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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300378

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300378

mercredi 26 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300378
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSELARL BIROT-RAVAUT ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2023, Mme A E et M. B D, représentés par Me Sophie Périer Chapeau, demandent au juge des référés saisi sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, tant en leur nom propre qu'en qualité de représentants légaux de leur fille C, de prescrire une expertise aux fins de déterminer si des erreurs, manquements, maladresses ou négligences ont été commises par le centre hospitalier intercommunal de Marmande-Tonneins lors de sa prise en charge le 29 juillet 2019 pour la naissance de C et de fournir toute précision de nature à permettre au tribunal de former son appréciation sur les préjudices subis. Ils demandent en outre que l'expertise soit rendue commune à la caisse primaire d'assurance maladie de Lot et Garonne et à la mutualité sociale agricole de Lot et Garonne, que la mission d'expertise soit confiée à un collège composé d'un médecin expert gynécologue obstétricien spécialisé en analyse du trouble du rythme cardiaque et d'un neuro pédiatre et qu'ils rédigent un pré-rapport.

Les requérants soutiennent que l'expertise sollicitée est utile car elle est susceptible de donner lieu à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative.

Par un mémoire, enregistré le 30 janvier 2023, la mutualité sociale agricole de Lot et Garonne déclare qu'elle entend intervenir à l'instance, que C D a été prise en charge au titre du risque maladie et qu'elle chiffrera le montant de sa créance à réception du rapport d'expertise.

Par un mémoire enregistré le 1er février 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Pau, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie de Lot et Garonne, indique au tribunal qu'elle ne s'oppose pas à la désignation d'un expert sollicitée par M. D et Mme E et qu'elle entend intervenir dans la présente instance pour demander le remboursement des prestations qu'elle a servies et ce, en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023, le centre hospitalier intercommunal de Marmande-Tonneins et son assureur Relyens Mutual Insurance venant aux droits de la société hospitalière d'assurances mutuelles, représentés par Me Marina Rodrigues, déclarent ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée mais font part de leurs protestations et réserves. Ils demandent en outre qu'un collège d'experts soit désigné, composé d'un gynécologue obstétricien et d'un pédiatre et qu'ils adressent un pré-rapport aux parties. Ils demandent enfin que les frais de la mesure d'expertise judiciaire soient avancés par Mme E et M. D et que les dépens soient réservés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Pierre Ravaut, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée mais fait part de ses protestations et réserves tant sur le bien-fondé de sa mise en cause que sur la mesure sollicitée. Il demande en outre que l'expert adresse un pré-rapport aux parties et que les dépens soient réservés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la mesure d'expertise sollicitée :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. Mme A E s'est présentée au centre intercommunal de Marmande-Tonneins le 29 juillet vers 8 heures pour l'accouchement de sa fille C. L'enfant est née le 30 juillet 2019 à 2H54 en état de mort apparente après réalisation d'une manœuvre de Lovset. C a été transférée au service de réanimation néonatale du centre hospitalier universitaire de Bordeaux puis au service de néonatologie du même hôpital le 7 août 2019 jusqu'au 11 octobre. Les requérants, qui estiment que les lourdes séquelles subies par leur enfant résultent d'une prise en charge défaillante par le centre hospitalier intercommunal de Marmande-Tonneins lors de l'accouchement demandent l'organisation d'une expertise aux fins de déterminer les conditions de prise en charge de leur fille et d'évaluer les préjudices qu'elle a subis. La mesure d'expertise ainsi demandée, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, est utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, pour le juge des référés, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur la désignation d'un collège d'experts :

3. Il y a lieu de confier l'expertise à un collège d'experts comprenant un expert gynécologue obstétricien et un neuropédiatre.

Sur l'établissement d'un pré-rapport :

4. S'agissant de l'exercice par l'expert de la mission qui lui est assignée par la présente ordonnance, aucune disposition du code de justice administrative, ni aucun principe général du droit ne lui font obligation d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations qui lui sont confiées et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Il suit de là que les conclusions de Mme A E et M. B D, du centre hospitalier intercommunal de Marmande-Tonneins et de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) tendant à ce que l'expert communique un pré-rapport aux parties afin qu'elles puissent y répondre sous forme de dires ne peuvent être accueillies.

Sur les frais d'expertise :

5. Il n'appartient pas au juge des référés de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Par suite, les conclusions présentées par le centre hospitalier intercommunal de Marmande-Tonneins, relatives aux frais d'expertise, doivent être rejetées.

O R D O N N E

Article 1er : Les docteurs Dominique Dallay et Jean-Louis Demarquez, sont désignés en qualité d'expert. Ils auront pour mission :

1°) de convoquer l'ensemble des parties ;

2°) de se faire communiquer l'ensemble des éléments qu'ils estimeront utiles au bon accomplissement de leur mission et d'entendre tout sachant ;

3°) de décrire la prise en charge du suivi de la grossesse de Mme E ainsi que de son accouchement et de dire si les soins qui lui ont été prodigués au centre hospitalier de Marmande-Tonneins ont été consciencieux, attentifs et conformes aux données acquises de la science médicale ;

4°) de dire si des manquements ont été commis lors de la prise en charge de Mme E au cours de son accouchement ;

5°) de dire si l'information préalable sur les conséquences normalement prévisibles des soins et interventions dont Mme E a fait l'objet a bien été portée à la connaissance de l'intéressée pour lui permettre de formuler un consentement éclairé ;

6°) de dire si la prise en charge de C D, à sa naissance, a été conforme aux règles de l'art médical ;

7°) de procéder à l'examen médical de C D et de décrire son état de santé ;

8°) de dire si les séquelles présentées par C D sont directement imputables à un acte de prévention, de diagnostic, de soins ou si elles procèdent d'une autre cause ;

9°) de déterminer l'existence d'une perte de chance pour l'enfant d'avoir échappé aux dommages et, dans l'affirmative, d'en chiffrer le taux ;

10°) de fournir l'ensemble des éléments de nature à permettre de déterminer les responsabilités encourues ;

11°) de fixer, le cas échéant, la date de consolidation de l'état de santé C D et, à défaut, de donner son avis sur la date prévisible de consolidation ;

12°) de donner son avis sur les préjudices découlant de façon directe et certaine des soins prodigués, en faisant la part des conséquences normalement prévisible de la pathologie initiale, d'éventuelles pathologies intercurrentes ou de toute autre cause ;

13°) d'évaluer les préjudices suivants subis par C D ;

a) Préjudices patrimoniaux temporaires : Dépenses de santé actuelles et frais divers ;

b) Préjudices patrimoniaux permanents :

- Dépenses de santé futures ;

- Frais de logement adapté ;

- Frais de véhicule adapté ;

- Assistance par tierce personne ;

- Pertes de gains professionnels futurs ;

- Incidence professionnelle ;

- Préjudice scolaire, universitaire ou de formation ;

c) Préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

- Déficit fonctionnel temporaire ;

- Souffrances endurées ;

- Préjudice esthétique temporaire ;

d) Préjudices extrapatrimoniaux permanents :

- Déficit fonctionnel permanent ;

- Préjudice d'agrément ;

- Préjudice esthétique permanent ;

- Préjudice sexuel ;

- Préjudice d'établissement ;

- Préjudices permanents exceptionnels.

14°) de se faire communiquer le relevé des débours de l'organisme social et d'indiquer si les frais qui y sont inclus sont en relation directe avec le manquement relevé.

15°) de procéder à l'évaluation de l'ensemble des préjudices des parents de C.

Article 2 : Les experts accompliront leur mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils ne pourront recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre Mme E et M. D, le centre hospitalier intercommunal de Marmande - Tonneins, la société Relyens Mutual Insurance venant aux droits de la société hospitalière d'assurances mutuelles, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, la Mutualité sociale agricole de Lot et Garonne et la Caisse primaire d'assurance maladie de Pau agissant pour le compte de la Caisse primaire d'assurance maladie de Lot-et-Garonne.

Article 5 : Les experts avertiront les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : Les experts qui communiqueront aux parties un pré-rapport, s'ils l'estiment utile, avec un délai leur permettant de faire valoir leurs dires avant d'analyser leurs observations dans un rapport définitif, déposeront le rapport définitif au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par les experts aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Les experts justifieront auprès du tribunal de la date de réception de leur rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A E, à M. B D, à la mutualité sociale agricole de Dordogne et de Lot-et-Garonne, au centre hospitalier intercommunal de Marmande - Tonneins, à la société la société Relyens Mutual Insurance venant aux droits de la société hospitalière d'assurances mutuelles, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, à la caisse primaire d'assurance maladie de Pau et aux docteurs Dominique Dallay et Jean-Louis Demarquez, experts.

Fait à Bordeaux, le 26 juillet 2023.

La présidente du tribunal,

Juge des référés,

Cécile Mariller

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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