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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300261

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300261

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300261
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantCESSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 17 janvier 2023, la commune de Mérignac, représentée A son maire en exercice, demande au juge des référés d'enjoindre à M. et Mme C et B E, ainsi qu'à M. et Mme D et F G, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de libérer avec leurs enfants, le cas échéant, avec tout autre personne qui pourrait se trouver sur les lieux de leur chef, et en emmenant tous les biens leur appartenant, l'ancien logement de gardien situé 45 rue Michelet à Mérignac dans un délai de quinze jours, sous peine d'expulsion d'office, au besoin avec le concours de la force publique.

La commune de Mérignac soutient que :

- l'ancien logement de gardien appelé " J " est squatté A deux couples de ressortissants albanais et leur enfants mineurs ;

- l'immeuble en question relève du domaine public communal ;

- l'occupation illégale constitue un obstacle à la mise en œuvre du projet de création d'un accueil de jour sur la commune, qui repose sur la construction de nouveaux locaux sur le site et permettra de répondre aux besoins des personnes en grande précarité en créant un accueil de jour ouvert en relais des centres d'hébergement d'urgence ;

- il y a urgence dès lors que les entreprises doivent commencer les travaux de rénovation du bâtiment à la mi-janvier ;

- la demande de la commune ne se heurte à aucune contestation sérieuse ; les locaux sont occupés sans droit ni titre et ils sont insalubres et dangereux pour les occupants.

A un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, avant l'audience, M. et Mme E et M. et Mme G, représentés A Me Cesso, demandent au juge des référés :

1°) de leur accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, de débouter la commune de Mérignac de sa demande d'expulsion et de la condamner à verser à Me Cesso la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle de verser cette somme directement aux requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) à titre subsidiaire de leur accorder un sursis à l'exécution de la décision et dire que l'expulsion n'aura pas lieu avant le 8 juillet 2023.

Les défendeurs font valoir que :

- M. et Mme E occupent le bien depuis le printemps 2022 ;

- les époux G sont demandeurs d'asile, placés en procédure prioritaire et en attente de jugement devant la CNDA ; ils ne bénéficient d'aucun logement ni d'aucune allocation et ont été contraints de trouver un logement A leurs propres moyens ; ils occupent ce bien depuis octobre 2022 ;

- la commune ne justifie pas que le bien soit une dépendance du domaine public, ni même qu'elle en soit propriétaire en l'absence de la production d'un titre de propriété ;

- la commune n'établit pas l'urgence de la mesure qui n'est pas présumée A la seule illégalité de l'occupation ; les intéressés sont dans les lieux depuis plusieurs mois ;

- l'insalubrité de l'occupation n'est pas démontrée et ils contestent tout dysfonctionnement du système de chauffage ; le problème de l'évacuation des eaux a été réglé dès l'installation de la première famille ;

- les deux familles vivent paisiblement et les enfants sont scolarisés ;

- M. D G souffre de graves crises d'épilepsie, et est régulièrement hospitalisé ; M. C E est gravement malade et souffre des séquelles d'un AVC et de troubles cardiaques, ainsi que d'une dépression ; leur expulsion serait constitutive d'un trouble à l'ordre public ;

- la commune ne justifie pas de l'utilité de l'expulsion à défaut de produire le moindre élément sur le projet d'utilisation en cours du bâtiment;

- l'expulsion serait contraire à l'intérêt supérieur des mineurs protégé A l'article 3 A 1 de la CIDE ;

- l'expulsion est contraire à l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme qui protège également le domicile ;

- les conditions météorologiques actuelles sont difficiles et aucun hébergement d'urgence n'est disponible ;

- la commune n'a pas découvert la situation en décembre comme elle semble le soutenir, et ne s'est pas opposée à l'occupation ; elle a admis la présence des occupants et, dans ces conditions, il y a lieu de considérer qu'il existe un contrat de commodat régi A les dispositions de l'article 875 et suivants du code civil, qui suppose, en l'absence de terme convenu, la saisine du juge pour obtenir la restitution du bien, ce qui ne n'est pas de la compétence du juge des référés ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale des droits de l'enfant ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 23 janvier 2023 à 15h en présence de Mme Gioffré, greffière d'audience :

- le rapport de Mme H ;

- les observations de Mme I, représentant la commune de Mérignac qui persiste dans ses conclusions écrites A les mêmes moyens et qui précise, sur demande, que l'immeuble en cause servait de logement au gardien de la salle des fêtes communale qui est toujours utilisée à cette fin ;

- les observations de Me Cesso, qui reprend l'ensemble de ses observations en défense, en les développant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. " Saisi sur ce fondement d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, dont l'expulsion d'occupants sans titre du domaine public, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. Il résulte de l'instruction que la commune de Mérignac a acquis le 10 juin 1976 un ensemble immobilier comprenant la maison actuellement occupée sans droits ni titre, sur lequel a été construite une salle des fêtes communale et qu'elle a affecté l'immeuble existant à l'usage de maison de gardien de cet équipement toujours en service actuellement. Si la maison est actuellement inoccupée depuis une date non déterminable en l'état du dossier soumis au juge des référés, ce bien, compte tenu de l'affectation qui a été la sienne, n'est manifestement pas insusceptible d'être qualifié de dépendance du domaine public de la commune de Mérignac. Le tribunal administratif est en conséquence compétent pour statuer sur la demande de référé introduite A la commune de Mérignac en vue de l'expulsion des occupants.

Sur l'aide juridictionnelle :

3. M. et Mme E, ainsi que M. et Mme G ont sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () A la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à la nature de la requête, sur laquelle il doit être statué en urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. et Mme E et de M. et Mme G.

Sur le bien-fondé de la demande de la commune de Mérignac :

4. Il ressort du procès-verbal de constat dressé A police municipale de Mérignac le 12 décembre 2022, que le logement de fonction dit " J ", situé 45 rue Jules Michelet sur le territoire de la commune, est occupé sans autorisation A deux familles d'origine albanaise, M. et Mme C et B E et leurs trois enfants âgés de 16 ans, 14 ans et 20 mois, ainsi que A M. et Mme D et F G et leurs deux enfants âgés de 13 ans et 10 ans.

5. Si la commune de Mérignac soutient en premier lieu que la " J " doit faire l'objet, à partir du mois de janvier 2023, de travaux de rénovation afin de l'affecter aux besoins des personnes en grande précarité en créant un accueil de jour ouvert en relais des centres d'hébergement d'urgence, ces allégations sont contredites A les défendeurs qui font valoir que la commune ne produit aucune pièce tangible pour justifier de l'existence d'un tel projet et qu'aucune autorisation d'urbanisme n'a été accordée pour ces travaux. En l'état du dossier soumis au juge des référés, le projet d'aménagement de la commune n'est corroboré A aucune pièce qui permettrait d'établir sa consistance et son actualité. En second lieu, l'insalubrité et la dangerosité de l'occupation de la maison ne sont pas plus établies en l'absence de tout constat des lieux, alors que les requérants font valoir qu'elle est alimentée en eau et que les difficultés d'évacuation ont été résolues dès l'occupation de la famille E au mois de mars 2022, sans qu'aucun trouble n'ait été constaté dans le parc voisin. Qu'à cet égard, la commune n'établit pas plus la fermeture du parc pour des motifs d'insalubrité liés à l'évacuation des eaux usées de la " J " que la dangerosité du chauffage de la maison.

6. Dans les conditions ci-dessus décrites, alors que la maison abrite depuis plusieurs mois deux familles avec enfants scolarisés à proximité, la commune de Mérignac ne justifie ni de l'urgence, ni de l'utilité de la demande d'expulsion. Sa requête, présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doit en conséquence être rejetée.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

7. M. et Mme C et B E, ainsi que M. et Mme D et F G étant admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, leur avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive des défendeurs à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de la commune de Mérignac le versement à Me Cesso de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. et Mme C et B E, ainsi qu'à M. et Mme D et F G A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée directement à ces derniers A la commune de Mérignac.

O R D O N N E:

Article 1er : La requête de la commune de Mérignac est rejetée.

Article 2 : Sous réserve de l'admission définitive de M. et Mme C et B E, ainsi que M. et Mme D et F G à l'aide juridictionnelle, la commune de Mérignac versera à Me Cesso, leur avocat, une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux défendeurs A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sera versée directement aux défendeurs.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Mérignac, à M. et Mme C et B E et à M. et Mme D et F G.

Fait à Bordeaux, le 24 janvier 2023.

La juge des référés, La greffière,

C H C. GIOFFRE

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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