mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2206013 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABINET FERRANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 novembre 2022, la société Camping Club d'Arcachon, représentée par Me Ferrant, demande au tribunal :
1°) d'annuler les titres exécutoires n° 1321, n° 1322, n° 1324, n°1325, n°1326, n°1327, n° 1328, n°1335, n°1336, n° 1340, n° 1342 et n°1343, émis à son encontre le 22 juillet 2022 par la commune d'Arcachon pour un montant total de 83 931,84 euros correspondant aux redevances dues pour 2020 ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Arcachon la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les titres exécutoires contestés ont été pris par une autorité incompétente ;
- ils sont irréguliers en la forme dès lors qu'ils ne sont pas signés et qu'il n'est pas établi que le bordereau auquel ils sont rattachés ait été porté à sa connaissance ;
- ils ne sont pas motivés dès lors qu'ils ne précisent pas les bases de la liquidation des sommes dues ;
- la redevance dont ces titres recherchent le paiement a été établie en méconnaissance de l'article L. 1411-2 du code général des collectivités territoriales ;
- le paiement de la redevance aurait dû être suspendu en application des dispositions de l'ordonnance du 25 mars 2020.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2023, la commune d'Arcachon, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- M. B A avait délégation pour signer les titres exécutoires litigieux ;
- le bordereau de titre de recettes est signé et n'avait pas à être notifié à la société requérante avec les titres attaqués, lesquels n'avaient pas à être signés ;
- ces titres sont suffisamment motivés et renvoient, pour les bases de calcul, à l'article 25 de la délégation de service public ;
- le montant de la redevance a été déterminé suite à une procédure de négociation et sur la base de l'offre financière proposée par la société requérante qui a été retenue et annexée au contrat ; qu'en outre, la méconnaissance éventuelle de l'article L. 1411-2 du code général des collectivités territoriales n'est pas de nature à justifier que l'application du contrat soit écartée ;
- les campings du département de la Gironde ont pu rouvrir dès juin 2020 conformément à l'article 41 du décret du 31 mai 2020 et que la société requérante ne verse aucun élément permettant d'évaluer les pertes, qu'elle a dû supporter du 15 mars 2020 au 2 juin 2020 et qui justifieraient la suspension de l'exécution du contrat conformément aux dispositions de l'ordonnance du 25 mars 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourgeois ;
- les conclusions de Mme Caste, rapporteure publique ;
- les observations de Me Molers, représentant la société Camping Club d'Arcachon et celles de Me Dubois représentant la commune d'Arcachon.
Considérant ce qui suit :
1. La commune d'Arcachon a conclu le 26 janvier 2010 avec la société Camping club d'Arcachon un contrat de délégation de service public pour l'exploitation d'un terrain de camping aménagé. Le terme de ce contrat a été fixé au 31 décembre 2020 par un avenant n° 4 du 3 juin 2019. Le 5 novembre 2021, la commune d'Arcachon a émis à l'encontre de la société Camping club d'Arcachon douze titres exécutoires (n° 1321, n° 1322, n° 1324, n°1325, n°1326, n°1327, n° 1328, n°1335, n°1336, n° 1340, n° 1342 et n°1343) pour un montant total de 83 931,84 euros en recouvrement de la part variable de la redevance d'occupation du domaine public pour les mois de janvier 2020, février 2020, mars 2020, d'avril 2020, d'août 2020, octobre 2020, novembre 2020 et de la part fixe de cette redevance pour les mois d'août 2020, mars 2020 et décembre 2020. La société Camping Club d'Arcachon demande au tribunal d'annuler ces titres et de la décharger de la somme de 83 931,84 euros.
Sur les conclusions principales :
En ce qui concerne la régularité formelle des titres exécutoires :
2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les titres exécutoires litigieux ont été émis par M. B A, adjoint au maire de la commune d'Arcachon. Ce dernier disposait, en vertu d'un arrêté n°109 du 8 juillet 2021 régulièrement affiché le 12 juillet 2021, d'une délégation de pouvoir du maire de la commune aux fins, notamment, de prendre les actes relatifs à l'ordonnancement des recettes et aux concessions de service public. Dès lors, la société Camping Club d'Arcachon n'est pas fondée à soutenir que le titre émis à son encontre ne l'aurait pas été par une autorité compétente. Ce moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () / 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public vaut notification de ladite ampliation. / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur.
4. Il résulte de l'instruction que les bordereaux de titres de recettes afférents aux titres exécutoires attaqués mentionnent les nom, prénom et qualité de leur émetteur, M. B A et sont revêtus de sa signature électronique. En outre, il résulte des dispositions précitées que la commune d'Arcachon n'était pas tenue de notifier ce bordereau à la société Camping Club d'Arcachon avant toute contestation. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité en la forme des titres litigieux doit être écarté dans ses différentes branches.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Pour satisfaire à ces dispositions, un état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
6. Il résulte de l'instruction que chacun des titres exécutoires contestés indique que la créance qu'il a pour objet de recouvrer concerne une redevance domaniale due au titre de l'année 2020, précise la nature de la redevance dont il s'agit, le mois durant lequel la créance s'est constituée et se réfère à l'article 25 de la délégation de service public, relatif aux modalités de calcul des redevances mensuelles, pour la détermination de son montant. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de mention des bases de liquidation doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de la créance :
7. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 1411-2 du code général des collectivités territoriales en vigueur jusqu'au 1er avril 2016 et reprises par l'article 31 de l'ordonnance du 29 janvier 2016 relative aux contrats de concession puis, à compter du 1er avril 2019, par les articles L. 3114-4 et L. 3114-5 du code de la commande publique : " Les montants et les modes de calcul des droits d'entrée et des redevances versées par le délégataire à la collectivité délégante doivent être justifiés dans ces conventions. Le versement par le délégataire de droits d'entrée à la collectivité délégante est interdit quand la délégation concerne l'eau potable, l'assainissement ou les ordures ménagères et autres déchets ". Aux termes de l'article L. 2125-3 de ce code : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation ". Il résulte des dispositions précitées que l'omission de faire figurer dans une convention de délégation de service public, la justification des montants et modes de calcul des droits d'entrée et des redevances versées par le délégataire à la collectivité délégante ne donne pas un caractère illicite au contrat ni n'affecte les conditions dans lesquelles les deux parties ont donné leur consentement et peut, au demeurant, être régularisée. Dès lors, une telle omission n'est pas de nature à justifier, en l'absence de toute autre circonstance particulière, que dans le cadre d'un litige entre les parties, l'application de ce contrat soit écartée.
8. Il résulte de ce qui précède que la société requérante, qui ne fait état d'aucune circonstance particulière et a elle-même proposé les montants de la redevance retenus à l'issue de la procédure de mise en concurrence, ne peut pas utilement faire valoir que les montants des parts fixes et variables de cette redevance figurant dans le contrat de délégation de service public ne sont pas justifiés et qu'aucun mode de calcul n'a été défini en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 1411-2 du code général des collectivités territoriales pour soutenir que les obligations financières prévues par ce contrat doivent être écartées et que, par voie de conséquence, les sommes qui lui sont réclamées au titre du paiement de ces redevances seraient dépourvues de fondement.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant diverses mesures d'adaptation des règles de passation, de procédure ou d'exécution des contrats soumis au code de la commande publique et des contrats publics qui n'en relèvent pas pendant la crise sanitaire née de l'épidémie de covid-19, modifiée par l'ordonnance du 22 avril 2020 : " Sauf mention contraire, les dispositions de la présente ordonnance sont applicables aux contrats soumis au code de la commande publique ainsi qu'aux contrats publics qui n'en relèvent pas, en cours ou conclus durant la période courant du 12 mars 2020 jusqu'au 23 juillet 2020 inclus. / Elles ne sont mises en œuvre que dans la mesure où elles sont nécessaires pour faire face aux conséquences, dans la passation et l'exécution de ces contrats, de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation ". Aux termes de l'article 6 de la même ordonnance : " En cas de difficultés d'exécution du contrat, les dispositions suivantes s'appliquent, nonobstant toute stipulation contraire, à l'exception des stipulations qui se trouveraient être plus favorables au titulaire du contrat : / () 7° Lorsque le contrat emporte occupation du domaine public et que les conditions d'exploitation de l'activité de l'occupant sont dégradées dans des proportions manifestement excessives au regard de sa situation financière, le paiement des redevances dues pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public est suspendu pour une durée qui ne peut excéder la période mentionnée à l'article 1er. A l'issue de cette suspension, un avenant détermine, le cas échéant, les modifications du contrat apparues nécessaires () ".
10. Si la société requérante soutient que le versement des redevances aurait dû être suspendu à compter du 15 mars 2020, conformément aux dispositions précitées, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait sollicité la suspension du paiement des redevances. En outre, elle n'établit ni même ne soutient qu'elle aurait subi une dégradation manifestement excessive des conditions d'exploitation du contrat au regard de sa situation financière. Le moyen doit, par suite, être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Sur les conclusions liées aux frais d'instance :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Camping Club d'Arcachon la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Camping Club d'Arcachon est rejetée.
Article 2 : La société Camping Club d'Arcachon versera à la commune d'Arcachon la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Camping Club d'Arcachon et à la commune d'Arcachon.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bourgeois, président,
- Mme Jaouën, conseillère,
- M. Josserand, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
Le président-rapporteur,
M. BOURGEOIS
L'assesseure la plus ancienne,
S. JAOUËN
La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2206013
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026