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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300273

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300273

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300273
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la demande de M. A, qui contestait des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux pour 2017, suite à des distributions non déclarées par sa société. Le tribunal a d'abord écarté le moyen de procédure, estimant que l'administration avait régulièrement notifié sa réponse aux observations du requérant, malgré une attestation postale jugée non probante. Sur le fond, le tribunal a confirmé le bien-fondé des impositions en application des articles 109 et 117 du code général des impôts, considérant que les sommes en cause constituaient des revenus distribués. La solution retenue est donc le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 janvier 2023, M. C A demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2017 pour un montant de 29 356 euros, en droits, intérêts et majorations.

Il soutient que :

- la réponse aux observations qu'il a formulées à la suite de la réception de la proposition de rectification ne lui a pas été régulièrement notifiée ;

- quand bien même il a été désigné comme étant bénéficiaire des revenus distribués par cette société, il appartenait à l'administration de démontrer leur existence, leur montant et que ces revenus auraient été effectivement mis à sa disposition ;

- il ne peut être présumé avoir appréhendé les revenus distribués par la société D n'étant pas le seul maître de l'affaire ;

- les frais de location de l'appartement situé rue Duret à Paris pris en charge par la société D présentaient pour partie un caractère professionnel ;

- les frais correspondant aux voyages au Maroc pris en charge par la société D présentaient un caractère professionnel ;

- sa désignation comme bénéficiaire des revenus distribués correspondant aux frais de crèche de son enfant lui donne droit à la réduction d'impôt pour frais de garde d'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 mai 2024, l'administrateur général des finances publiques, chef de la direction spécialisée du contrôle fiscal d'Ile-de-France, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Hapac Environnement, créée le 18 février 2015, avait pour objet à compter du 31 décembre 2015, de commercialiser des panneaux photovoltaïques, des pompes à chaleur et des ballons thermodynamiques. M. A a été le gérant de cette société jusqu'au 16 juillet 2017. A compter du 17 juillet 2017, la société a pris le nom de D dont M. A est demeuré associé par l'intermédiaire de la société SAS Euro Group Invest dont il détient 51% des parts et dont il est par ailleurs directeur général. A l'issue de la vérification de la comptabilité de la société D, portant sur la période comprise entre le 1er février 2015 et le 31 décembre 2017, l'administration fiscale a estimé que M. A avait bénéficié, de la part de cette société, de distributions non déclarées au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2017 et que les sommes correspondantes devaient être réintégrées dans ses revenus de l'année 2017. M. A demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2017, en conséquence de cette réintégration, pour un montant de 29 356 euros, en droits, intérêts et majorations.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En vertu de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, l'administration ne peut mettre en recouvrement des impositions résultant de rectifications refusées par le contribuable sans les avoir auparavant confirmées dans une réponse aux observations formulées par celui-ci. Si le contribuable conteste que cette réponse lui a bien été notifiée, il incombe à l'administration fiscale d'établir qu'une telle notification lui a été régulièrement adressée et, lorsque le pli contenant cette notification a été renvoyé par le service postal au service expéditeur, de justifier de la régularité des opérations de présentation à l'adresse du destinataire. La preuve qui lui incombe ainsi peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve établissant que l'intéressé a été avisé de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste et qu'il n'a pas été retourné avant l'expiration du délai de mise en instance.

3. L'administration produit une copie de sa réponse du 8 septembre 2020 aux observations présentées par M. A par courrier du 23 mars 2020 à l'encontre de la proposition de rectification établie le 9 décembre 2019. Elle communique également un avis de réception postal indiquant que M. A a été avisé le 10 septembre 2020, à son adresse au 20 avenue Gustave Eiffel à Saint-Vincent-de-Paul, de la mise en instance du pli contenant sa réponse du 8 septembre 2020, qui a été retourné à l'administration le 1er octobre 2020 avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Pour contester l'exactitude de cette mention, M. A produit une attestation établie le 19 octobre 2021 par la plateforme de distribution du courrier de Carbon Blanc indiquant que les agents de ce service ont déposé son courrier dans les boîtes aux lettres de ses voisins. Cette attestation, établie plus d'un an après la date de présentation du courrier de l'administration, est dépourvue de tout caractère probant. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'absence de notification régulière de la réponse de l'administration à ses observations doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions procédant de la réintégration des revenus distribués par la société D :

4. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 117 du même code : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. () ".

5. M. A n'a pas accepté les rectifications résultant du rattachement à son revenu des dépenses regardées comme ayant été exposées dans son seul intérêt par la société D, et dont il a été désigné bénéficiaire par cette dernière après mise en œuvre par l'administration des dispositions de l'article 117 du code général des impôts précité. Dans ces conditions, il incombe à l'administration de prouver l'existence et le montant des bénéfices qui auraient été distribués à M. A par la société.

En ce qui concerne les frais de crèche :

6. L'administration a relevé, à l'occasion de la vérification de la comptabilité de la société D, que cette société avait pris en charge des frais de crèche à hauteur de 10 255 euros correspondant aux frais de garde de l'enfant de M. A. L'existence de cette distribution et son appréhension par ce dernier résultent de la nature même de cette dépense, qui présente un caractère purement personnel et est dépourvue de tout lien avec l'activité de la société. Cette circonstance, qui n'est pas contestée, fait en outre obstacle à ce que le bénéfice de la réduction d'impôt relative aux frais de garde d'enfant prévue par l'article 200 quater B du code général des impôts soit accordé à M. A, dès lors que ces frais ont été acquittés par la société et non par lui-même.

En ce qui concerne les loyers de l'appartement situé 15 rue Duret à Paris :

7. L'administration a également relevé que la société D avait pris en charge à hauteur de 19 488 euros les loyers de cet appartement de fonction mis à la disposition de M. A sur la période comprise entre le 17 juillet et le 31 décembre 2017. En l'absence de toute pièce produite par la société permettant d'établir que cet appartement était, même partiellement, nécessaire à l'activité professionnelle de M. A, elle a estimé que celle-ci avait indument pris en charge une dépense personnelle de ce dernier. En se bornant à soutenir que la mise à disposition de cet appartement lui permettait d'exercer ses fonctions de directeur de la société, dont le siège est situé à Courbevoie, et qu'il y télétravaillait, M. A ne contredit pas sérieusement l'existence et son appréhension de la distribution de bénéfices correspondante.

En ce qui concerne les frais de voyage :

8. La société D a désigné M. A comme étant le bénéficiaire des distributions correspondantes à hauteur de la somme de 21 086 euros, ramenée à 21 053 euros après observations du contribuable. Pour démontrer l'existence de la distribution par la société des sommes correspondant aux déplacements au Maroc, l'administration a relevé que les prestations de phoning facturées aux sociétés marocaines Mondial Phone et Since 1980 par la société D en vue de concourir au développement de son chiffre d'affaires, dont se prévalait M. A pour justifier le caractère professionnel des déplacements concernés, présentaient un caractère fictif et en a déduit que ses déplacements et ceux des membres de sa famille dans ce pays présentaient en conséquence un caractère personnel. S'agissant des frais de voyage engagés pour les voyages en Thaïlande, Espagne, Dubaï, l'administration a relevé qu'en l'absence de tout chiffre d'affaires réalisé par la société dans ces pays et de toute preuve d'un quelconque démarchage commercial, et qu'eu égard par ailleurs aux dates de ces voyages (vacances d'été et de fin d'année), et à l'identité de certains voyageurs, qui sont des membres de la famille de M. A, le caractère professionnel de ces déplacements ne pouvait davantage être établi. M. A ne produit aucun élément permettant de démontrer la réalité des prestations facturées aux sociétés marocaines, et ne conteste pas le caractère personnel des frais de déplacement dans les autres pays relevés par l'administration. Le caractère imposable de ces distributions doit par suite être regardé comme établi.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par M. A doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée du contrôle fiscal d'Ile-de-France

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme E et Mme B, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

E. E

Le président,

D. FERRARI La greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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