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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2206804

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2206804

mercredi 5 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2206804
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL CAROLINE LAVEISSIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 décembre 2022, M. B D, représenté par Me Sourzac, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 octobre 2022 par laquelle le maire de Bordeaux a implicitement rejeté la demande de retrait de l'arrêté municipal du 25 avril 2019 portant autorisation d'occupation temporaire du domaine public en vue de l'installation d'une terrasse par la société Simeone Finance ;

2°) d'enjoindre au maire de Bordeaux de retirer l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public délivrée à la société Simeone Finance ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bordeaux la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté du 25 avril 2019 a été signé par une autorité incompétente pour ce faire ;

- il méconnaît les dispositions de l'arrêté municipal du 12 février 2013 relatif à la gestion de l'occupation du domaine public ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 1336-5 et suivants du code de la santé publique ;

- le maire de Bordeaux a méconnu ses pouvoirs de police tirés de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ;

- l'arrêté est en tout état de cause caduque depuis le 21 mai 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, la société Simeone Finance, représentée par Me Laveissière, avocate, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable, et en tout état de cause, mal fondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, la commune de Bordeaux, conclut au rejet de la requête en tant qu'elle est irrecevable.

Elle soutient en tout état de cause que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 28 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la santé publique ;

- le règlement municipal n° 201302261 du 12 février 2013 relatif à la gestion de l'occupation du domaine public ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mounic, rapporteure,

- les conclusions de M. Dufour, rapporteur public,

- les observations de M. D, les observations de M. C, représentant la commune de Bordeaux, les observations de Me Duhamelet représentant la société Simeone Finance.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D est locataire d'un appartement situé au 13 rue Serpolet, à Bordeaux, à proximité de la place Camille Jullian. Le requérant soutient que la terrasse de l'établissement Le Simeone occupant le domaine public lui occasionne de nombreuses nuisances et porte atteinte à sa tranquillité et à sa santé. La société Simeone Finance, exploitant l'établissement Le Simeone, dispose d'une autorisation d'occupation temporaire du domaine public délivrée par le maire de Bordeaux, par un arrêté du 25 avril 2019. Par un courrier en date du 22 août 2022, réceptionné le 29 août 2022, M. D a demandé au maire de Bordeaux de retirer cet arrêté, lequel courrier est resté sans réponse. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de la décision du 29 octobre 2022 par laquelle le maire de Bordeaux a implicitement rejeté sa demande de retrait de ladite autorisation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E A, adjoint au maire, responsable "de la délégation thématique Vie urbaine et proximité" bénéficiait, par arrêté du maire du 11 mars 2019 régulièrement publié, d'une délégation lui permettant de signer " tous les actes relevant de son champ de délégation notamment dans le domaine () de l'occupation du domaine public, de la tranquillité publique, des terrasses, () ". Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 34 de l'arrêté municipal n°201302261 du 12 février 2013 relatif à la gestion de l'occupation du domaine public : " La surface des terrasses ne pourra en aucune façon être supérieure à la surface intérieure de l'établissement réservée à la clientèle ". Aux termes de l'article 37 : " Dans un souci de sécurité et afin d'assurer la propreté, rien ne doit subsister sur l'espace public de ces mobiliers les jours de non fonctionnement ainsi qu'après la fermeture des établissements () ". Aux termes de l'article 42 : " Rien ne doit subsister de ces dépôts, les jours de non fonctionnement ainsi qu'après la fermeture des établissements. Le mobilier des terrasses devra être rentré, en silence, une heure avant l'horaire de fermeture des débits de boissons fixé par l'arrêté préfectoral en vigueur ". Enfin, aux termes de l'article 53 de ce même arrêté : " Les riverains sont tenus de veiller à ce que leurs bacs à déchets soient sortis juste avant la collecte et rentrés le plus rapidement possible après celle-ci afin de ne pas encombrer le domaine public ".

4. Le requérant soutient que Le Simeone méconnaît les dispositions de l'arrêté municipal du 12 février 2013 relatif à la gestion de l'occupation du domaine public sur trois points notamment pour non-respect des règles relatives aux dimensions autorisées de sa terrasse, au rangement du mobilier à la fermeture et à la présence de containers de poubelles sur la voie publique. D'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'huissier établi le 26 août 2022 à la demande du requérant, que " certains passages et autres accès sont obstrués par du mobilier appartenant au gérant dudit établissement " et que " deux chevalets sont installés de part et d'autre de la terrasse, ne respectant pas l'emprise du marquage et sont donc installés au droit de la place Camille Jullian ". D'autre part, il est constaté dans le procès-verbal que " après la fermeture dudit établissement la totalité des tables et des chaises ainsi que les présentoirs sont restés installés au droit de la place Camille Jullian ".

5. Cependant, la circonstance que, de manière ponctuelle, le Simeone aurait installé sa terrasse au-delà des limites autorisées, ou qu'il ne rentre pas leur mobilier, avec l'assentiment de la commune de Bordeaux et du collectif des riverains de la place Camille Jullian, afin d'éviter des nuisances, ne saurait justifier une abrogation de l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public, quand bien même une telle sanction est prévue par le règlement intérieur. Enfin, les photographies produites dans le procès-verbal d'huissier, relevant la " présence de containers de poubelles ouverts et débordants utilisés par le restaurant Simeone, empiètent sur la voie publique " ne démontrent pas que l'établissement méconnaîtrait l'article 53 du règlement relatif aux bacs à déchets sur le domaine public alors même que la collecte des déchets s'effectue la nuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'arrêté municipal du 12 février 2013 relatif à la gestion de l'occupation du domaine public doit être écarté dans toutes ses branches.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 1336-5 du code de la santé publique : " Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme, dans un lieu public ou privé, qu'une personne en soit elle-même à l'origine ou que ce soit par l'intermédiaire d'une personne, d'une chose dont elle a la garde ou d'un animal placé sous sa responsabilité ". Aux termes de l'article R. 1336-6 : " Lorsque le bruit mentionné à l'article R. 1336-5 a pour origine une activité professionnelle autre que l'une de celles mentionnées à l'article R. 1336-10 ou une activité sportive, culturelle ou de loisir, organisée de façon habituelle ou soumise à autorisation, l'atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme est caractérisée si l'émergence globale de ce bruit perçu par autrui, telle que définie à l'article R. 1336-7, est supérieure aux valeurs limites fixées au même article. / Lorsque le bruit mentionné à l'alinéa précédent, perçu à l'intérieur des pièces principales de tout logement d'habitation, fenêtres ouvertes ou fermées, est engendré par des équipements d'activités professionnelles, l'atteinte est également caractérisée si l'émergence spectrale de ce bruit, définie à l'article R. 1336-8, est supérieure aux valeurs limites fixées au même article. / Toutefois, l'émergence globale et, le cas échéant, l'émergence spectrale ne sont recherchées que lorsque le niveau de bruit ambiant mesuré, comportant le bruit particulier, est supérieur à 25 décibels pondérés A si la mesure est effectuée à l'intérieur des pièces principales d'un logement d'habitation, fenêtres ouvertes ou fermées, ou à 30 décibels pondérés A dans les autres cas. " Aux termes de l'article R. 1336-7 : " L'émergence globale dans un lieu donné est définie par la différence entre le niveau de bruit ambiant, comportant le bruit particulier en cause, et le niveau du bruit résiduel constitué par l'ensemble des bruits habituels, extérieurs et intérieurs, correspondant à l'occupation normale des locaux et au fonctionnement habituel des équipements, en l'absence du bruit particulier en cause. / Les valeurs limites de l'émergence sont de 5 décibels pondérés A en période diurne (de 7 heures à 22 heures) et de 3 décibels pondérés A en période nocturne (de 22 heures à 7 heures), valeurs auxquelles s'ajoute un terme correctif en décibels pondérés A, fonction de la durée cumulée d'apparition du bruit particulier : / 1° Six pour une durée inférieure ou égale à 1 minute, la durée de mesure du niveau de bruit ambiant étant étendue à 10 secondes lorsque la durée cumulée d'apparition du bruit particulier est inférieure à 10 secondes ; / 2° Cinq pour une durée supérieure à 1 minute et inférieure ou égale à 5 minutes ; / 3° Quatre pour une durée supérieure à 5 minutes et inférieure ou égale à 20 minutes ; / 4° Trois pour une durée supérieure à 20 minutes et inférieure ou égale à 2 heures ; / 5° Deux pour une durée supérieure à 2 heures et inférieure ou égale à 4 heures ; / 6° Un pour une durée supérieure à 4 heures et inférieure ou égale à 8 heures ; / 7° Zéro pour une durée supérieure à 8 heures ".

7. Le requérant soutient que le Simeone méconnaît la règlementation relative au bruit et notamment les dispositions précitées du code de la santé publique. Or, si les valeurs limites sont précisément établies par la règlementation et l'article R. 1336-6 et suivant du code de la santé publique, le requérant n'établit pas qu'elles auraient été méconnues. Il ne démontre pas davantage les effets préjudiciables sur sa santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 1336-5 du code de la santé publique doit être écarté.

Sur la méconnaissance des pouvoirs de police du maire

8. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, () ". Aux termes de l'article. L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () 2° Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d'ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles du voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ". Aux termes de l'article L. 2214-4 du code général des collectivités territoriales : " Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique, tel que défini au 2° de l'article L. 2212-2 et mis par cet article en règle générale à la charge du maire, incombe à l'Etat seul dans les communes où la police est étatisée, sauf en ce qui concerne les troubles de voisinage ".

9. Il ressort des dispositions précitées que si seul le préfet est compétent pour fermer un établissement qui génère des troubles à la tranquillité publique, il appartient également au maire de faire cesser les troubles de voisinage. Or, l'existence de tels troubles ne ressort pas des pièces du dossier. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maire de Bordeaux a méconnu ses pouvoirs de police tels que définis à l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir soulevées en défense, que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet par le maire de Bordeaux de sa demande de retrait de l'arrêté du 25 avril 2019.

Sur les conclusions à fin d'injonction

11. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D étant rejetées, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais d'instance

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Bordeaux, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. D au titre des frais exposés à l'occasion du litige et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. D la somme de 1 000 euros au titre des frais d'instance sur le même fondement.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : M. D versera la somme de 1 000 euros à la société Simeone Finance au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, au maire de la commune de Bordeaux et à la société Simeone Finance.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delvolvé, président,

- Mme Mounic, première conseillère,

- Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2023.

La rapporteure,

S. MOUNIC Le président,

Ph. DELVOLVÉ

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

No 2206804

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