mercredi 17 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2301496 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SCP TANDONNET ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mars 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 25 avril 2023, Mme D C, représentés par la selarl Aedifico, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à la commune de B de procéder à tous les travaux de reprises nécessaires en vue d'éviter un nouvel effondrement du mur traversant sa propriété et limiter l'évolution des désordres au droit de sa propriété, dans un délai de 15 jours suivant notification de l'ordonnance à venir ;
2°) à cette fin, d'ordonner l'aménagement d'un dispositif de traitement des eaux de ruissellement au droit de la rue du Rocher ;
3°) d'assortir ces injonctions d'une astreinte de 300 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de B la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'expertise judiciaire préconise la réalisation de travaux de reprise du mur de soutènement, lequel constitue un ouvrage public conformément à l'article 5 de la loi du 22 novembre 1790 ; il appartient à la commune de réparer les dommages qu'elle subit ;
- le mur est également endommagé en raison de racines qui proviennent de végétaux du jardin public de la commune ;
- la rue du Rocher, qui se situe en amont de sa propriété, ne dispose d'aucun aménagement permettant la gestion des eaux pluviales, qui incombe à la commune en vertu des dispositions des articles R. 141-2 du code de la voierie routière et L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales ; le mauvais état de cette rue contribue également à ce que les eaux pluviales se déversent dans sa propriété, ce qui entraîne une humidité considérable et intolérable au droit de son immeuble ;
- elle justifie d'une situation d'urgence en raison de la possibilité d'un nouvel effondrement du mur qui pourrait se produire à court terme ;
- l'injonction demandée a pour but d'enjoindre au responsable du dommage de prendre des mesures conservatoires et non de faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, la commune de B conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme C de la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le litige est insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif dès lors que le mur de soutènement n'est pas un ouvrage public ;
- aucun lien de causalité n'est établi entre l'effondrement du mur et la gestion des eaux pluviales de la rue du Rocher ;
- rien ne permet d'établir que les racines présentes dans la partie du mur effondrée proviennent de la végétation du jardin public ;
- les demandes de la requérante font obstacle à l'exécution d'une décision administrative ;
- la requérante n'établit pas l'existence d'un péril grave.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- la loi des 22 novembre et 1er décembre 1790 dite code domanial ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gioffré, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu :
- Me Achou-Lepage, représentant Mme C, qui confirme ses écritures ;
- Me Guillout, représentant la commune de B, qui confirme ses écritures.
La clôture a été fixée au 27 avril 2023 à 12h.
Par un mémoire complémentaire, enregistré le 27 avril 2023 à 10h21, Mme C conclut aux mêmes fins que sa requête et par les mêmes moyens.
La commune de B a produit un mémoire complémentaire, enregistré le 27 avril 2023 à 11h32, qui n'a pas été communiqué.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C est propriétaire de parcelles, formant un seul tenant, cadastrées section AM n°239, 240, 326 et 327 sises 2 rue du Rocher à B (47). Les parcelles 240 et 239, sur laquelle se trouve une maison d'habitation avec garage et annexe, surplombent les parcelles 326 et 327, et sont séparées de ces dernières par un mur de soutènement qui constituait auparavant un rempart de défense de la commune de B, bastide située à 190 mètres d'altitude surplombant la vallée du Lot. Le 3 février 2021, suite à d'importantes pluies, une partie de ce mur s'est effondrée de la parcelle 239 sur la parcelle 327. Un rapport d'expertise amiable diligenté par l'assureur de la commune de B a été établi le 30 avril 2021. Un huissier, diligenté par Mme C, a notamment constaté, le 9 décembre 2021, le caractère dégradé de la voirie de la rue du Rocher au droit de la maison de Mme C et la présence d'humidité au sein de cette dernière. Saisi par la commune de B, dont le jardin public jouxte la partie endommagée du mur, le tribunal judiciaire d'Agen a, par une ordonnance du 23 mai 2022, ordonné la réalisation d'une expertise aux fins de déterminer l'étendue et l'origine des dommages causés par l'effondrement du mur de soutènement. Le 3 janvier 2023, l'expert désigné par le tribunal judiciaire a déposé son rapport, lequel impute l'effondrement à une poussée des terres chargées en eau de pluie sur sa paroi, à l'absence de drainage de l'eau à l'arrière du mur de soutènement et à l'absence de barbacanes dans ladite paroi. Au vu de ce rapport, après avoir demandé à la commune de Laparde, par courrier du 22 décembre 2022 resté sans réponse, de procéder aux travaux de réparation du mur, Mme C demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner à la commune de B de procéder à tous les travaux de reprises nécessaires en vue d'éviter un nouvel effondrement du mur en litige et limiter l'évolution des désordres au droit de sa propriété ainsi que d'ordonner l'aménagement d'un dispositif de traitement des eaux de ruissellement au droit de la rue du Rocher.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En particulier le juge des référés, saisi dans ce cadre, peut pour prévenir ou faire cesser un dommage dont l'imputabilité à des travaux publics ou à un ouvrage public ne se heurte à aucune contestation sérieuse, enjoindre au responsable du dommage de prendre des mesures conservatoires destinées à faire échec ou mettre un terme à des dangers immédiats.
En ce qui concerne la compétence de la juridiction administrative relative au travaux de reprise du mur :
3. Aux termes de l'article 5 des 22 novembre et 1er décembre 1790 dite code domanial : " Les murs et les fortifications des villes entretenus par l'Etat, et utiles à sa défense, font partie des domaines nationaux ; il en est de même des anciens murs, fossés et remparts de celles qui ne sont point places fortes ; mais les villes et communautés qui en ont la jouissance actuelle y seront maintenues, si elles sont fondées en titres ou si leur possession remonte à plus de dix ans, et à l'égard de celles dont la possession aurait été troublée ou interrompue depuis quarante ans, elles y seront rétablies. Les particuliers qui justifieront de titres valables, ou d'une possession paisible et publique, depuis quarante ans, seront également maintenus dans leur propriété et jouissance. " Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public. "
4. Pour soutenir que le mur en litige serait un ouvrage public appartenant à la commune de B à qui il reviendrait d'en assurer l'entretien, Mme C soutient que les dispositions de l'article 5 de la loi des 22 novembre et 1er décembre 1790 dite code domanial ont intégré les fortifications de la commune au domaine public et que faute pour la commune de justifier de leur déclassement, elles en feraient toujours partie.
5. Il résulte cependant de l'instruction, et notamment des titres de propriété de Mme C, produits par la commune, que la requérante a acquis en 2010 l'ensemble des parcelles traversées par ce mur, sans aucune restriction sur la propriété de ce dernier. Le titre de propriété ne révèle également l'existence d'aucune servitude d'utilité publique qui empiéterait sur la propriété acquise par la requérante liée à l'existence d'un ouvrage public. Il ne résulte pas de l'instruction que la commune de B ait, à aucun moment et à quelque titre que ce soit, entretenu le mur sur la propriété de la requérante. Dans ces circonstances, en l'état de l'instruction et eu égard à l'office du juge des référés, aucun élément ne permet d'établir que le mur de soutènement ait appartenu et appartiendrait encore à la commune de B et pourrait ainsi constituer un ouvrage public. Dans ces conditions, il n'apparaît pas, compte tenu des éléments produits par la requérante, que sa demande relative aux travaux nécessités par l'effondrement de ce mur relève de la compétence du juge administratif.
En ce qui concerne les travaux d'aménagement de la rue du Rocher :
6. Mme C soutient que le revêtement de la rue du Rocher est endommagé et ne comporte pas d'installation permettant le bon écoulement des eaux pluviales ce qui provoque des infiltrations d'eau au droit de sa maison et une accumulation d'eau dans son jardin, ce qui a contribué l'effondrement du mur de soutènement.
7. Il résulte cependant de l'instruction, et notamment du constat d'huissier et du rapport d'expertise, que, d'une part, le lien de causalité entre un éventuel écoulement anormal d'eaux pluviales dans le jardin de Mme C et l'effondrement du mur de soutènement n'est nullement établi et d'autre part, si la maison de Mme C subit quelques infiltrations d'eau, de tels désordres ne revêtent pas une gravité suffisante justifiant qu'il soit enjoint, en urgence, à la commune de B de réaliser des travaux de reprise du revêtement de la rue du Rocher.
En ce qui concerne la présence de racines en provenance des végétaux du jardin public de la commune :
8. Mme C soutient que l'effondrement du mur de soutènement est également imputable à la présence de racines en provenance de végétaux plantés dans le jardin public voisin de sa propriété.
9. Il résulte cependant de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que l'effondrement du mur est essentiellement imputable à des défauts d'entretien de l'ouvrage ayant provoqué une augmentation de la poussée des terres chargées en eau de pluie sur la paroi, suite à un mauvais drainage à l'arrière du mur de soutènement et à l'absence de barbacanes dans la paroi ainsi qu'au rejointoiement complet de l'élévation du mur de soutènement. Ces défauts de structure ont ainsi augmenté l'action de l'eau dans l'épaisseur du mur ce qui a, pendant plusieurs années, dégradé le mortier de liaison entre les pierres et contribué à l'apparition de fissures permettant la présence de racines dans le mur et fragilisant la maçonnerie. Dans ces circonstances, à supposer que ces racines proviennent de végétaux situés dans le jardin public de la commune, il n'est nullement établi que celles-ci soient à l'origine de l'effondrement du mur de Mme C. Par suite, la demande formulée par cette dernière au sujet de ces racines se heurte à une contestation sérieuse.
10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de B, que les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme C doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.
12. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de Mme C dirigées contre la commune de B qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C, une somme en application desdites dispositions au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C et à la commune de B.
Fait à Bordeaux, le 17 mai 2023.
Le juge des référés,
Ph. A La greffière,
C. GIOFFRÉ
La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026