jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2206632 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL BIROT - RAVAUT AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2022, M. C D, représenté par Me Anne Tosi, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et la société hospitalière d'assurance mutuelles (SHAM), sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser, à titre de provision, la somme de 30 000 euros à valoir sur l'indemnisation des préjudices découlant de l'infection nosocomiale dont il a été victime à la suite de l'intervention d'amputation de son membre inférieur gauche réalisée au centre hospitalier universitaire de Bordeaux le 30 octobre 2013;
2°) de mettre à sa charge de la SHAM les entiers dépens et la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'obligation de l'indemniser au titre de l'infection nosocomiale ayant fait suite à l'intervention du 30 octobre 2013 et à l'origine de son état physique gravement dégradé n'est pas sérieusement contestable ;
- le déficit fonctionnel du 14 novembre 2013 au 20 aout 2018, les souffrances endurées évaluées à 3,5 sur 7 et le préjudice esthétique évalué à 4 sur 7 en lien avec cette infection nosocomiale ne sont pas discutés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2023, la SHAM, représentée par Me Stéphane Milon, accepte de verser une indemnité provisionnelle de 2 000 euros au titre des préjudices temporaires en lien avec l'infection nosocomiale et conclut au rejet des autres demandes indemnitaires de M. D.
Elle fait valoir que l'infection contractée n'a entrainé aucune conséquence sur l'aggravation de l'état de santé de M. D qui est en lien, selon les experts, avec la pathologie initiale du patient.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2023, l'ONIAM, représenté par Me Jean Birot, conclut au rejet de la requête de M. D.
Il fait valoir qu'au regard des contestations sérieuses concernant le taux de déficit fonctionnel permanent imputable à l'infection nosocomiale présentée par M. D, aucune condamnation provisionnelle ne peut être prononcée à son encontre.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Chauvin, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a été victime d'un accident le 9 août 2004. Il a été transporté au centre hospitalier de Bergerac, puis transféré au centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux où il a été diagnostiqué une fracture du pied gauche. Entre 2005 et 2013, M. D a été opéré dix-huit fois du pied gauche avant d'être amputé d'une partie de la jambe le 30 octobre 2013 au sein du CHU de Bordeaux. Les suites ont été marquées par l'apparition d'un écoulement et d'une collection purulente au niveau du moignon conduisant, le 15 novembre 2013, à une reprise chirurgicale pour lavage, avec recoupe osseuse de sept centimètres et la mise en place d'une antibiothérapie. Une nouvelle reprise chirurgicale a été réalisée le 30 novembre 2013 pour évacuation d'un hématome postopératoire. Souffrant à compter de 2014 de lombalgies et d'une discopathie inflammatoire invalidante, M. D a subi une première arthrodèse L5-S1 le 29 mars 2016 au CHU de Bordeaux. Après une période d'amélioration de deux mois, M. D a de nouveau souffert d'importantes lombalgies et de troubles sensitifs du membre inférieur droit et une nouvelle arthrodèse a été réalisée le 4 octobre 2016 consistant en un renforcement par voie postérieure avec mise en place de vis pédiculaires réunies par des tiges. En dépit de cette intervention et d'une amélioration de deux à trois mois, les douleurs lombaires ont persisté conduisant M. D à consulter un chirurgien orthopédiste exerçant à titre libéral au sein de la polyclinique de Bordeaux-Tondu qui a procédé, le 6 juillet 2018, à l'ablation du matériel postérieur et à une laminectomie étendue de L3 à S1. Lors des consultations qui ont suivi, il a cependant été constaté l'absence d'amélioration de la symptomatologie lombaire et de l'état de santé de M. D.
2. M. D a saisi une première fois, le 20 novembre 2017, la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) de la région Aquitaine d'une demande de réparation du préjudice qu'il imputait à l'intervention d'arthrodèse du 29 mars 2016 réalisée au CHU de Bordeaux. La CCI a diligenté une expertise confiée au professeur F, neurochirurgien, et au docteur B, orthopédiste, qui ont conclu dans leur rapport du 22 février 2018, que l'état de santé de M. D n'était pas consolidé. M. D a, le 1er février 2019, à nouveau saisi la CCI laquelle a diligenté une nouvelle expertise confiée aux mêmes experts. Ces derniers ont conclu, dans un rapport du 16 octobre 2019, que l'intervention du 29 mars 2016 pratiquée au CHU de Bordeaux n'était pas " conforme aux données de la science au moment des faits dans sa réalisation puisque la vis gauche d'ostéosynthèse supérieure ne pénètre pas le corps vertébral de L5 ce qui a entrainé un défaut de stabilité du montage et généré la ré intervention du 4 octobre 2016 ", mais que cette prise en charge n'avait pas engendré de déficit fonctionnel permanent. La CCI, dans un avis du 5 novembre 2019, s'est alors estimée incompétente considérant que les seuils n'étaient pas atteints.
3. Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Bordeaux sous le n° 2000983, M. D a sollicité du juge des référés une expertise à laquelle il a été fait droit par une ordonnance du 4 septembre 2020. Le professeur H A, neurochirurgien, et le docteur G E, désignés en qualité d'experts, ont respectivement remis leurs rapports les 14 novembre 2020 et 5 février 2022, dont M. D s'est ensuite prévalu à l'appui d'une nouvelle demande d'indemnisation formulée auprès de la CCI, mettant en cause l'intervention d'amputation pratiquée le 30 octobre 2013 au CHU de Bordeaux et ses complications infectieuses, à l'origine d'une reprise du moignon et d'une majoration de ses lombalgies. L'intéressé étant, selon l'expert, inapte à reprendre son activité professionnelle antérieure de menuisier-ébéniste, la commission s'est alors déclarée compétente. Et, par un nouvel avis du 16 juin 2022, elle a estimé que la réparation du dommage subi par M. D du fait de la survenue d'une infection nosocomiale au décours de la chirurgie du 30 octobre 2013 incombait à la société hospitalière d'assurance mutuelles (SHAM) en sa qualité d'assureur du CHU de Bordeaux, a retenu que l'état de santé de l'intéressé était consolidé à la date du 20 août 2018 et a listé les préjudices temporaires qu'il convenait d'indemniser au titre de l'infection nosocomiale. En outre, la CCI a ordonné une expertise complémentaire confiée à un spécialiste en médecine physique et de réadaptation afin de déterminer les préjudices permanents strictement imputables à l'infection nosocomiale dont a été victime M. D. La SHAM a refusé de présenter une offre. Par la présente requête, M. D demande de condamner solidairement l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et la SHAM à lui verser, à titre de provision, la somme de 30 000 euros à valoir sur l'indemnisation à venir de l'ensemble de ses préjudices.
Sur le principe de la provision :
4. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
5. Aux termes du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les professionnels de santé et les établissement, services ou organismes dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins " sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code: " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales () ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
6. Il est constant que M. D, qui a présenté une infection à staphylococcus lugdunndis et staphylococcus epidermis dans les suites de l'intervention d'amputation de son membre inférieur gauche réalisée le 30 octobre 2013 au CHU de Bordeaux, a été victime d'une infection nosocomiale apparue au décours de sa prise en charge dans cet établissement. La survenue de cette infection a conduit à une reprise de cette amputation, opération réalisée le 15 novembre 2013 dans le même établissement, qui a conduit à un raccourcissement osseux du moignon, et, le 30 novembre suivant, à une nouvelle reprise pour évacuation d'un hématome postopératoire. Le CHU de Bordeaux ne conteste pas la nature nosocomiale de l'infection contractée. L'engagement de sa responsabilité, qui n'apparaît pas sérieusement contestable au sens des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, est ainsi de nature à justifier la mise à la charge de son assureur, la SHAM, qui d'ailleurs ne s'y oppose pas, d'une provision. Cependant, la SHAM n'a l'obligation d'indemniser que les préjudices résultant directement et certainement de cette infection nosocomiale, à l'exclusion de ceux qui peuvent être imputés à l'amputation initiale faite à la demande du patient ou à l'évolution des pathologies initiales dont M. D souffre.
Sur le montant de la provision :
7. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du 5 février 2022 que M. D a été atteint, en lien avec l'infection nosocomiale dont il a été victime, d'un déficit fonctionnel temporaire total du 14 novembre au 5 décembre 2013, puis de classe 3 du 6 décembre au 31 décembre 2013 et enfin, de classe 2 du 1er janvier au 28 février 2014, qu'il a enduré des souffrances évaluées à 3,5 sur une échelle de 7 ainsi qu'un préjudice esthétique temporaire estimé à 4 sur 7. Dans les circonstances de l'espèce, la créance du requérant n'apparait pas sérieusement contestable à hauteur de 10 000 euros. Il y a lieu de limiter à cette somme la provision allouée au titre des préjudices temporaires subis au titre de l'infection nosocomiale dont il demande l'indemnisation.
8. Il résulte de ce qui précède que la créance de M. D pouvant être regardée comme non sérieusement contestable au titre des préjudices temporaires en lien avec l'infection nosocomiale contractée au décours de l'intervention du 30 octobre 2013 réalisée au CHU de Bordeaux, il y a lieu de condamner la SHAM à lui verser une somme de 10 000 euros.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SHAM une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La SHAM est condamnée à verser à M. D une provision de 10 000 euros.
Article 2 : La SHAM versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 4 : Le présente ordonnance sera notifiée à M. C D, à la société hospitalière d'assurance mutuelles, au centre hospitalier universitaire de Bordeaux et à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Fait à Bordeaux, le 6 juillet 2023.
La juge des référés,
A. CHAUVIN
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026