jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2206506 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | LAPLAGNE ET BROUILLOU-LAPORTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 décembre 2022 et les 11 et 20 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Laplagne, demande au tribunal :
1°) de condamner le département de la Dordogne au paiement de la somme de 133 023 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi ;
2°) de mettre à la charge du département de la Dordogne la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité sans faute du département de la Dordogne est engagée dès lors que son accident du 6 avril 2017 a été reconnu comme imputable au service ;
- son déficit fonctionnel temporaire est évalué à 26 263 euros ;
- le préjudice concernant les souffrances endurées est de 18 000 euros ;
- le déficit fonctionnel permanent est évalué à 20 760 euros ;
- le préjudice esthétique est de 8 000 euros ;
- le préjudice sexuel est de 10 000 euros ;
- le montant du préjudice d'agrément peut être évalué à 10 000 euros ;
- le préjudice patrimonial est de 40 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2024, le département de la Dordogne, représenté par Me Jacquier, conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire à ce qu'il soit ordonné avant dire droit une expertise afin de déterminer s'il existe des préjudices liés à l'accident de service. Il demande en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 11 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 25 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fernandez,
- les conclusions de M. Bilate, rapporteur public,
- les observations de Me Bibron, représentant Mme A, et de Me Jacquier, représentant le département de la Dordogne.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, directrice territoriale, a exercé au sein du conseil départemental de la Dordogne les fonctions de cheffe de service du contentieux de l'aide sociale, du contrôle de gestion et de la démarche qualité puis, à la suite d'une réorganisation des services en 2016, les fonctions de directrice de la direction du droit et de la commande publique. Elle a fait l'objet d'une sanction disciplinaire de révocation par décision du président du conseil départemental de la Dordogne du 7 septembre 2017 et a été radiée des cadres le 11 septembre 2017. Entre temps, le 6 avril 2017, Mme A a été victime sur son lieu de travail d'une attaque de panique et d'un malaise à la suite desquels elle a été placée en arrêt-maladie à compter de ce même jour. Par un arrêté du 26 septembre 2017, le président du conseil départemental a rejeté la demande de reconnaissance comme imputable au service de l'accident du 6 avril 2017. Le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la requête tendant à l'annulation de cette décision, par un jugement n° 1704401 du 17 avril 2019. Mme A a interjeté appel et, par un arrêt n° 19BX01818 du 22 décembre 2021, la cour administrative d'appel a annulé ce jugement. Le 26 septembre 2022, Mme A a adressé au président du conseil départemental une demande indemnitaire qui a été rejetée le 25 novembre suivant. La requérante demande la condamnation du département de la Dordogne au paiement de la somme de 133 023 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi en raison de l'accident de service du 6 avril 2017.
Sur la responsabilité :
2. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre cette personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.
3. A la suite de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux n° 19BX01818 du 22 décembre 2021, le président du conseil départemental de la Dordogne a reconnu, par un arrêté du 22 février 2022, l'imputabilité au service de l'accident subi par Mme A le 6 avril 2017. Par suite, Mme A est fondée à demander l'engagement de la responsabilité du département de la Dordogne en l'absence de toute faute.
Sur les préjudices :
4. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner avant-dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision ".
5. Pour justifier de ses préjudices, Mme A se fonde principalement sur une expertise non contradictoire réalisée le 23 mai 2022. Toutefois, cette expertise ne permet pas de préciser clairement les préjudices allégués et aucune autre pièce du dossier ne permet au tribunal d'apprécier l'étendue des préjudices dont elle souffre. Dès lors, il y a lieu, avant de statuer, d'ordonner une expertise sur ces points.
DECIDE :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme A, procédé par un expert, le cas échéant assisté de sapiteurs, désigné par le président du tribunal, à une expertise médicale ayant pour mission :
1°) de se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A et de convoquer et d'entendre les parties ainsi que tout sachant ; de procéder à l'étude du dossier médical de Mme A et à son examen clinique, le cas échéant en présence du conseil de cette dernière si celle-ci y consent ;
2°) de décrire l'état de santé de Mme A avant le 6 avril 2017, en précisant, le cas échéant les pathologies dont elle était atteinte ou les traitements dont elle faisait l'objet ;
3°) de décrire l'état de santé actuel de Mme A et notamment ses lésions, affections et troubles psychologiques, ainsi que les traitements, suivis ou hospitalisations liés, leur durée et, le cas échéant, leur date de fin ; préciser dans quelle mesure les troubles psychologiques actuels, ainsi que les soins qui sont rendus nécessaires par ces troubles sont imputables à l'accident de service du 6 avril 2017, en excluant la part des séquelles liées à une pathologie antérieure, son évolution ou toute autre cause extérieure ainsi que les préjudices résultant directement de la révocation ;
4°) d'indiquer si l'état de santé de Mme A tel que résultant de l'accident de service du 6 avril 2017 est consolidé et indiquer la date de consolidation ;
5°) dire si l'état de Mme A lié à l'accident de service a entraîné une incapacité totale ou partielle et de déterminer le ou les taux d'incapacité temporaire partielle ou totale dont elle a pu être atteinte et le ou les taux de l'incapacité partielle permanente dont elle demeure atteinte ;
6°) de donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux temporaires et permanents subis par Mme A tels que les souffrances endurées, le déficit fonctionnel, le préjudice esthétique, le préjudice sexuel, le préjudice d'agrément, en distinguant la part imputable à l'accident de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie et qui relèveraient d'un état antérieur ou postérieur sans lien avec cet accident ;
7°) d'une manière générale, donner au tribunal tous les éléments utiles à la détermination de l'entier préjudice de Mme A.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621- 2 à 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du même code. Il communiquera aux parties les conclusions qu'il envisage de tirer des constatations auxquelles il a procédé. Cette communication sera réalisée par la transmission d'un pré-rapport ou selon toute autre modalité équivalente. Après avoir accordé aux parties un délai leur permettant de faire valoir leurs observations, l'expert recueillera et consignera leurs dires dans un rapport définitif. Il déposera le rapport définitif au greffe par voie électronique dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente décision. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de la Dordogne.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
M. Fernandez, premier conseiller,
M. Boutet-Hervez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le rapporteur,
D. Fernandez
Le président,
D. Katz
La greffière,
S. Fermin
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026