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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2206721

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2206721

lundi 9 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2206721
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantDANGLADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 21 décembre 2022 et le 2 janvier 2023, présentés par la commune d'Audenge, représentée par Me Brand, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de l'association de tir audengeoise de la parcelle DM23, sous astreinte de 1 000 euros par jour à compter du lendemain de la notification de l'ordonnance ;

2°) de mettre à la charge de l'association de tir audengeoise une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'association de tir audengeoise aux éventuels dépens.

Elle soutient que :

- La parcelle DM23 occupée sans droit ni titre par l'association de tir audengeoise est un bien relevant du domaine public communal ;

- Le prononcé de la mesure ne se heurte à aucune contestation sérieuse ;

- Les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies, dans la mesure où, d'une part, l'occupation d'une partie de l'emprise de la parcelle DM 23 par l'association fait obstacle à la poursuite et à l'achèvement du projet d'intérêt communal de la Plaine des sports, et d'autre part, la commune doit pouvoir retrouver la pleine et entière jouissance de son bien afin de procéder aux travaux de dépollution du site , préalable à la poursuite de la réalisation des aménagements et équipements du projet de Plaine des sports ;

- La contestation de la légalité de la décision du 26 mars 2021 par laquelle elle demandait à l'association de quitter les lieux est inopérante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2022, l'association de tir audengeoise, représentée par Me Danglade, conclut au rejet de la requête et demande au juge des référés de mettre à la charge de la commune une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- La mesure préjudicie de manière grave et immédiate à la situation de l'association, dans la mesure où elle ne dispose d'aucun autre site afin de déplacer son activité ;

- Il est nécessaire d'attendre la décision du juge judiciaire ;

- La décision de mise en demeure de quitter les lieux datée du 17 novembre 2022 est entachée d'un défaut de motivation, d'un vice de procédure constitué du non-respect de la procédure contradictoire ;

- Aucune des motivations de la commune, reposant sur un trouble allégué à l'ordre public, une occupation du domaine public sans droit ni titre, et un projet de " Plaine des sports " ne justifie l'expulsion de l'association ;

- Le trouble à l'ordre public n'est pas constitué, ce qui constitue une erreur dans l'exactitude matérielle des faits et un détournement de procédure ; la mesure est en tout état de cause disproportionnée ;

- l'association revendique un droit de propriété sur la parcelle litigieuse, elle a mis en œuvre les dispositions de l'article 2261 du code civil et a assigné la commune en ce sens devant le juge judiciaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code civil ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gioffré, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu Me Brun, représentant la commune d'Audenge, qui reprend et développe ses moyens, et Me Danglade, représentant l'association de tir audengeoise, qui reprend et développe ses écritures.

Considérant ce qui suit :

1. La commune d'Audenge a décidé d'aménager une " plaine des sports " d'une surface de 9,5 ha, comprenant divers équipements sportifs et des aires de stationnement, sur un terrain incluant une parcelle boisée, cadastré DM 23. Ce terrain est occupé depuis les années 1980 par l'association de tir audengeoise, constituée en application de la loi de 1901, qui y a aménagé des stands de tir sportif. Par un arrêté du 26 mars 2021, le maire a ordonné à l'association de tir audengeoise de libérer la parcelle DM 23 avant la date du 1er juin 2021. Par jugement du 31 octobre 2022, le tribunal a rejeté la requête de l'association tendant à l'annulation de cet arrêté. Par la présente requête, la commune d'Audenge demande au juge des référés de prononcer l'expulsion de l'association de la parcelle DM 23.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur ce fondement d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, dont l'expulsion d'occupants sans titre du domaine public, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

3. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique () est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public."

4. Lorsqu'une personne publique a pris la décision d'affecter un bien qui lui appartient à un service public et que l'aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public peut être regardé comme entrepris de façon certaine, eu égard à l'ensemble des circonstances de droit et de fait, telles que, notamment, les actes administratifs intervenus, les contrats conclus, les travaux engagés, ce bien doit être regardé comme une dépendance du domaine public.

5. Le conseil municipal de la commune d'Audenge a, par deux délibérations adoptées respectivement les 12 avril 2017 et 5 juillet 2017, d'une part, décidé de classer la parcelle DM 23, parcelle boisée, dans le domaine public communal, d'autre part, approuvé la modification du plan local d'urbanisme de la commune, afin de classer cette parcelle, jusqu'alors comprise en zone d'urbanisation future 2AUy en zone Nsl (zone naturelle à spécialisation sport et loisirs). La commune a ensuite déposé le 26 novembre 2020 un dossier de demande de permis de construire, accordé le 20 septembre 2021, puis, le 3 décembre 2020, une demande d'autorisation de défrichement portant sur une surface de 1, 72 ha, laquelle a été accordée par la préfète de la Gironde le 9 septembre 2021. La commune a également passé les marchés de travaux ayant pour objet la réalisation des aménagements et équipements nécessaires au projet ; les attributions des lots ont été décidées les 18 août et 25 novembre 2021. Il est constant que les constructions autorisées par le permis délivré le 20 septembre 2021, constituées d'un stade de football, de vestiaires et de places de stationnement, sont achevées. Dans ces conditions, eu égard aux aménagements réalisés sur la parcelle, le bien concerné n'est pas manifestement insusceptible d'être qualifié de dépendance du domaine public dont le contentieux relève de la compétence de la juridiction administrative.

6. L'association revendique, tant dans ses écritures qu'à l'audience, la propriété de la parcelle litigieuse, en vertu des règles de prescription acquisitive prévues par les articles 2258 et suivants du code civil. Elle fait valoir que la possession du terrain dure depuis plus de trente ans, qu'elle est publique, non équivoque, paisible et à titre de propriétaire au sens de l'article 2261 du code civil. Elle soutient également qu'elle seule a entretenu le bien dont la commune s'est désintéressée, et qu'il n'existe aucune convention d'occupation du terrain. La commune, qui reconnaît l'absence de convention, précisant qu'elle a existé mais qu'il n'en reste pas de trace, indique que l'association n'occupe pas la parcelle litigieuse à titre de propriétaire, mais en tant que simple occupante. La commune soutient également qu'elle seule justifie d'un titre de propriété sur cette parcelle, qu'elle verse au dossier, qu'elle ne s'est jamais désintéressée de la parcelle en cause et que la revendication de l'association n'a que pour objet de faire obstacle au projet, dans la mesure où cette revendication n'intervient qu'en 2021 et que l'association n'a pas réussi à trouver un autre terrain afin de déplacer son activité, malgré les efforts de la commune en ce sens. Afin de faire valoir sa qualité de propriétaire, l'association a assigné la commune d'Audenge devant le tribunal judiciaire de Bordeaux le 18 octobre 2021. Le juge de la mise en état du tribunal judiciaire de Bordeaux a, par ordonnance du 28 novembre 2022, rejeté l'exception d'incompétence opposée par la commune, indiquant, notamment, que si la juridiction administrative est seule compétente pour se prononcer sur l'appartenance d'une voie communale au domaine public ou privé de la commune, c'est à la condition que soit préalablement tranchée, par le juge judiciaire, la question de la propriété de l'assiette de cette voie, lorsqu'elle est revendiquée par une personne privée, et a fixé une nouvelle audience le 2 février 2023. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, eu égard à l'office du juge dans le cadre de la présente instance, la mesure d'expulsion demandée par la commune d'Audenge doit être regardée comme se heurtant à une contestation sérieuse. Il s'ensuit que ses conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur les conditions d'urgence et d'utilité.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'association, qui n'est pas partie perdante, la somme demandée par la commune au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune, dans les circonstances de l'espèce, la somme de 1 000 euros à verser à l'association en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les dépens :

8. La présente instance n'a généré aucun dépens. Les conclusions présentées à ce titre par la commune doivent, en tout état de cause, être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la commune d'Audenge est rejetée.

Article 2 : La commune d'Audenge versera à Association de tir audengeoise, la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune d'Audenge et à l'Association de tir audengeoise.

Fait à Bordeaux, le 9 janvier 2023.

La juge des référés,

M. A La greffière,

C. GIOFFRE

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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