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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2301313

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2301313

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2301313
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET SELURL CHIFFERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2023, M. C A, représenté par la SELARL Martial-RLGC, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Bordeaux à lui verser la somme de 25 000 euros, avec intérêts au taux légal, en réparation du préjudice d'impréparation ayant résulté de son manquement à son obligation d'information ;

2°) de mettre à la charge du CHU de Bordeaux la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- le CHU de Bordeaux a commis une faute en ne l'informant pas du risque de nécrose de la tête du fémur associé à l'ostéotomie du col fémoral droit pour épiphysiolyse à grand déplacement pratiquée le 26 avril 2017 ;

- ce manquement du CHU à son obligation d'information a entraîné un préjudice d'impréparation qui doit être indemnisé à hauteur de 25 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2024, le CHU de Bordeaux, représenté par Me Chiffert, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête et de mettre à la charge de M. A la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire, de limiter sa condamnation à la somme de 2 000 euros, et de réduire la somme allouée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à de plus justes proportions.

Il fait valoir que :

- la nécrose fémorale dont souffre M. A constitue une complication de sa pathologie initiale et non de la chirurgie d'ostéotomie, qui n'était susceptible que de la majorer sans en constituer la cause ;

- il démontre que l'information sur le risque de nécrose de la tête fémorale a été délivrée oralement à M. A et à ses parents et que l'opération d'ostéotomie a été réalisée avec l'autorisation des deux parents de M. A ;

- à titre subsidiaire, la somme allouée en réparation du préjudice d'impréparation de M. A ne saurait excéder 2 000 euros.

Par courrier enregistré le 13 juin 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) Pau-Pyrénées informe le tribunal qu'elle n'entend pas intervenir dans l'instance opposant M. A au CHU de Bordeaux.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 23 novembre 2022 par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le Dr B.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lorrain Mabillon ;

- les conclusions de M. Roussel Cera, rapporteur public ;

- et les observations de Me Foucault, représentant le CHU de Bordeaux.

Considérant ce qui suit :

1. Le 21 avril 2017, M. A, alors âgé de quatorze ans, a été emmené aux urgences du centre hospitalier d'Agen à la suite de douleurs brutales à la hanche droite ayant entraîné une chute. Les examens réalisés ont permis de diagnostiquer une épiphysiolyse de la hanche droite. M. A a alors été transféré le 22 avril 2017 dans le service orthopédique pédiatrique du CHU de Bordeaux, où a été diagnostiquée une épiphysiolyse fémorale supérieure droite à déplacement sévère. Une chirurgie d'ostéotomie du col fémoral a été pratiquée le 26 avril 2017 pour réaxer et stabiliser le col du fémur. Le 25 septembre 2017, M. A a de nouveau été reçu en consultation en urgence au CHU de Bordeaux pour des douleurs. Une ostéonécrose de hanche avec déformation de la tête fémorale droite a été diagnostiquée et a nécessité, à terme, la mise en place d'une prothèse totale de hanche par une opération subie le 3 juillet 2018.

2. M. A a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux d'ordonner une expertise médicale. Le docteur B désigné par ordonnance du 30 novembre 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a remis son rapport le 30 septembre 2022. Estimant que le CHU de Bordeaux avait manqué à son obligation en ne l'informant pas du risque de complication de l'ostéotomie subie le 26 avril 2017, M. A a demandé, par un courrier du 7 novembre 2020, l'indemnisation de son préjudice d'impréparation, demande rejetée implicitement. Par sa requête, il demande la condamnation du CHU de Bordeaux à réparer son préjudice.

Sur la responsabilité :

3. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, dans sa version applicable au litige : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. () ". Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.

4. En premier lieu, d'une part, le CHU de Bordeaux fait valoir que la nécrose fémorale, risque dont M. A soutient qu'il est associé à l'ostéotomie qu'il a subie le 26 avril 2017 et n'a pas fait l'objet d'une information, constitue une complication de sa pathologie initiale et non de cette chirurgie. Il résulte cependant de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise médicale et de son annexe, que si la nécrose de la tête fémorale est une complication connue et fréquente de l'épiphysiolyse instable, survenant dans 33 % des cas après un an et dans 47 % après deux ans, la chirurgie d'ostéotomie augmente dans tous les cas le risque de nécrose. Il s'agit donc bien d'un risque connu associé à cet acte. D'autre part, il résulte de l'instruction que la nécrose fémorale qu'a présentée M. A a justifié la mise en place, à l'âge de quinze ans, d'une prothèse de hanche qui a entraîné des douleurs, une boiterie et une limitation de ses capacités physiques que M. A conserve aujourd'hui et qui a justifié sa reconnaissance en qualité de travailleur handicapé. Dans ces conditions, ce risque revêt, ce qui n'est pas contesté, le caractère d'un risque grave, quelle que soit sa fréquence. Il s'ensuit qu'il devait faire l'objet d'une information à M. A et à ses parents.

5. En second lieu, il est constant qu'aucune information écrite n'a été délivrée à M. A, ni à ses parents sur les risques de nécrose de la tête fémorale associés à la chirurgie d'ostéotomie de son épiphysiolyse. Si le CHU de Bordeaux fait valoir qu'une information orale lui aurait été délivrée, ce dont attesterait la mention, dans le compte-rendu d'une consultation du 28 septembre 2017 de ce que " il s'agit d'une complication connue dont nous avions en préopératoire [sic] ", ce document, rédigé plusieurs mois après l'opération et à la formulation imprécise, ne permet pas d'établir la délivrance de cette information à M. A et à ses parents. Dans ces conditions, le CHU de Bordeaux a manqué à son obligation d'information et M. A, est fondé à demander réparation du préjudice d'impréparation qui en a résulté pour lui.

Sur l'évaluation du préjudice :

6. Indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.

7. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral d'impréparation de M. A résultant du manquement du CHU de Bordeaux à son obligation d'information en lui allouant la somme de 2 000 euros.

Sur les intérêts :

8. M. A a droit aux intérêts au taux légal de la somme citée au point précédent à compter du 18 novembre 2020, date de réception par le CHU de Bordeaux de sa demande indemnitaire préalable.

Sur les dépens :

9. Il y a lieu de mettre à la charge du CHU de Bordeaux, partie perdante, les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 1 800 euros par une ordonnance du 23 novembre 2022.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, ni tenue aux dépens, la somme que le CHU de Bordeaux demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du CHU de Bordeaux une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux est condamné à verser à M. A une somme de 2 000 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 novembre 2020.

Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 800 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Bordeaux.

Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Bordeaux versera à M. A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A, au centre hospitalier universitaire de Bordeaux et à la caisse primaire d'assurance maladie Pau-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

Mme Ballanger, première conseillère,

Mme Lorrain Mabillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

La rapporteure,

A. LORRAIN MABILLON La présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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