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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2206314

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2206314

lundi 5 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2206314
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSELARL HMS ATLANTIQUE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2022, le syndicat des collectivités territoriales solidaires unitaires démocratiques de la Gironde (Sud CT33), représenté par son secrétaire et ayant pour avocat Me Noël, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à Bordeaux Métropole de cesser de diffuser les listes électorales laissant apparaître l'émargement des électeurs, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de Bordeaux Métropole la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il justifie de sa qualité à agir ;

- l'urgence est constituée dès lors que le scrutin électronique a débuté et s'achève dès le 8 décembre 2022 ;

- le libre accès des délégués syndicaux aux listes d'émargement tel qu'il a été constaté permet de savoir si un agent est abstentionniste ;

- ceci porte atteinte de manière grave à la vie privée de tous les agents en méconnaissance de la Constitution, à leur droit au respect de la vie privée et familiale protégée par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et au secret du vote ;

- ce libre accès aux listes d'émargement porte par ailleurs atteinte à la libre expression du suffrage et donc à la sincérité du scrutin ;

- les listes d'émargements constituent des documents administratifs non communicables, ainsi que l'a indiqué la Commission d'accès aux documents administratifs ; le secret du scrutin est par ailleurs rappelé par l'article 2 du décret n° 2014-793 du 9 juillet 2014 ; l'accès aux listes d'émargement est donc entaché d'une illégalité manifeste.

Par un mémoire enregistré le 5 décembre 2022, l'établissement public Bordeaux Métropole conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable à défaut d'intérêt pour agir du syndicat requérant et que les conditions posées par l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne sont pas remplies.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le décret n° 2014-793 du 9 juillet 2014 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Pouget, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après la présentation du rapport, ont été entendues au cours de l'audience publique du 5 décembre 2022 à 9h30 :

- les observations de Me Noël, représentant le syndicat SUD CT 33, qui reprend ses écritures et relève que le syndicat n'a pas été informé de ce que seuls les représentants syndicaux membres du bureau avaient accès à la liste d'émargement, et que des dérives sont malgré tout possibles dans la diffusion de cette liste dans la mesure où Bordeaux Métropole n'établit pas avoir communiqué sur les sanctions pénales encourues en pareille hypothèse ;

- les observations de Me Jeanneau, représentant Bordeaux Métropole, qui reprend ses écritures ;

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 20 mai 2022, le conseil de Bordeaux Métropole a décidé de recourir au vote électronique comme modalité unique de vote des agents métropolitains pour les élections professionnelles du 8 décembre 2022 dans les collectivités territoriales et leurs établissements publics. Le syndicat départemental SUD CT 33 a constaté que les représentants syndicaux avaient directement accès durant toute la durée du scrutin aux listes d'émargement des électeurs. Ce syndicat demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à Bordeaux Métropole de cesser de diffuser les listes électorales laissant apparaître l'émargement des électeurs.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code précité mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. En outre, l'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. L'accès aux listes d'émargement électronique permettant d'identifier les abstentionnistes avec une acuité augmentant à mesure que le scrutin approche de son terme, fixé au 8 décembre 2022, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment à la nature des risques d'atteinte à des libertés fondamentales invoqués par le syndicat requérant.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

5. Aux termes des dispositions de l'article 2 du décret susvisé du 9 juillet 2014 relatif aux conditions et modalités de mise en œuvre du vote électronique par internet pour l'élection des représentants du personnel au sein des instances de représentation du personnel de la fonction publique territoriale : " Le recours au vote électronique par internet est organisé dans le respect des principes fondamentaux qui commandent les opérations électorales, notamment la sincérité des opérations électorales, l'accès au vote de tous les électeurs, le secret du scrutin, le caractère personnel, libre et anonyme du vote, l'intégrité des suffrages exprimés, la surveillance effective du scrutin et le contrôle a posteriori par le juge de l'élection. ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " I. - Les systèmes de vote électronique par internet comportent les mesures physiques et logiques permettant d'assurer la confidentialité des données transmises, notamment la confidentialité des fichiers constitués pour établir les listes électorales, ainsi que la sécurité de l'adressage des moyens d'authentification, de l'émargement, de l'enregistrement et du dépouillement des votes () ". Enfin, aux termes de l'article 20 de ce décret : " I. - Durant la période de déroulement du scrutin, la liste d'émargement et l'urne électronique font l'objet d'un procédé garantissant qu'elles ne peuvent être modifiées () / II. Durant la même période : () 2° La liste d'émargement et le compteur des votes ne sont accessibles qu'aux membres du bureau de vote à des fins de contrôle du déroulement du scrutin () ".

6. Si le vote électronique par internet est susceptible de constituer une modalité de vote au même titre que le vote à l'urne et le vote par correspondance, il implique, en raison de ses spécificités et des conditions de son utilisation, que des garanties adaptées soient prévues pour que le respect des principes généraux du droit électoral de complète information de l'électeur, de libre choix de celui-ci, d'égalité entre les candidats, de secret du vote, de sincérité du scrutin et de contrôle du juge soit assuré à un niveau équivalent à celui des autres modalités de vote.

7. En l'occurrence, il résulte de l'instruction que, contrairement à ce qui est soutenu par le syndicat requérant dans sa requête introductive d'instance, les seuls délégués syndicaux ayant accès aux listes d'émargement sont ceux qui ont été désignés en qualité de membres des bureaux de vote par arrêtés du président de Bordeaux Métropole en date du 28 novembre 2022, les modalités de cet accès ayant été conçues en concertation avec un prestataire spécialisé aux fins d'assurer notamment la confidentialité des listes. Par suite, ces modalités sont parfaitement conformes aux dispositions précitées de l'article 20 du décret du 9 juillet 2014 et, en assurant un accès aux listes d'émargement aux seuls membres des bureaux de vote aux fins de contrôle du déroulement du scrutin, ne portent aucune atteinte grave et manifestement illégale au droit à la vie privée et au principe de libre expression du suffrage, sans que le syndicat SUD CT 33 puisse utilement invoquer un risque de diffusion des listes par des membres des bureaux en violation de leur obligation de confidentialité.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, la requête du syndicat SUD CT 33 doit être rejetée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Bordeaux Métropole n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions du syndicat SUD CT 33 tendant à ce qu'une somme soit mise à sa charge en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du syndicat requérant une somme à verser à Bordeaux Métropole en application des mêmes dispositions.

ORDONNE :

Article 1er : La requête du syndicat SUD CT 33 est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par Bordeaux Métropole sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au syndicat des collectivités territoriales solidaires unitaires démocratiques de la Gironde (Sud CT33) et à Bordeaux Métropole.

Fait à Bordeaux le 5 décembre 2022.

Le juge des référés, La greffière,

L. POUGET H. MALO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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