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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2300465

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2300465

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2300465
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSESTACQ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 janvier 2023 et trois mémoires, enregistrés le 5 février 2023, le 8 février 2024 et le 13 mai 2024, la SCI Moulin des Mounards, représentée par Me Sestacq, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision, publiée le 2 décembre 2022 au recueil des actes administratifs du département de la Dordogne, portant mise à jour, en application des dispositions du I de l'article 1518 ter du code général des impôts, des paramètres départementaux d'évaluation des locaux professionnels pour l'année 2023 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de produire les éléments relatifs au calcul de ces tarifs et à la situation de la parcelle en cause justifiant l'application du coefficient de localisation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les termes de référence utilisés dans la 1ère fixation des tarifs et appliqués dans les actualisations successives ne sont pas pertinents et aboutissent à des valeurs locatives aberrantes ;

- en ce qui concerne la catégorie DPE4 les locaux de référence retenus sont des parcs de stationnements de centre-ville, payants, voire des dépôts, sans que ne soient jamais pris en compte les parkings couverts situés dans un centre commercial, au surplus qui sont offerts gratuitement à la clientèle ;

- la condition d'un marché locatif homogène tel qu'exigé par l'article 1498 du code général des impôts est méconnue ;

- le département limitrophe du Lot a retenu des tarifs bien inférieurs en ce qui concerne la catégorie DEP3 et DEP4 ;

- l'impossibilité de contester par voie d'exception d'illégalité la décision du 17 juin 2016 délimitant les secteurs d'évaluation et portant fixation des grilles tarifaire la prive de tout recours effectif au sens des stipulations de l'article 13 de la convention européenne des droits de l'homme et des dispositions de l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- l'administration fiscale ne démontre pas que les loyers dont elle a disposé pour recalculer ces tarifs étaient en nombre suffisant ni leur pertinence, notamment pour le secteur 6 pour les locaux en catégorie DEP 4 de la commune de Trélissac, en méconnaissance de la condition d'homogénéité du marché locatif posé à l'article 1498 du code général des impôts ;

- la nature du bâtiment, qui est ici un parc de stationnement est à prendre en compte, dès lors qu'il n'existait pas à la date de la décision attaquée de centre commercial en Dordogne disposant d'un parking couvert ; celui-ci est ouvert gratuitement à la clientèle du centre commercial, contrairement aux autres parkings qui sont par ailleurs fermés, sécurisés et sous surveillance, il en résulte que la valeur locative de son parking ne peut pas être comparée à celle d'un parking payant en centre-ville, c'est donc à tort que la valeur locative de 56,1 euros a été retenu pour son bien ;

- la décision du 2 décembre 2022 est illégale, dès lors que des circonstances de fait rendent illégales la décision du 17 juin 2016 délimitant les secteurs d'évaluation et portant fixation des grilles tarifaires ; il n'existait pas de parking couverts en secteur 6 de la Dordogne en amont de la décision initiale ce qui constitue un changement dans les circonstances de fait justifiant l'illégalité de cette décision ; la création de parkings couverts sur la zone de Trélissac appartenant à la requérante, dont la date d'achèvement est en 2018, constitue une nouvelle circonstance de fait permettant de remettre en cause la grille tarifaire ;

- il n'est produit aucun justificatif sur la manière de procéder pour évaluer le tarif DEP4 en secteur 6 ;

- le tarif fixé par l'administration pour la catégorie 6 du secteur 4 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son montant.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 18 octobre 2023 et 15 avril 2024, le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde conclut à l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision à l'exception du secteur 6 et au rejet des conclusions en tant qu'elles portent sur les tarifs de ce secteur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ferrari, président-rapporteur ;

- les conclusions de M. Willem, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière Moulin des Mounards, redevable de la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de locaux à usage de parkings qu'elle possède sur le territoire de la commune de Trélissac demande l'annulation de la décision publiée le 2 décembre 2022 au recueil des actes administratifs du département de la Dordogne, qui a mis à jour, en application du I de l'article 1518 ter du code général des impôts, la grille tarifaire des paramètres départementaux d'évaluation des locaux professionnels pour l'année 2023.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par l'administration fiscale :

2. Compte tenu des différentes composantes des paramètres d'évaluation des locaux commerciaux, la décision portant actualisation, en application du I de l'article 1518 ter du code général des impôts, de la grille tarifaire, est divisible. Dès lors, un requérant n'a intérêt à demander l'annulation de cette décision qu'en tant qu'elle porte sur le tarif applicable à la catégorie dont relève le local au titre duquel il est redevable d'un impôt direct local. Par suite, le directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde est fondé à soutenir que la requête de la SCI Moulin des Mounards n'est recevable qu'en tant qu'elle concerne les seules parcelles dont elle est propriétaire ou les seuls locaux qu'elle exploite.

3. En l'espèce, la SCI Moulin des Mounards conteste, dans ses premières écritures, les tarifs appliqués aux locaux des catégories DEP3 et DEP4 du secteur 6, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle n'exploite pas de locaux en catégorie DEP3 comme en atteste les relevés de propriété produits en défense pour les années 2021 et 2023. Elle n'est, par suite, pas recevable à demander l'annulation des tarifs de la catégorie DEP3 ni des autres secteurs et autres catégories du département de la Dordogne, dans lesquels elle ne dispose pas de parcelle ou de local.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, les décisions délimitant les secteurs d'évaluation et portant fixation des grilles tarifaires ne peuvent être contestées par la voie de l'exception à l'occasion d'un litige dirigé contre l'actualisation annuelle par l'administration fiscale de la grille tarifaire. Cette impossibilité ne prive pas les administrés du droit d'introduire devant le juge administratif, dans le délai de recours contentieux, un recours pour excès de pouvoir contre les décisions portant délimitation des secteurs d'évaluation et celles arrêtant, dans chacun de ces secteurs, les tarifs par mètre carré par catégorie de propriétés. Il résulte, en effet, des I et IV de l'article 1518 ter du code général des impôts, que les tarifs de chaque catégorie dans chaque secteur d'évaluation doivent être mis à jour annuellement par l'administration fiscale à partir de l'évolution constatée des loyers. Il résulte également des dispositions du III du même article 1518 ter du code général des impôts, qu'il est procédé à la délimitation des secteurs d'évaluation l'année qui suit le renouvellement général des conseils municipaux. Il est ainsi loisible aux personnes intéressées de former un recours pour excès de pouvoir contre les décisions mettant en œuvre ces dispositions, comme c'est le cas en l'espèce ou, le cas échéant, contre le refus de les mettre en œuvre. Enfin, il est aussi loisible aux administrés, s'ils estiment que les décisions en cause, qui ne sont pas réglementaires et ne créent pas de droits, sont devenues illégales en raison de changements dans des circonstances de droit ou de fait postérieurs à leur édiction, après avoir vainement saisi l'autorité compétente, de former un recours devant le juge de l'excès de pouvoir tendant à l'annulation du refus qui leur aurait été opposé de modifier ces décisions, en joignant à leur recours, le cas échéant, des conclusions à fin d'injonction. Ainsi, eu égard à l'ensemble de ces possibilités de recours, l'impossibilité de contester par voie d'exception les décisions délimitant les secteurs d'évaluation et portant fixation des grilles tarifaires à l'occasion d'un litige dirigé contre l'actualisation annuelle par l'administration fiscale de la grille tarifaire, ne prive pas les contribuables concernées d'un droit au recours effectif au sens de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Par suite, les moyens de la SCI Moulin des Mounards qui soutiennent que la décision du 2 décembre 2022 serait illégale en raison de l'illégalité de la décision du 17 juin 2016 qui a délimité les secteurs d'évaluation et fixé les grilles tarifaires, doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de moyens faisant valoir que des circonstances de fait postérieures à la décision du 17 juin 2016 qui a délimité les secteurs d'évaluation et fixé les grilles tarifaires justifieraient son annulation, dès lors qu'elle n'a pas, comme il a été dit au point précédent, après avoir saisi l'autorité compétente, formé un recours devant le juge de l'excès de pouvoir tendant à l'annulation du refus qui lui aurait été opposé de modifier cette décision.

6. En troisième lieu, la société requérante ne peut utilement soutenir que le tarif retenu pour le secteur 6 de la catégorie DEP4 serait trop élevé en faisant valoir que celui retenu pour le même secteur et la même catégorie dans le département du Lot-et-Garonne serait bien inférieur, dès lors que les modalités et les loyers pris en compte pour la mise à jour des tarifs sont différents en fonction de chaque département. Le moyen, inopérant, ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article 1498 du code général des impôts, la valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie est obtenue par application à la surface pondérée du local d'un tarif par mètre carré, dont le 2 du B du II dudit article précise qu'il est déterminé sur la base des loyers moyens constatés dans chaque secteur d'évaluation par catégorie de propriétés. Aux termes du I de l'article 1518 ter du même code : " Les tarifs définis au 2 du B du II de l'article 1498 sont mis à jour par l'administration fiscale à partir de l'évolution des loyers constatés dans les déclarations prévues à l'article 1498 bis. Ces tarifs sont mis à jour chaque année dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article 334 A de l'annexe II audit code : " I. - Pour l'application du I de l'article 1518 ter du code général des impôts, les tarifs sont mis à jour chaque année, en vue de l'établissement des impositions de l'année suivante, en appliquant des coefficients d'évolution aux derniers tarifs publiés. / Pour chaque secteur d'évaluation, le coefficient d'évolution est calculé, pour chaque catégorie, en faisant la moyenne de l'évolution annuelle des loyers des trois années précédant l'année de la mise à jour. / L'évolution annuelle des loyers du secteur d'évaluation est appréciée, pour chaque catégorie, en faisant le rapport entre la moyenne des loyers de l'année et la moyenne des loyers de l'année précédente. Les loyers retenus pour ce calcul sont ceux qui remplissent les conditions prévues au II. / Si le nombre de loyers respectant les conditions mentionnées au II est inférieur à quatre, l'évolution annuelle des loyers est appréciée dans les conditions prévues au III. / II. - Pour une année et un secteur d'évaluation donnés, les loyers retenus sont les loyers constatés dans les déclarations prévues à l'article 1498 bis pour les locaux professionnels et vérifiant les conditions suivantes : / 1° Le loyer correspond à un local dont la surface et la catégorie n'ont pas varié depuis l'année précédente ; / 2° Le montant du loyer n'est pas nul ou significativement éloigné du loyer moyen dans le secteur d'évaluation ; / 3° Le montant du loyer n'a pas fait l'objet d'une variation supérieure à 10 % depuis l'année précédente. / Chaque loyer est exprimé en euros par mètre carré en faisant le rapport entre le loyer annuel déclaré et la surface pondérée du local ".

8. Il résulte de ces dispositions que les tarifs par mètre carré qui concourent à la détermination de la valeur locative des propriétés bâties sont mis à jour chaque année par l'administration fiscale par application, aux tarifs de l'année précédente, de coefficients d'évolution calculés en faisant la moyenne de l'évolution annuelle des loyers des trois années précédant l'année de la mise à jour. Si, en vertu des dispositions de l'article 1518 F du code général des impôts, ces mises à jour ne peuvent pas être contestées par la voie de l'exception à l'occasion d'un litige relatif à la valeur locative d'une propriété bâtie, elles peuvent néanmoins faire l'objet devant le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir formé dans le délai de recours contentieux par les personnes intéressées. Celles-ci, lorsque les tarifs de l'année précédente sont devenus définitifs, peuvent alors seulement utilement soutenir que leur mise à jour n'a pas été effectuée conformément aux dispositions précitées de l'article 334 A de l'annexe II au code général des impôts.

9. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties. Si le juge peut écarter des allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, il ne saurait exiger de l'auteur du recours que ce dernier apporte la preuve des faits qu'il avance. Le cas échéant, il revient au juge, avant de se prononcer sur une requête assortie d'allégations sérieuses non démenties par les éléments produits par l'administration en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction des requêtes et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente, s'agissant des modalités de détermination des mises à jour tarifaires prévues en application du I précité de l'article 1518 ter du code général des impôts, la production de tout élément relatif aux modalités et aux résultats du retraitement, effectué en application de l'article 344 A précité de l'annexe II au même code, des déclarations de loyers dans la zone de loyers et pour la catégorie de locaux en cause.

10. En l'espèce, l'administration fiscale fait valoir, pour la mise à jour effectuée pour l'année 2023, que " les coefficients ont été calculés, pour chaque catégories et chaque secteur d'évaluation, à partir de l'évolution des loyers constatés dans les déclarations prévues à l'article 1498 bis du code général des impôts (déclarations Decloyer), à condition que ces loyers aient été suffisamment significatifs ", elle produit ensuite un tableau, qui démontre, en se basant sur les mises à jour des tarifs du département de la Dordogne antérieures, allant des années 2019 à 2022, régulièrement publiées au recueil des actes administratifs du département de la Dordogne et librement accessibles en ligne, que les tarifs pour la catégorie DEP4 du secteur 6 sont passés de 55,2 euros par mètre carré en 2019 et 56,1 euros par mètre carré en 2023. Ainsi, elle démontre suffisamment au vu de la légère évolution du tarif pour la période allant de 2019 à 2023 qu'en fixant le tarif à 56,1 euros au mètre carré pour l'année 2023, elle n'a pas entaché sa décision d'une quelconque erreur manifeste d'appréciation. Elle n'a pas davantage méconnu la condition d'homogénéité du marché locatif prévue à l'article 1498 du code général des impôts.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la SCI Moulin des Mounards tendant à l'annulation de la décision du 2 décembre 2022, mettant à jour la grille tarifaire pour l'année 2023 en application du I de l'article 1518 ter du code général des impôts, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les autres conclusions de la requête :

12. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 2 décembre 2022, les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Moulin des Mounards est rejetée.

Article 2 : le présent jugement sera notifié à la SCI Moulin des Mounards et au directeur régional des finances publiques de Nouvelle-Aquitaine et du département de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024 où siégeaient :

- M. Dominique Ferrari, président,

- Mme Eve Wohlschlegel, première conseillère,

- Mme Khéra Benzaïd, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le président-rapporteur

D. Ferrari

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

E. Wohlschlegel

Le greffier,

Y. Jameau

La République mande et ordonne ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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