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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300446

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300446

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300446
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCOUSSY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 janvier 2023, le syndicat Sud Santé Sociaux de la Gironde, représenté par Me Noël, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux de cesser sous vingt-quatre heures de délivrer des assignations dans un délai supérieur à 48 h au personnel du service de réanimation pédiatrique et unité de soins continus médicale et chirurgicale de pédiatrie du groupe hospitalier Pellegrin, et d'ordonner la suspension des assignations délivrées dans ces conditions ;

2°) de mettre à la charge du CHU de Bordeaux la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est caractérisée dans la mesure où les assignations en cause concernent une grève d'ores et déjà en cours ;

- l'arrêté déféré porte une atteinte grave au droit fondamental de faire grève ;

- il est illégal dans la mesure où la pratique mise en œuvre pour assurer la continuité du service public, consistant à établir les plannings plus de 62 heures à l'avance, revient à priver de fait les agents de leur droit de grève puisque les assignations interviennent avant même qu'ils se soient déclarés grévistes ; seul un service minimum doit être assuré par le biais des assignations, et non un service normal ; la doctrine selon laquelle les agents grévistes doivent être remplacés prioritairement par des non-grévistes n'est pas respectée par cette pratique.

La requête a été communiquée au CHU de Bordeaux, qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Pouget, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Après la présentation du rapport, ont été entendues au cours de l'audience publique du 1er février 2023 à 15h00 :

- les observations de Me Deyris, qui reprend les éléments de ses écritures en les développant, et les observations de M. A, représentant syndical, qui ajoute que le service minimum par voie d'assignation tend à se rapprocher d'un planning de service normal dans la mesure où les urgences pédiatriques sont en sous-effectif.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat Sud Santé Sociaux de la Gironde demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux de cesser sous vingt-quatre heures de délivrer des assignations dans un délai supérieur à 48 h au personnel du service de réanimation pédiatrique et unité de soins continus médicale et chirurgicale de pédiatrie du groupe hospitalier Pellegrin.

2. Aux termes de de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. Le droit de grève présente le caractère d'une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Il doit toutefois être exercé dans le cadre des lois qui le réglementent, conformément à l'article 10 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, et être concilié avec le principe, ayant également valeur constitutionnelle, de continuité des services publics.

4. En l'absence d'une réglementation générale, il appartient aux chefs des services publics, responsables du bon fonctionnement des services placés sous leur autorité de fixer la nature et l'étendue des limitations à apporter au droit de grève. En présence d'un mouvement de grève au sein d'un établissement public de santé, le directeur de cet établissement peut ordonner la réquisition de personnels dès lors que de telles mesures sont justifiées et proportionnées aux nécessités imposées par l'ordre public et en particulier par la sécurité des patients et la continuité des soins.

5. En l'espèce, le syndicat Sud Santé Sociaux de la Gironde fait valoir que le personnel du service des urgences pédiatriques de l'hôpital Pellegrin se trouve de fait dépossédé de son droit de grève dans la mesure où, alors qu'une note de service du directeur général du CHU du 18 mars 2018 impose aux agents de se déclarer grévistes en respectant un préavis minimum de 48 h avant le début de leur participation effective au mouvement, l'administration délivre les assignations au titre du service minimum plus de 48 h avant les prises de poste imposées qui en résultent. Toutefois, le délai de préavis qu'impose cette note de service est un délai minimal et il est par ailleurs constant que le mouvement social actuellement en cours au service des urgences pédiatriques de l'hôpital Pellegrin prend la forme d'une grève illimitée entamée le 26 décembre 2022. Il est par conséquent loisible aux agents de ce service, d'une part de se déclarer grévistes en observant un délai supérieur à 48 h, d'autre part d'exercer leur droit de grève en dehors des journées au titre desquels ils font l'objet d'une assignation. En outre, il ressort des exemples fournis par le syndicat requérant que les assignations sont délivrées par l'administration dans des délais variables en fonction des nécessités du service mais qui excèdent rarement soixante-douze heures et, alors que le même syndicat fait lui-même état de la situation de sous-effectif dans laquelle se trouve actuellement le service des urgences pédiatriques, celle-ci réduit nécessairement les marges de manœuvre de l'administration dans l'organisation du service minimum. Dans ces conditions, et eu égard aux nécessités imposées par la continuité des soins, l'atteinte portée au droit de grève des agents par la pratique que dénonce le syndicat Sud Santé Sociaux de la Gironde ne caractérise pas, en l'état de l'instruction, une atteinte grave et manifestement illégale à ce droit.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, que le syndicat Sud Santé Sociaux de la Gironde n'est pas fondé à demander au juge des référés qu'il soit enjoint au CHU de Bordeaux de mettre fin à la pratique consistant à délivrer aux agents du service des urgences pédiatriques de l'hôpital Pellegrin des assignations dans un délai supérieur à 48 h avant le début de la prise de poste imposée au titre du service minimum.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du CHU de Bordeaux, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

ORDONNE :

Article 1er : la requête du syndicat Sud Santé Sociaux de la Gironde est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au syndicat Sud Santé Sociaux de la Gironde et au centre hospitalier universitaire de Bordeaux.

Fait à Bordeaux le 2 février 2023.

Le juge des référés, La greffière,

L. POUGET H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

No 2300446

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