mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2206652 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP GRAVELLIER - LIEF - DE LAGAUSIE - RODRIGUES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 décembre 2022 et le 12 juillet 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Charente-Maritime, agissant pour le compte de la CPAM de la Charente et représentée par Me Froidefond, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Bordeaux à lui rembourser la somme de 348 197,54 euros, correspondant aux prestations exposées pour M. A E, en lien avec l'accident du 30 mars 2018, ainsi que les intérêts au taux légal ;
2°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Bordeaux à lui verser la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Bordeaux la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Bordeaux aux dépens.
Elle soutient que :
- la responsabilité sans faute du centre hospitalier universitaire de Bordeaux est engagée sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- elle s'en rapporte au tribunal s'agissant de l'application du taux de perte de chance de 65% ;
- elle a pris en charge des prestations pour le compte de son assuré, M. A E, qui s'élèvent à la somme de 348 197,54 euros ;
- le lien entre cette somme et l'accident médical est justifié par une attestation d'imputabilité établie par son médecin conseil versée aux débats.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, le centre hospitalier universitaire de Bordeaux, représenté par Me Rodrigues, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la CPAM de Charente-Maritime la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il fait valoir que :
- le taux de perte de chance de 65% retenu par la juge des référés de la cour administrative d'appel de Bordeaux doit être appliqué à la créance de la CPAM ;
- l'état antérieur de M. E doit être pris en compte ;
- la CPAM ne démontre pas l'imputabilité de ses débours à l'accident survenu, l'attestation qu'elle produit étant insuffisante pour distinguer les frais liés à cet accident de ceux liés à l'état initial de M. E.
La requête a été communiquée à M. C E qui n'a pas produit.
Par une ordonnance du 16 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 29 août 2024.
Vu :
- l'ordonnance du 19 septembre 2019 par laquelle le président du tribunal administratif de Bordeaux a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expert à la somme de 1 315,72 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lorrain Mabillon ;
- les conclusions de M. Roussel Cera, rapporteur public ;
- et les observations de Me de Lagausie, représentant le CHU de Bordeaux.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, alors âgé de cinquante-sept ans, présentait depuis les années 1990 une spondylarthropathie ankylosante responsable d'une paraparésie évolutive de ses membres inférieurs lorsqu'il a été hospitalisé au centre hospitalier universitaire de Bordeaux pour y subir, le 30 mars 2018, une ostéotomie destinée à corriger une cyphose thoraco-lombaire. Au cours de cette intervention, lorsque les médecins ont dû relever sa tête, maintenue par un étrier de Mayfield destiné à l'immobiliser dans le bon axe, cet étrier s'est décroché et sa tête est retombée dans une position d'hyperflexion. Un scanner du rachis réalisé après l'opération a révélé une fracture transdiscale à l'étage C5-C6 à l'origine d'une tétraplégie quasi complète.
2. Par une ordonnance du 8 août 2019, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a désigné le Dr F comme expert. Celui-ci a remis son rapport le 13 septembre 2019. Parallèlement, M. E a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) des accidents médicaux d'Aquitaine, qui a désigné le Pr D et le Dr B en qualité d'experts, lesquels ont remis leur rapport le 20 octobre 2019.
3. M. A E, qui avait saisi le juge des référés d'une demande de provision, est décédé le 13 septembre 2020, à la suite de quoi son fils et héritier, M. C E, a repris l'instance. Par une ordonnance du 20 décembre 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la demande de provision. Par une ordonnance du 23 mars 2022, la juge des référés de la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé l'ordonnance du 20 décembre 2021 et condamné le centre hospitalier universitaire de Bordeaux à verser à M. E une indemnité provisionnelle de 45 000 euros. Par sa requête, la CPAM de Charente-Maritime demande au tribunal de condamner le centre hospitalier universitaire de Bordeaux à lui rembourser les dépenses exposées pour le compte de M. A E.
Sur la responsabilité :
4. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. () Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. () ".
5. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ". Le service public hospitalier est responsable, même en l'absence de faute de sa part, des conséquences dommageables pour les usagers de la défaillance des produits et appareils de santé qu'il utilise, y compris lorsqu'il implante, au cours de la prestation de soins, un produit défectueux dans le corps d'un patient.
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise, qu'au cours de l'intervention réalisée au centre hospitalier universitaire de Bordeaux le 30 mars 2018, la tête de M. E a dû être surélevée. A cette fin, elle a été manipulée par l'intermédiaire de l'étrier de Mayfield qui y avait été préalablement fixé aux moyens de pointeaux pour la maintenir en place pendant l'opération. Il résulte en particulier du rapport de l'expert judiciaire que pendant cette manipulation, les pointeaux ont cédé, désolidarisant ainsi l'étrier de la tête de M. E, qui est retombée dans une position d'hyperflexion ayant entraîné une fracture transdiscale. Cette défaillance du matériel médical utilisé par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux est à l'origine de la fracture cervicale et de ses conséquences subies par M. E et engage la responsabilité sans faute du centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise, que le défaut du matériel survenu lors de l'opération du 30 mars 2018 présente un lien de causalité direct avec les préjudices subis par M. A E et les dépenses de santé exposées au profit de ce dernier par la CPAM. Si le centre hospitalier universitaire de Bordeaux se prévaut du taux de perte de chance de 65% retenu par les experts désignés par la CCI, il ressort de leur rapport que ceux-ci n'ont raisonné qu'en considération de la chance qu'avait M. E de ne pas présenter de tétraplégie à distance de la chirurgie, l'expert judiciaire n'ayant retenu aucune perte de chance. Au contraire, il résulte de l'instruction que les dépenses de santé exposées par la CPAM, consistant principalement en des frais d'hospitalisation conséquents à l'accident, n'auraient pas été engagées sans la défaillance du matériel utilisé par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux. En particulier, si les experts désignés par la CCI retiennent que l'hospitalisation du patient aurait été nécessaire en tout état de cause du 30 mars 2018 au 30 juin 2018, il ressort du décompte produit par la CPAM que celle-ci ne demande pas le remboursement de frais hospitaliers pour cette période. Dès lors, il n'y a pas lieu d'appliquer un taux de perte de chance à la créance de la CPAM de Charente-Maritime.
8. En troisième lieu, la CPAM de Charente-Maritime produit, à l'appui de son recours, un décompte détaillé de ses débours et une attestation d'imputabilité rédigée par un médecin-conseil indépendant, lequel atteste que seules les prestations liées à l'accident en cause ont été retenues, les soins étrangers ayant été écartés. Si les défendeurs allèguent que cette attestation ne serait pas assez précise pour permettre de vérifier que ces débours ne sont pas imputables à l'état initial de la victime, ils n'apportent aucun élément de nature à établir que certaines dépenses auraient dû être exposées en tout état de cause. Il résulte de l'instruction, pour les motifs exposés au point précédent, que la totalité des débours dont la caisse demande le remboursement sont en lien avec la défaillance du matériel utilisé par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux. Dans ces conditions, l'attestation versée aux débats suffit à démontrer l'imputabilité des dépenses et la réalité de la créance de la CPAM de Charente Maritime.
9. Il résulte de ce qui précède que la CPAM de Charente-Maritime justifie avoir exposé la somme de 348 197,54 euros correspondant à des frais hospitaliers, frais pharmaceutiques, frais d'appareillage et frais de transport en lien avec l'accident survenu le 30 mars 2018. Elle est par suite fondée à obtenir le remboursement de cette somme.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
10. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023, il y a lieu d'allouer à la CPAM de Charente-Maritime la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les intérêts :
11. La CPAM de Charente-Maritime a droit aux intérêts au taux légal de la somme citée au point 9 à compter du 6 décembre 2022, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
Sur les dépens :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Bordeaux les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 315,72 euros par ordonnance du 19 septembre 2019 du président du tribunal administratif de Bordeaux.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la CPAM de Charente-Maritime, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au centre hospitalier universitaire de Bordeaux une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Bordeaux la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la CPAM de Charente-Maritime et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux est condamné à rembourser à la CPAM de Charente-Maritime la somme de 348 197,54 euros avec intérêts au taux légal à compter du 6 décembre 2022.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux est condamné à verser à la CPAM de Charente-Maritime la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 3 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 315,72 euros sont mis à la charge du centre hospitalier universitaire de Bordeaux.
Article 4 : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux versera à la CPAM de Charente-Maritime la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la CPAM de Charente-Maritime et au centre hospitalier universitaire de Bordeaux. Copie sera adressée à M. C E.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
Mme Ballanger, première conseillère,
Mme Lorrain Mabillon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La rapporteure,
A. LORRAIN MABILLON La présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. LALITTE
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès au soin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026