ordre de recouvrer émis sur le fondement de cette décision, ainsi que celle de la décision rejetant implicitement son recours gracieux doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
DECIDE :
Article 1er : La requête de la société Repair VTT Vélos Trottinettes Triporteurs Electriques est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Repair VTT Vélos Trottinettes Triporteurs Electriques et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme J et Mme G, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
E. J
Le président,
D. FERRARI La greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026