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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2301238

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2301238

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2301238
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la demande de M. et Mme E, qui sollicitaient la décharge de cotisations d'impôt sur le revenu, de contribution sur les hauts revenus et de prélèvements sociaux au titre des années 2015 et 2016 pour un montant total de 100 603 euros. Le litige portait sur la qualification de charges relatives à un véhicule Porsche Cayenne comme revenus distribués sur le fondement de l'article 111-c du code général des impôts. Le tribunal a jugé que l'administration avait apporté la preuve de l'existence d'un avantage occulte, M. E n'ayant pas justifié de l'utilisation professionnelle exclusive du véhicule et étant considéré comme le maître de l'affaire pour la période antérieure à la nomination d'un administrateur judiciaire. En conséquence, les impositions et les pénalités de retard ont été maintenues.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 mars et 27 septembre 2023, M. E et Mme A, représentés par Me Chevrier, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu, de contribution sur les hauts revenus et de prélèvements sociaux restant à leur charge au titre des années 2015 et 2016 pour un montant total, en droits et majorations, de 100 603 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 7 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'imposition des charges relatives au véhicule Porsche Cayenne dans la catégorie des revenus distribués sur le fondement de l'article 111- c du code général des impôts est injustifiée puisque M. E n'a bénéficié d'aucun avantage occulte ; il n'était pas le maître de l'affaire car bien que gérant majoritaire de la société sur la période contrôlée concernant la société Filend, le 22 juin 2016 un administrateur judiciaire, doté du pouvoir de décider la poursuite des contrats et les dépenses relatives notamment aux véhicules, a été nommé dans le cadre d'une procédure de sauvegarde de la société ;

- dès lors qu'il n'y a eu aucune rémunération occulte, les pénalités de retard ne sont pas justifiées.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 19 juillet 2023 et 31 décembre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, l'administrateur général des finances publiques, chef de la direction spécialisée de contrôle fiscal du sud-ouest, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Willem, rapporteur public,

- les observations de Me Hellec, représentant M. E et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Filend, société holding dont M. E est le gérant, a pour objet la prise de participation et la réalisation de prestations de services à destination de ses filiales, notamment les sociétés Flat lease group et Pyla flat lease. L'administration fiscale a procédé à une vérification de comptabilité de la société Filend portant sur les exercices clos en 2015 et 2016. Par une proposition de rectification du 22 mars 2018, le service a informé cette société de la remise en cause des charges déduites au titre d'un véhicule de marque Porsche modèle Cayenne Hybrid et a en conséquence réintégré dans les bénéfices imposables à l'impôt sur les sociétés les charges comptabilisées à raison de la prise en crédit-bail, de l'entretien et de l'assurance de ce véhicule au titre des exercices clos en 2015 et 2016. Concomitamment à la vérification de comptabilité de la société Filend, l'administration fiscale, dans le cadre d'un contrôle sur pièces tirant les conséquences de la vérification, a regardé lesdites dépenses relatives au véhicule de marque Porsche comme constitutive d'un avantage occulte consenti à M. E, son gérant, qu'elle a imposé entre ses mains à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement du c) de l'article 111 du code général des impôts. Suite au rejet partiel de leur réclamation, M. et Mme E, vous demandent de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu, de contribution sur les hauts revenus et de prélèvements sociaux restant à leur charge au titre des années 2015 et 2016 pour un montant total, en droits et majorations, de 100 603 euros (42 995 euros au titre de 2015 et 57 608 euros au titre de 2016).

Sur le bien-fondé des impositions :

2. D'une part, aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. () ". Pour être admis en déduction des bénéfices imposables, les frais et charges de l'entreprise doivent être exposés dans l'intérêt direct de l'exploitation, correspondre à une charge effective et être appuyés de justifications suffisantes.

3. D'autre part, aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () c. Les rémunérations et avantages occultes () ". L'administration est réputée apporter la preuve que des distributions occultes ont été appréhendées par la personne qui est, dans la société dont des revenus ont été regardés comme distribués, le maître de l'affaire.

En ce qui concerne la période du 1er janvier 2014 au 22 juin 2016 :

4. L'administration a constaté que si M. E déclarait n'avoir utilisé le véhicule litigieux qu'à des fins professionnelles, sur la période vérifiée du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, la société Filend et ses filiales étaient domiciliées à Bordeaux, soit à la même adresse au n°17 allée de Tourny, soit au domicile de M. E jusqu'au 8 août 2016, et ni M. E ni la société n'ont produit de justificatif de nature à corroborer la réalité des déplacements professionnels invoqués. En outre, si M. E se prévaut de ce que les prestations exercées au nom de la société Filend impliquaient de la prospection commerciale et donc des déplacements à Paris, Lyon Biarritz et Marseille de lui-même et de deux autres membres de la société, l'administration a constaté que la société n'a inscrit en comptabilité aucune dépense correspondant à des frais de déplacement, tels des frais de déplacement, d'hébergement, de restauration, pour la période concernée et qu'il n'est pas établi que d'autres membres de la société faisait usage du véhicule en litige. Par ailleurs, ni la circonstance que M. E disposait de deux véhicules personnels au cours de la même période ni le fait que des difficultés financières, au demeurant non justifiées, auraient conduit la société Filend à réduire l'utilisation du véhicule de marque Porsche modèle Cayenne Hybrid qui serait resté souvent garé dans le parking, ne permettent, en tant que telles, de retenir l'existence d'une contrepartie à la prise en charge par cette société des dépenses de location en crédit-bail, d'entretien et d'assurance dudit véhicule. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve que la prise en charge de ces dépenses est sans rapport avec les fonctions de dirigeant exercées par M. E qui n'impliquent pas de déplacements en dehors de l'agglomération bordelaise, qu'elle n'est donc pas rattachable à sa rémunération et qu'elle constitue des revenus occultes au profit de M. E, seul maître de l'affaire en sa qualité de gérant et détenteur direct ou indirect de l'ensemble du capital de la société Filend. Dès lors, l'administration fiscale était fondée à rehausser les impositions au titre des revenus des époux E au titre de l'année 2015 ainsi qu'au titre de la période du 1er janvier au 22 juin 2016.

En ce qui concerne la période du 22 juin 2016 au 31 décembre 2016 :

5. L'article L. 622-13 du code de commerce prévoit notamment en son II, que " L'administrateur a seul la faculté d'exiger l'exécution des contrats en cours en fournissant la prestation promise au cocontractant du débiteur " et que " s'il s'agit d'un contrat à exécution dans le temps l'administrateur y met fin s'il lui apparait qu'il ne disposera pas des fonds nécessaires ".

6. La société Filend a été placée en procédure de sauvegarde par un jugement du 22 juin 2016 et un administrateur judiciaire a été nommé ce qui a eu pour effet de retirer à M. E sa qualité d'unique maîtrise d'affaire et de rendre inapplicable la présomption de distribution à son profit. Dès lors, pour la période concernée il appartenait à l'administration de démontrer l'appréhension par M. E de l'avantage occulte consistant en la mise à disposition du véhicule pour une utilisation privée financée par les fonds sociaux. Or, l'administration, en se bornant à se prévaloir de l'importance du kilométrage du véhicule et du défaut de justificatifs de frais de déplacement alors que la mise à disposition du véhicule à la société s'inscrivait dans le cadre d'un contrat de location de longue durée, avec une mensualité de 3 911,23 euros que l'administrateur judiciaire avait le pouvoir de remettre en cause s'il avait constaté une anomalie, n'apporte pas cette preuve. Par suite les requérants sont fondés à demander la décharge de la somme de 25 192,82 euros au titre de la période du 22 juin 2016 au 31 décembre 2016.

Sur les pénalités

7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré. (). ".

8. L'administration fiscale ne démontre pas l'utilisation du véhicule à titre personnel de façon exclusive par M. E, par la seule circonstance que le véhicule en litige ait effectué 30 000 km en 2 ans sans que des justificatifs de son utilisation aient été en possession de la société et de son gérant, d'autant que ce dernier disposait du même véhicule par son autre société. Dès lors, l'administration ne peut être regardée comme démontrant l'intention délibérée des requérants d'éluder l'impôt. Par suite, les requérants sont fondés à demander la décharge des pénalités en litige.

Sur les frais liés au litige :

9. L'Etat n'étant pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, les conclusions présentées par M. E et Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1 : M. E et Mme A sont déchargés en base, pour la période du 22 juin 2016 au 31 décembre 2016, de la somme de 25 192,82 euros et de l'ensemble des pénalités mises à leur charge.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et Mme B A et à l'administrateur général des finances publiques, chef de la direction spécialisée de contrôle fiscal du sud-ouest.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme F et Mme C, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

La rapporteure,

K. C

Le président,

D. FERRARI Le greffier,

Y. JAMEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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