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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2206312

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2206312

lundi 5 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2206312
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSCP SEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête enregistrée le 1er décembre 2022, M. C B, représenté A Me Foucard, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au département de la Gironde de lui trouver un hébergement d'urgence adapté à l'accueil des jeunes mineurs, dans un délai de douze heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros A jour de retard.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est caractérisée dès lors qu'il est un mineur isolé sans solution d'hébergement digne, dans un contexte de crise sanitaire ;

- sa situation met en cause l'intérêt supérieur de l'enfant protégé A l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et A l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que A la jurisprudence du Conseil constitutionnel ;

- elle met également en cause le droit à un recours effectif protégé A les article 3 et 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle met enfin en cause le droit à l'hébergement d'urgence ;

- sa minorité n'est pas contestée A le département de la Gironde au regard de la procédure d'évaluation d'âge menée A ses services ; la décision du procureur de classer sans suite la demande d'assistance éducative sans motivation ne remet pas sérieusement en cause cette évaluation ;

- le classement sans suite du procureur de la République ne fait pas obstacle à ce que le département poursuive l'accueil provisoire d'urgence alors que le juge des enfants du tribunal judiciaire de Bordeaux a été saisi ;

- les dispositions des articles L. 211-1 et suivants et de l'article R. 211-11 du code de l'action sociale et des familles ont été méconnues A la décision en litige ;

A un mémoire en défense enregistré 5 décembre 2022, le département de la Gironde, représenté A Me Levefre, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'il n'a commis aucune illégalité manifeste.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention de New York relative aux droits de l'enfant, signée le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Pouget, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Après la présentation du rapport, ont été entendues au cours de l'audience publique du 5 décembre 2022 à 9h00 :

- les observations de Me Foucard pour M. B, qui reprend ses écritures en les développant ;

- et les observations de Me Ben Abdeladhim pour le département de la Gironde, qui reprend ses écritures en les développant.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle et les frais liés au litige :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () A la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à la nature de la requête, sur laquelle il doit être statué en urgence, il y a lieu de prononcer, pour la présente instance, l'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée A l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. Il résulte des dispositions des articles L. 222-5, L. 223-2 et R. 221-11 du code de l'action sociale et des familles qu'il incombe aux autorités du département, le cas échéant dans les conditions prévues A la décision du juge des enfants ou A le procureur de la République ayant ordonné en urgence une mesure de placement provisoire, de prendre en charge l'hébergement et de pourvoir aux besoins des mineurs confiés au service de l'aide sociale à l'enfance. A cet égard, une obligation particulière pèse sur ces autorités lorsqu'un mineur privé de la protection de sa famille est sans abri et que sa santé, sa sécurité ou sa moralité est en danger. Selon ses mêmes dispositions, quand il est saisi A un mineur d'une demande d'admission à l'aide sociale à l'enfance, le président du conseil départemental peut seulement, au-delà de la période provisoire de cinq jours prévue A l'article L. 223-2 du code précité, décider de saisir l'autorité judiciaire mais ne peut, en aucun cas, décider d'admettre le mineur à l'aide sociale à l'enfance sans que l'autorité judiciaire l'ait ordonné, l'article 375 du code civil autorisant le mineur à solliciter lui-même le juge judiciaire pour que soient prononcées, le cas échéant, les mesures d'assistance éducative que sa situation nécessite. Toutefois, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour le mineur intéressé, une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Il appartient au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies A l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée et, si celle-ci est confrontée à un risque immédiat de mise en danger de sa santé ou de sa sécurité, d'enjoindre au département de poursuivre son accueil provisoire.

4. Il résulte de l'instruction que M. B, qui déclare être né le 17 avril 2007 à Lambanyi (Guinée), et serait arrivé à Bordeaux au début du mois de novembre 2022, a été accueilli à titre provisoire A le service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Gironde. Après avoir soumis M. B à une évaluation socio-éducative dans les termes de l'article R. 211-11 du code de l'action sociale et des familles, le département a saisi le procureur de la République, seul compétent en application des dispositions précitées pour décider du maintien de l'accueil provisoire d'un mineur isolé, aux fins que soit ordonnée à titre provisoire la poursuite de la prise en charge de l'intéressé au-delà de la période d'accueil d'urgence de cinq jours. A la suite de la décision du parquet du 22 novembre 2022 de classer sans suite cette demande, le département de la Gironde a, A décision du 28 novembre 2022, refusé de prendre en charge l'intéressé au titre de l'aide sociale à l'enfance. Toutefois, le rapport de l'évaluation dont M. B a fait l'objet le 18 novembre 2022 de la part des services départementaux conclut de manière formelle à sa minorité sur la base d'un faisceau d'indices, en particulier l'analyse de ses explications au cours de l'entretien d'évaluation. A ailleurs, il n'est pas contesté que M. B, dont l'évaluation précitée reconnaît l'isolement sur le territoire français, est en situation de précarité extrême, étant sans abri et dépourvu de toute ressource pour assumer seul ses besoins élémentaires. S'il est vrai que le juge des enfants, saisi A le conseil du requérant sur le fondement de l'article 375 du code civil A requête datée du 1er décembre 2022, ne s'est pas encore prononcé sur la minorité de ce dernier et n'a pas davantage ordonné l'une des mesures prévues à l'article 375-3 de ce code, cette circonstance ne fait pas obstacle, A elle-même, à ce que le département poursuive la prise en charge de l'intéressé à titre provisoire dès lors qu'un tel accueil s'avère la seule solution pour mettre un terme aux risques encourus A le jeune homme pour sa santé et sa sécurité ou sa moralité et qu'elle n'excède pas les capacités d'action de la collectivité. En l'espèce, le département de la Gironde n'établit pas, ni même ne soutient, que la prise en charge provisoire de M. B excède ses capacités. Dans ces conditions, et alors que, compte tenu des risques encourus A l'intéressé, la demande est justifiée A l'urgence, le défaut de maintien de l'accueil provisoire de l'intéressée porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit de toute personne à bénéficier d'un hébergement garantissant la satisfaction des besoins élémentaires. Dès lors, dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au département de la Gironde, à qui incombe la prise en charge des mineurs, de reprendre l'accueil provisoire de M. B et ce, dans une structure collective adaptée, ainsi que d'assurer ses besoins élémentaires dans un délai de douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, dans les circonstances de l'affaire, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

ORDONNE :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au département de la Gironde de reprendre l'accueil provisoire de M. B dans une structure provisoire adaptée, et de pourvoir à ses besoins élémentaires dans un délai de douze heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au département de la Gironde.

Fait à Bordeaux le 5 décembre 2022.

Le juge des référés, La greffière,

L. POUGET C. GIOFFRE

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N o 220631

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