jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2300274 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2023, et deux mémoires, enregistrés les 31 janvier et 12 mars 2024, Mme C A demande au tribunal de prononcer la décharge de la somme 7 018 euros mise à sa charge au titre des rappels d'impôts sur le revenu relative à la responsabilité solidaire entre époux.
Elle soutient qu'elle n'est pas en mesure de payer la somme demandée car sa situation financière s'est dégradée ; si en application de l'ordonnance de non conciliation du 10 novembre 2022 elle percevait 300 euros mensuels de pension alimentaire au titre du devoir de secours entre époux, sa situation s'est depuis dégradée car par un jugement du 21 septembre 2023, son ex époux a obtenu de ne plus lui verser de pension alimentaire, seuls les 300 euros de pension alimentaire versés à sa fille perdurant ; de plus, son époux ne la verse pas effectivement et doit 3 000 euros pour la pension de sa fille ; elle a dû souscrire plusieurs prêts à la consommation.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 19 juillet 2023, 16 février 2024 et 8 avril 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public,
- les observations de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a demandé le 17 octobre 2022 la décharge de sa responsabilité solidaire relative aux impôts dont elle était redevable solidairement avec son ex-époux pour un montant total de 15 627 euros dont 7 018 euros de droits en matière d'impôts sur le revenu et 8 609 euros en matière de contributions sociales. Le 1er décembre 2022, l'administration fiscale a fait droit à sa demande pour les contributions sociales mais l'a rejetée pour l'impôt sur le revenu rapportant la somme due à un montant de 7 018 euros. La requérante demande au tribunal de la décharger de cette somme.
2. Aux termes de l'article 1691 bis du code général des impôts : " I. - Les époux et les partenaires liés par un pacte civil de solidarité sont tenus solidairement au paiement :1° De l'impôt sur le revenu lorsqu'ils font l'objet d'une imposition commune II. - 1. Les personnes divorcées ou séparées peuvent demander à être déchargées des obligations de paiement prévues au I ainsi qu'à l'article 1723 ter-00 B lorsque, à la date de la demande :a) Le jugement de divorce ou de séparation de corps a été prononcé ou la convention de divorce par consentement mutuel prenant la forme d'un acte sous signature privée contresigné par avocats a été déposée au rang des minutes d'un notaire ;b) La déclaration conjointe de dissolution du pacte civil de solidarité établie par les partenaires ou la signification de la décision unilatérale de dissolution du pacte civil de solidarité de l'un des partenaires a été enregistrée au greffe du tribunal judiciaire ;c) Les intéressés ont été autorisés à avoir des résidences séparées ;d) L'un ou l'autre des époux ou des partenaires liés par un pacte civil de solidarité a abandonné le domicile conjugal ou la résidence commune. 2. La décharge de l'obligation de paiement est accordée en cas de disproportion marquée entre le montant de la dette fiscale et, à la date de la demande, la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur. La situation financière nette du demandeur est appréciée sur une période n'excédant pas trois années. La décharge de l'obligation de paiement est alors prononcée selon les modalités suivantes : a) Pour l'impôt sur le revenu, la décharge est égale à la différence entre le montant de la cotisation d'impôt sur le revenu établie pour la période d'imposition commune et la fraction de cette cotisation correspondant aux revenus personnels du demandeur et à la moitié des revenus communs du demandeur et de son conjoint ou de son partenaire de pacte civil de solidarité.; ". Aux termes de l'article 382 quater de l'annexe II du code général des impôts : " Si aucune décision n'a été prise dans les délais prévus à l'article 382 ter ou lorsque la décision, notifiée par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, ne lui donne pas satisfaction, le demandeur doit, à peine de forclusion, porter l'affaire devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à compter :a) Soit de la date d'expiration du délai mentionné au premier alinéa de l'article 382 ter ;b) Soit de la date de notification de la décision prise sur la demande en décharge. La procédure ne peut, à peine d'irrecevabilité, être engagée avant ces dates. Le demandeur ne peut soumettre au juge des pièces justificatives autres que celles qu'il a déjà produites à l'appui de la demande de décharge de responsabilité qu'il a présentée au directeur départemental des finances publiques ou au directeur en charge du service à compétence nationale, ni invoquer des faits autres que ceux exposés dans cette demande. ".
3. Le respect de la condition, prévue par l'article 1691 bis du code général des impôts, relative à la situation financière et patrimoniale du demandeur doit être évalué à la date de sa demande en décharge de responsabilité, à partir des seules pièces produites à l'appui de cette demande et des seuls faits qui y ont été exposés. La disproportion entre la dette fiscale et la situation financière et patrimoniale, nette de charges, du demandeur s'analyse au regard de sa situation patrimoniale puis, le cas échéant, de sa situation financière. Lorsque le montant de la dette fiscale est supérieur au montant du patrimoine, la disproportion est appréciée en effectuant la comparaison entre, d'une part, le montant de la dette fiscale, diminuée de la valeur du patrimoine et, d'autre part, la situation financière nette du demandeur.
4. Tout d'abord, la requérante conteste la somme mise à sa charge, à la date de sa demande adressée à l'administration fiscale en novembre 2022. L'administration fiscale a calculé que la situation fiscale nette de charge de la requérante était constituée d'un solde positif de 468 euros mensuels en prenant en compte ses ressources diminuées de ses charges. Pour contester ce calcul, la requérante se borne à indiquer que son ex époux ne lui versait pas effectivement les pensions alimentaires dont le montant total était de 600 euros. Toutefois elle n'a pas apporté au dossier des documents permettant de l'établir comme par exemple ses relevés de comptes bancaires. C'est donc sans commettre d'erreur que l'administration fiscale a apprécié sa situation financière et en a déduit l'absence de disproportion entre le montant de la dette fiscale et sa situation financière nette à la date de sa demande.
5. S'agissant ensuite de sa situation postérieure à sa demande, la requérante se borne à faire valoir qu'elle s'est dégradée notamment parce que par jugement du 21 septembre 2023, son ex époux a obtenu de ne plus lui verser de pension alimentaire et que seuls les 300 euros de pension alimentaire versés à sa fille ont été maintenus. Or, elle fait valoir que son époux ne verse pas cette pension et qu'il doit ainsi 3 000 euros pour la pension de sa fille. Elle ajoute qu'elle a dû souscrire plusieurs prêts à la consommation. Toutefois, tous ses arguments et pièces pour en justifier sont postérieurs à la date de sa demande de décharge adressée à l'administration en novembre 2022 et n'ont pas été portés à la connaissance de cette dernière à cette date. Par suite, dès lors que la requérante n'établit pas qu'à la date de sa demande de décharge de responsabilité solidaire, il existait une disproportion marquée entre le montant de sa dette fiscale et sa situation financière et patrimoniale, c'est à bon droit que l'administration a rejeté sa demande.
6. Il demeure loisible à Mme A, si elle s'y croit fondée, d'adresser à l'administration une demande de remise gracieuse.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Ferrari, président,
- Mme D et Mme B, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
La rapporteure,
K. B
Le président,
D. FERRARI Le greffier,
Y. JAMEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026